Le requin pourrait-il nous aider à lutter contre le cancer ?

Cicatrisation rapide, résistance aux cancers… Le grand requin blanc est doté de facultés surprenantes, qui intriguent les scientifiques. Des chercheurs ont tenté d’en savoir plus.

Image 1024 1024 9552861Certaines de ces découvertes pourraient, à terme, servir à la lutte contre le cancer chez l’homme. © Pterantula / Wikiméedia Commons

Une longue silhouette fuselée reconnaissable entre toutes, un aileron qui sort de l’eau… Voilà l’image qui vient à l’esprit quand on évoque le grand requin blanc. Mais ce squale possède aussi des aptitudes bien moins connues, comme une cicatrisation très rapide et la résistance aux cancers…

Ces pouvoirs étonnants intriguent les scientifiques. Des chercheurs des universités Nova Southeastern et Cornell aux États-Unis, et du Centre de recherche sur les requins de la fondation Save our Seas, entre autres institutions, ont voulu en savoir plus. Ils ont entrepris de décoder le génome du grand requin blanc, c’est-à-dire l’ensemble de son matériel génétique.

Ils viennent de publier les conclusions de leur étude dans la revue des comptes de l’Académie nationale des Sciences des États-Unis.

Réparation des cellules

«Ce qui était connu, c’est sa capacité de cicatrisation, notamment», commente, au téléphone, Johann Mourier, docteur en biologie marine et chercheur à l’unité mixte de recherche MARine Biodiversity, Exploitation and Conservation, à Sète dans l'Hérault). Concernant les cancers, «des études ont montré que le grand requin blanc pouvait souffrir de certaines tumeurs, mais ils sont moins enclins à ce type de maladies», souligne-t-il.

«Ce qu’on ne connaissait pas, ce sont les mécanismes qui permettent cela, poursuit le spécialiste des requins, qui s’intéresse aussi à leur comportement. Avec cette étude sur le génome, on arrive à mieux les comprendre.»

Le premier enseignement des travaux récemment publiés, c’est la taille de ce génome, 50 % plus grand que celui de l’être humain ! «La question que cela pose, c’est à quoi servent ces parties du génome supplémentaires», ajoute Johann Mourier.

La réponse, selon les conclusions de l’étude, c’est que «certains gènes sont impliqués dans la réparation de cellules».

Et les scientifiques ont identifié des «changements de séquence ADN», qui «jouent un rôle important dans la stabilité du génome, précise un communiqué de l’université Nova Southeastern. Le phénomène opposé, l’instabilité du génome, résulte d’une accumulation de détériorations des cellules. C’est une prédisposition bien connue à nombre de cancers et de maladies liées à l’âge.»

Outils de lutte contre le cancer

L’homme pourrait bénéficier de ces découvertes, à terme. «En identifiant les gènes susceptibles d’être des outils pour lutter contre le cancer, on pourrait extraire certaines protéines et peut-être les utiliser pour créer des médicaments contre la maladie», reprend Johann Mourier.

L’enjeu sera alors de «synthétiser» ces protéines, autrement dit de les recréer en laboratoire. Avant, peut-être, une éventuelle phase de tests sur l’homme…

Image 1024 1024 9552862© Olga Ernst / Wikimédia Commons

Ce n’est pas pour tout de suite. Les chercheurs ont «identifié ces gènes, maintenant il faut aller plus loin pour comprendre leur action», poursuit-il.

Et les mêmes travaux pourraient de recherche être menés pour la cicatrisation. L’étude «semble suggérer que l’on peut trouver une molécule capable d’améliorer le processus de cicatrisation chez l’être humain», reprend Johann Mourier.

Les auteurs de l’étude ont identifié, chez le grand requin blanc, «plusieurs gènes liés à certains des processus biologiques fondamentaux impliqués dans la cicatrisation».

«On a encore beaucoup à apprendre des requins, conclut Johann Mourier. Ils apportent une réelle contribution à la compréhension de notre planète.»

Et ce n’est pas fini. Les chercheurs le disent eux-mêmes : ils n’ont étudié que «la partie émergée de l’iceberg» concernant le génome du grand requin blanc…

Nicolas HASSON-FAURÉ - © Ouest France

 

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