Les micro-algues, ce côté toxique du poumon de la planète

Réunis à Nantes, plus de 700 chercheurs du monde entier font le point sur les recherches menées sur les micro-algues toxiques. Mortelles pour l’homme, elles provoquent également de lourdes pertes économiques.

Cover r4x3w1000 5bd19ea681c90 mesodinium rubrum copyrightesa sentinel2En Bretagne, bloom de Mesodinium robrum capté par le satellite Sentinel 2. © ESA/SENTINEL 2

Tous les deux ans, l'"International conference on harmful algae" (ICHA) réunit le gratin de la recherche sur les micro-algues toxiques. Nantes succède ainsi à la Nouvelle-Zélande et au Brésil, témoignant de l’importance d’un sujet international aux fortes conséquences sanitaires et économiques.

Ce plancton toxique empoisonne coquillages et poissons, provoquant des interdictions de vente et chez les hommes au mieux des gastro-entérites, au pire des décès.

«Ainsi, tous les ans en France, l’Ifremer surveille la qualité des coquillages et transmet aux autorités préfectorales ses résultats pour générer des interdictions de vente, explique Philipp Hess, directeur du groupe de recherche Phycotox et organisateur du colloque. On déplore cependant une cinquantaine d’intoxications graves tous les ans du fait de pêcheurs à pied amateurs méconnaissant les avis affichés en mairies».

Sur les 5000 espèces de micro-algues répertoriées dans le monde, 175 secrètent des toxines. Ce plancton dont la biomasse totale se compte en milliards de tonnes est un des poumons de la planète : il génère la moitié de l’oxygène produit tous les ans par les végétaux.

Un milieu mal connu

Depuis une trentaine d’années où l’Ifremer a en charge la surveillance de ces phénomènes, l’Institut n’a pas enregistré de tendances fortes à l’accroissement ou à la diminution des «blooms» alguals provoquant de spectaculaires changements de couleur des eaux littorales françaises.

Mais ce milieu mal connu est imprévisible. «Certaines toxines apparaissent depuis plus de 30 ans avec une forte régularité comme Dinophysis (qui produit l'acide okadaïque, des toxines diarrhéiques) en baie de la Vilaine de fin mai à début juin, détaille Philipp Hess. D’autres ont émergé tout récemment comme Alexandrium en rade de Brest qui génère des poisons paralysant potentiellement mortels. En Méditerranée Ostreopsis, micro-algue urticante pour les baigneurs et plongeurs provoquant des attaques chez les asthmatiques est la plus souvent rencontrée».

Dans le monde, le Chili et la Floride ont connu de fortes poussées. A Miami en 2015, les populations de Karenia brevis ont explosé après le passage des cyclones qui provoquent des conditions favorables à cette espèce.

En France, Pseudo-nitzschia a vu sa présence empêcher la commercialisation des coquilles Saint Jacques en sud-Bretagne pendant les quelques mois suivant la tempête Xynthia de février 2010.

Le réchauffement climatique pourrait multiplier les blooms algaux

La recherche porte sur une meilleure connaissance de ce milieu difficile à explorer. L’inventaire des espèces se poursuit. Ainsi, des expéditions comme Tara prélèvent du plancton dans des régions océaniques peu explorées.

Menée par des élèves du lycée maritime de La Rochelle (Charente Maritime), le projet Hermiona à travers l’Atlantique a permis de découvrir de nouvelles espèces. Pour mieux collecter des échantillons en zone littorale, l’Ifremer vient par ailleurs de mettre au point un drone marin présenté à Nantes.

Autre axe de recherche, l'influence du réchauffement climatique sur ces écosystèmes, tant pour leur répartition que pour leur prolifération qui devrait être plus importante avec la hausse des teneurs en CO2 de l'atmosphère: «On voudrait aussi mieux comprendre les interactions des micro-algues avec les bactéries et les virus avec lesquelles elles vivent pour déterminer les mécanismes qui provoquent les proliférations», poursuit Hélène Hégaret, chercheuse à l’Ifremer.

En connaissant mieux cet écosystème, les scientifiques espèrent ainsi déterminer les zones maritimes plus propices à l’existence des algues toxiques afin d’y faire interdire toute activité d’aquaculture ou de pêche.

Et puis les économistes sont également sollicités. La surveillance des micro-algues a en effet un coût même si les citoyens sont appelés à la rescousse avec le programme de science participative Phenomer.

«Ce que l’on cherche à calculer, c’est l’argent que les secteurs de la pêche et de l’aquaculture n’ont pas perdu grâce à la surveillance effectuée, explique Maud Lemoine, à l’Ifremer. Cette analyse coût-bénéfice justifie ainsi les investissements dans la recherche».

Loïc CHAUVEAU - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/plantes-et-vegetaux/les-scientifiques-reunis-a-nantes-pour-les-algues-toxiques_128912

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