Les poubelles flottantes se multiplient

Elles poussent depuis quelques mois dans les ports, marinas et canaux du monde entier. En France, La Grande-Motte, Marseille et maintenant Paris vont être équipées de ces étranges conteneurs circulaires placés dans l'eau.

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Les "Seabin" attrapent 500 kilos de déchets par an grâce à un système ingénieux. © Seabin

Ces poubelles flottantes d'un nouveau genre marquent un premier pas pour régler le problème des déchets dans les océans.

Elles s'appellent "Seabin" et viennent d'Australie. De la tête d'Andrew Turton plus précisément, surfeur professionnel écœuré par l'invasion de déchets enlaidissant le paysage et tuant la vie aquatique des belles plages de son pays.

Au début des années 2010, le sportif en vient à une conclusion toute simple: s'il y a des poubelles sur terre, pourquoi pas dans la mer? Il rencontre alors Pete Ceglinski, concepteur et ingénieur, lui aussi sensibilisé aux questions environnementales depuis plusieurs années. De leur association naît en 2015 l'entreprise Pty Lyd, avec le projet audacieux d'inventer une poubelle flottante.

"Nous nous sommes concentrés sur le problème des déchets aquatiques car personne d'autre ne le faisait, résume simplement Pete Ceglinski, interrogé par Le HuffPost. Partout où nous allons en navigant, nous avons rencontré le même problème, des déchets flottants sans solution efficace".

Après un crowdfunding réussi, plusieurs petits ratés et de nombreux designs, la Seabin V5 est prête depuis novembre 2017 et coûte 3300 euros, un prix dégressif pour plusieurs unités.

Une poubelle indépendante ou presque

Depuis, plusieurs dizaines d'unités ont été placées, principalement aux États-Unis et en Europe. La Grande-Motte est la première à l'avoir testée, en France, en avril 2017, où elle est installée dans son port. Idem pour Marseille, qui l'a adoptée en mai 2018 dans le port de la Pointe-Rouge.

Paris devrait en mettre six en place d'ici cet été lors de l'ouverture des lieux de baignade. La mairie a pour le moment confirmé deux lieux au Parisien: près de la Cité des Sciences dans le XIXe arrondissement, et aux abords du port de plaisance du bassin de la Villette.

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Elles sont placées là où les bateaux nettoyeurs ont du mal à atteindre les déchets. Mais pas besoin d'enfiler votre combinaison de plongée pour aller jeter vos restes de pique-nique au bassin de la Villette. Les poubelles Seabin interceptent les débris flottants dans leur "catch bag", grâce à une pompe silencieuse qui déplace jusqu'à 25.000 litres d'eau par heure.

Les déchets sont prisonniers et l'eau rejetée ensuite est propre. Le dispositif peut ainsi garder jusqu'à 20 kilos de déchets, à raison d'1,5 kilo récolté en moyenne tous les jours, soit 500 par an. Les poubelles récoltent en moyenne 29% de mégots de cigarettes, 28% de déchets plastique et 26% d'emballages alimentaires.

Le sac doit être changé une fois par jour. "Il ne faut l'intervention que d'une personne, qui prend vingt minutes de sa journée pour s'occuper de la Seabin. Le sac seulement est plein et doit être changé. Son contenu est ensuite emmené dans des stations recyclables pour être jeté dans les bonnes poubelles", détaille Pete Ceglinski pour Le HuffPost.

Une Seabin peut à elle seule intercepter bouteilles, sacs plastiques, tonneaux de 5 ou 20 litres, couverts en plastique et mégots (deux des déchets les plus récoltés chaque année)... Mais aussi des billes de micro-plastique aussi petites que 2 millimètres de diamètre, responsables de désastres écologiques notamment dans l'océan Antarctique. De plus, le dispositif permet de séparer les matières huileuses (comme le pétrole ou le détergent) de l'eau, pour la purifier.

Une petite révolution d'un diamètre de 50 centimètres et d'une profondeur d'un mètre, faite de plastique recyclable: Pete et Andrew espèrent pouvoir créer de nouvelles Seabin avec le plastique récolté grâce à celles-ci. Cette matière est l'une des seules qu'ils pouvaient utiliser, le métal et la fibre de verre se dégradant au contact de l'eau salée.

Plein phare sur l'éducation

Mais aussi inventif que soit la Seabin, Pete et Andrew le savent: elles ne suffiront pas à régler le problème, toujours grandissant, du plastique dans les océans. "L'éducation, c'est la vraie solution durable", proclame le site de Seabin-Project, qui s'engage donc dans cette voie. "Nous avons décidé de créé des programmes pédagogiques, en adéquation avec les Seabin.

Douze pays les ont adoptés, pour que des milliers d'étudiants puissent en savoir plus sur le fléau du plastique dans les océans", nous explique Pete Ceglinksi. Une brochure en ligne à propos de la nécessité de protéger les littoraux est disponible sur leur site.

Et pour l'avenir du produit, les deux entrepreneurs écolos espèrent surtout pouvoir construire des Seabin plus grandes et plus résistantes aux courants, à placer au large des océans. "Notre but serait de pouvoir vivre dans un monde où il n'y a plus besoin de Seabins", confie son créateur.

En attendant, en France, Pete Ceglinski espère surtout avoir de nouvelles commandes à Marseille, où il sait que le problème "des déchets flottants est majeur pour cette ville". Pour Paris, c'est sur les Jeux olympiques de 2024 qu'il mise: "nous espérons en avoir installé beaucoup d'ici là", conclut-il.

Chaque année, ce sont 10 à 20 millions de tonnes de plastique qui sont déversées dans les océans, causant la disparition et l'empoisonnement de nombreuses espèces aquatiques.

Jeanne MASSÉ - © Le Huffington Post - https://www.huffingtonpost.fr/2018/05/20/a-paris-marseille-et-la-grande-motte-les-poubelles-flottantes-seabin-se-multiplient_a_23436750/

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