Une étrange créature marine filmée en Antarctique

C’est une première. Des images d’Enypniastes eximia, une drôle de créature translucide, ont été réalisées dans l’océan Austral, à l’est de l’Antarctique.

2018 10 22 18h44 24 2Cette étrange créature des abysses n’avait encore jamais été filmée en Antarctique. © NOAA Photo Library

Auparavant, cette espèce de concombre de mer des abysses avait été filmée très loin de là, dans le Golfe du Mexique.

«Poulet de mer monstrueux sans tête.» C’est ainsi que nos amis anglo-saxons surnomment Enypniastes eximia. Cette espèce de concombre des abysses n’a pourtant rien de monstrueux.

D’une taille variant entre 6 et 25 cm de long, cette holothurie – c’est ainsi qu’on désigne les concombres de mer, cette classe d’animaux marins au corps mou et oblong, qui possèdent des cercles de tentacules autour de la bouche – se déplace gracieusement avec ses nageoires comme des voiles et ses petits tentacules, à partir de 500 m sous la surface de l’eau jusque dans les grandes profondeurs comme la fosse des Mariannes (5.575 m).

Enypniastes eximia a un corps facile à observer : sa texture translucide et rougeâtre laisse voir ses organes internes, principalement un tube digestif qui trie les sédiments ingurgités, pour n’en retenir que les particules alimentaires.

Jusqu’à présent, la seule vidéo que l’on avait de cette curieuse créature des mers venait du Golfe du Mexique, à 2 500 mètres de profondeur. Les images avaient été tournées en 2017. Mais pour la première fois, un spécimen d’Enypniastes eximia a été observé et filmé dans les eaux de l’océan Austral, au large de l’Antarctique, grâce à des caméras sous-marines mises au point par le service gouvernemental australien dédié à l’Antarctique, rattaché au département de l’environnement et de l’énergie.

L’objectif de ces outils subaquatiques de pointe : soutenir la conservation des fonds marins en ayant une meilleure connaissance de certaines zones, afin d’éviter que des activités de pêche ne s’y déroulent.

«Des créatures venues d’une autre planète»

«Nous avions besoin d’un dispositif qui puisse être mis à l’eau depuis un bateau et fonctionner pendant de longues périodes, dans des conditions de pression extrême et d’obscurité totale, explique le Dr Dirk Welsford, responsable du service sur le site du département Environnement. Beaucoup de créatures des grands fonds semblent venir d’une autre planète. Le concombre de mer des abysses n’est pas totalement inconnu, mais il n’avait jamais été repéré dans cette région de l’Antarctique oriental.»

Image 1024 1024 7751522Un des spécimens observés dans la fosse des Mariannes, avec le navire d’exploration océanographique Okeanos, de l’administration fédérale américaine d’exploration marine (NOAA), en 2010. © NOAA Photo Library

Pour le moment, les scientifiques sont très satisfaits des images qu’ils récupèrent. «Certaines des images sont à couper le souffle. Nous observons des espèces que nous n’avons jamais vues dans cette partie du monde.» Et «plus important encore, les caméras nous fournissent des informations de premier ordre sur des zones des profondeurs fragiles, qui ne peuvent supporter la pêche et qui doivent donc être évitées».

Avec ces nouvelles données, Gillian Slocum, commissaire de la Commission pour la conservation de la faune et la flore en Antarctique, qui se déroule depuis ce lundi à Hobart (Australie), espère bien peser pour la création d’une nouvelle zone de protection à l’est de l’Antarctique.

«L’océan Austral abrite une abondance et une variété incroyable de vie marine, y compris des espèces très recherchées sur le plan commercial, dont l’exploitation doit être soigneusement gérée pour les générations futures.»

© Ouest France - https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/36313/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20181022#!preferred/1/package/36313/pub/52675/page/8

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