Depuis 14 ans, une fuite de pétrole pollue le golfe du Mexique

Dans le golfe du Mexique, c’est une pollution silencieuse, qui dure depuis des années… Cette fuite de pétrole, due à un glissement de terrain sous-marin provoqué par un ouragan en 2004, n’a jamais été colmatée.

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C’est un bien triste record qui va être battu dans le golfe du Mexique : une fuite de pétrole datant de 2004, mais longtemps restée secrète, a provoqué une pollution désormais pire que celle générée par l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, en 2010. L’explosion avait fait 11 morts et 780 millions de litres de pétrole s’étaient répandus en mer en 87 jours.

La fuite de 2004, elle, a été causée par l’ouragan Ivan, qui avait dévasté le golfe du Mexique et détruit une plateforme pétrolière (la 23051) installée à 20 km de la côte de Louisiane. Cette plateforme appartenait à la société Taylor Energy Company dont le fondateur Patrick Taylor est décédé deux mois après la catastrophe à l’âge de 67 ans.

Remontées continuelles de pétrole

L’ouragan a non seulement détruit la plateforme mais il a aussi provoqué un glissement de terrains qui a enterré les 28 têtes de forage d’où le pétrole s’est échappé de façon tout à fait incontrôlée. Pendant plusieurs mois, la société a tenté de localiser les forages pour colmater les fuites ; une plate-forme, l’Ocean Saratoga, a même été positionnée sur les lieux de l’accident. Six des forages ont été bouchés. Mais les ouragans Katrina et Rita, en 2005, ont mis fin aux efforts.

Trois ans plus tard, les garde-côtes américains ont exigé de nouvelles tentatives pour interrompre les remontées continuelles de pétrole à la surface.

Si les Coast Guards étaient au courant du potentiel dévastateur de la fuite et l’ont minimisée, peu de gens étaient conscients de l’ampleur de la catastrophe. C’est une organisation non-gouvernementale, Sky Truth, surveillant le site de Deepwater Horizon, qui a repéré la pollution en 2010 et a établi qu’elle provenait d’une autre source, située à 65 km.

Image 1024 1024 7770849La plateforme Saratoga en 2010, alors que Taylor Energy tentait encore de colmater la fuite. © J. Henry FAIR

Image 1024 1024 7770850Une image satellitaire de 2007 qui montre une nappe de 138 km2 près du site de l’accident. © Nasa

Polémique

Taylor Energy, mise en cause, s’est défendu en affirmant que la fuite était bénigne. Sauf que l’agence de presse AP a déterminé en 2015 que le volume de pétrole qui s’écoulait des forages était 20 fois supérieur au chiffre de Taylor Energy. Plus récemment, de nouveaux chiffres ont été publiés ; selon eux, ce sont l’équivalent de 700 barils de pétrole (112 000 litres) qui s’échappent chaque jour.

Bien sûr, Taylor Energy conteste ces données. La société, qui appartient désormais à des Sud-Coréens, affirme que la fuite ne provient pas de ses forages et que la catastrophe relevait de « la volonté divine ». Elle réclame même à l’État fédéral le remboursement de 450 millions de dollars bloqués sur un fonds pour payer les efforts de nettoyage.

Alors que sont en hausse la fréquence et la violence des ouragans qui balaient le golfe du Mexique et la côte Atlantique, la crainte de nouvelles pollutions pétrolières grandit dans les populations de la Louisiane à la Caroline du Nord en passant par la Floride.

Philippe CHAPLEAU - © Ouest France - https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/36634/reader/reader.html#!preferred/1/package/36634/pub/53066/page/7

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