Un crabe mutant et agressif envahit les côtes du Maine

Il ne mesure qu’une dizaine de centimètres mais il est redoutable. Le terrible crabe vert est en train de prendre d’assaut les rivages du Maine, aux États-Unis, dévorant mollusques et petits poissons sur son passage. L’écosystème côtier de la région est en danger.

Image 1024 1024 7374436Un crabe vert vorace et agressif envahit les eaux du Maine. © Ar rouz / Wikimédia Commons

«Nous avons constaté un niveau d’agressivité insensé.» C’est en ces termes que Markus Frederich, professeur à l’Université de la Nouvelle-Angleterre, dans le Maine (États-Unis), parle du crabe vert (aussi appelé crabe enragé), Carcinus maenas, installé depuis plus d’un siècle dans les eaux de l’est du Canada.

Si des chercheurs américains s’intéressent à la bestiole, c’est que le vorace petit crustacé a la folie des grandeurs : il envahit les côtes du Maine. Et il n’y fait pas de quartier.

Carnage

Moules, palourdes, huîtres, petits crabes, petits poissons… Tous font partie du régime alimentaire de ce crabe glouton d’à peine une dizaine de centimètres.

Également inquiétante, sa capacité à détruire les zostères, ces plantes aquatiques qui servent d’abri à bien des organismes marins. Quand il creuse un terrier, le crabe vert fait le ménage autour de lui, sectionnant les racines de la végétation qui pousse dans les sédiments.

Image 1024 1024 7374437Le crabe vert dévore tout sur son passage, notamment les palourdes, les moules, les coques, les huîtres. En groupe, il peut aussi s’attaquer au homard. © 4028mdk09 / Wikimédia Commons

Ces petites brutes ne sont pas faciles à étudier, souligne Louis Logan, étudiant de l’Université de la Nouvelle-Angleterre auprès de l’agence Associated Press. Chargé d’étiqueter des spécimens pour les observer en laboratoire, il en garde de douloureux souvenirs.

«Chaque fois que j’essayais d’en attraper un, c’est lui qui tentait de m’attraper !» Le voyant arriver vers le bac, les crabes, surexcités, se plaçaient en position de combat, toutes pinces dehors. L’un d’entre eux était tellement résolu à en découdre qu’il a même sauté hors de l’eau, raconte le professeur Frederich au New York Times.

Pour tester leurs limites, les chercheurs du labo ont placé une douzaine de crabes dans un seau, les ont privés d’oxygène pendant 45 minutes, puis les ont posés sur un tapis de course sous-marin. Certains crabes ont avancé pendant plus de 5 minutes. Et ils ont survécu. «Les étudiants étaient fascinés», rapporte le professeur Frederich.

Les scientifiques ont aussi placé plusieurs de ces énervés dans un bac contenant des herbiers de zostères. Un vrai carnage. Comme une armée d’Édouard aux mains d’argent coupant des brins d’herbe…

185 000 œufs

Le crabe vert (qui n’est pas toujours vert malgré son nom, il peut être vert, jaune-vert, orangé, voire rouge) est arrivé d’Europe aux États-Unis et au Canada par bateaux, dans les eaux de ballast, au milieu des années 1800.

Mais c’est un spécimen hybride envahissant, génétiquement différent, qui descend depuis les années 1980 de Nouvelle-Écosse (Canada) vers les côtes du Maine.

Plus vorace, plus agressif, plus destructeur pour les écosystèmes que son docile prédécesseur européen, il est aussi plus résistant, capable de s’adapter à des eaux à la température variable, à faible salinité et faible teneur en oxygène.

Image 1024 1024 7374438La femelle peut pondre jusqu’à 200 000 œufs une à deux fois par an. © Auguste Le Roux / Wikimédia Commons

Pour le moment, les hivers froids de la région ont maintenu la population de ces crabes verts autour de 2 à 3 % des crustacés dans les eaux du Maine, mais les chercheurs craignent que le réchauffement climatique ne leur soit favorable et que leur population explose (ce qui commence à être observé depuis quelques années).

Surtout que la femelle est plutôt féconde : elle pond entre 185 000 et 200 000 œufs une ou deux fois par an.

S’ils ne sont pas directement une menace pour la population humaine, les crabes verts sont de redoutables prédateurs pour la faune et la flore marines. L’économie des palourdes et des moules du Maine pourrait pâtir de leur insatiable appétit. Elle aurait déjà subi une perte de 15 millions de dollars, selon le New York Times.

Comestible

Que faire pour réduire leur nombre et leur impact ? Des clôtures ont été installées dans l’eau pour protéger les palourdes. Quant à l’animal directement, il est difficile à commercialiser : il est comestible mais sa chair est compliquée à extraire de sa carapace, à cause de sa petite taille.

Il peut être transformé en compost ou en pâte alimentaire. Mais les quelques tentatives menées n’ont pas rencontré un grand succès.

Image 1024 1024 7374439Le crabe vert hybride qui envahit les eaux du Maine est particulièrement agressif et vorace. © Danny S. 1993 / Flickr

Alors l’association des pêcheurs de palourdes du Maine, la Maine Clammers Association, tire la sonnette d’alarme et réclame l’aide de l’État. «La situation ne peut pas empirer, ces crabes sont déjà en train de tout dévorer», déplore le pêcheur Chad Coffin, président de l’organisation.

En attendant de trouver des solutions, les chercheurs de l’Université de Nouvelle-Angleterre espèrent découvrir ce qui a provoqué la mutation de cette petite terreur à pinces.

Marie MERDRIGNAC - © Ouest France - https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/34545/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20180925#!preferred/1/package/34545/pub/49871/page/5

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