Le réchauffement climatique pourrait modifier en profondeur la circulation océanique

La hausse des températures va changer non seulement la vitesse des courants océaniques profonds mais aussi les endroits de l’Arctique où les eaux froides plongent dans les profondeurs. C’est le résultat majeur d’une étude que vient de publier Nature Climate change.

Cover r4x3w1000 5bd049f267756 075 reza notitle171223L'océan pacifique. © Fachrul REZA / NurPhoto / AFP

Le consensus scientifique est désormais bien établi : la circulation océanique se ralentit. En remontant vers l'Europe, les eaux chaudes des tropiques apportées par le Gulf Stream se refroidissent et se chargent en salinité.

Plus lourdes que les couches inférieures, ces eaux plongent dans les profondeurs et retournent vers les tropiques en un véritable tapis roulant baptisé "circulation méridienne de retournement de l'Atlantique" (AMOC selon l'acronyme anglais).

Les mesures effectuées notamment par le programme RAPID enregistrent déjà de grandes variations saisonnières et annuelles que l'on ne peut pas encore attribuer à la fonte de la glace arctique. Les masses d'eau douce diluent la salinité et inhibent la plongée des eaux.

Ce que nous apprennent aujourd'hui Camille Lique du laboratoire d'océanographie physique et spatiale (LOPS/ Cnrs/Ifremer/IRD) et Matthew Thomas de l'Université de Yale (Etats-Unis) dans un article de Nature climate change c'est que les lieux actuels de plongée en mer du Labrador vont changer.

"Nous avons pour cela utilisé un modèle de climat simulant le comportement de l'océan sous des conditions extrêmes de multiplication par quatre des concentrations en CO2 de l'atmosphère par rapport au début de l'ère industrielle ", explique Camille Lique.

Ce scénario du pire implique que l'activité humaine se poursuive sans effort de limitation de gaz à effet de serre. Les teneurs passeraient alors de 280 parties par million (ppm) par m3 d'air au XIXe siècle à 1100 ppm en 2100.

Dans cette hypothèse, la banquise arctique disparaît complètement l'été. Les volumes d'eau douce perturbent donc gravement la circulation océanique.

Les zones de convection des eaux vont changer

Le modèle utilisé par Camille Lique a bien confirmé le ralentissement. Mais ce que prouve ce nouveau travail, c'est qu'il n'y aura pas seulement ce phénomène.

"Ce que nos simulations ont intégré, c'est le comportement des différentes couches composant une colonne d'eau océanique dont les températures et la salinité sont différentes, poursuit Camille Lique. Dans ce cas, on constate que la plongée des eaux froides de surface se fait à des endroits différents ".

Et les modifications sont majeures. En 2100, la circulation océanique si cruciale pour les climats locaux d'Amérique du Nord et d'Europe aura complètement changé de figure. La plongée des eaux s'effectuera plus au nord, dans un Arctique débarrassé de sa glace l'été et dans les zones subtropicales, à la hauteur du Portugal.

Cette étude constitue donc un avertissement sérieux.

Nul ne peut imaginer ce qu'il adviendra des cycles des tempêtes, de l'alternance actuelle des saisons, des précipitations et sécheresses avec un agent climatique aussi perturbé.

"Ce que nous concluons, c'est qu'il est désormais essentiel d'avoir une vision globale de ce qui se passe dans l'Arctique et tout le bassin atlantique, assure Camille Lique. Nous ne pouvons plus rester polarisés sur l'étude des zones où la plongée des eaux se déroule actuellement".

Loïc CHAUVEAU - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/la-circulation-oceanique-sera-tres-perturbee-par-le-climat_128851

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