L’inquiétante pollution plastique des régions polaires

Y a-t-il encore une zone vierge de plastique dans le monde ? Il semblerait que non, car on en trouve jusqu’aux pôles Nord et Sud ! La pollution plastique prend différentes formes (microparticules, filets, bouées, bâches, etc.) en Arctique comme en Antarctique.

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Des échantillons ont été collectés lors d’une expédition de trois mois en Antarctique à bord du navire Greenpeace, «Arctic Sunrise», de janvier à mars 2018. © Christian Aslund / Greenpeace

On trouve du plastique partout. Même les endroits les plus reculés de la planète sont touchés. Deux récentes expéditions, en Antarctique et en Arctique, viennent de publier leurs résultats. Et ils ne sont pas bons. Que ce soit au pôle Sud ou Nord, impossible d’échapper aux déchets de plastique !

L’Antarctique n’est plus vraiment si sauvage. Très peu d’études scientifiques y ont été menées pour le moment, mais les premières ramènent des conclusions inquiétantes. Des chercheurs de Greenpeace ont passé trois mois, de janvier à mars, à prélever des échantillons d’eau et de neige dans des endroits reculés du continent austral.

Ils ont été analysés en laboratoire et révèlent la présence de microplastiques dans la neige et les eaux du continent blanc. «L’Antarctique peut sembler une région sauvage intacte, mais le bout du monde est lui aussi pollué par des poisons environnementaux de l’industrie textile et par la folie plastique», déplore Thilo Maack, expert en océans chez Greenpeace.

Du plastique et des produits chimiques

Dans un communiqué, l’organisation non-gouvernementale (ONG) détaille ses résultats : sur huit échantillons d’eau de mer de surface analysés, sept contenaient des microplastiques comme des microfibres (qu’on trouve dans des vêtements par exemple). «Neuf autres échantillons ont été prélevés en utilisant un filet conçu spécialement pour les prélèvements d’eau de surface. Dans deux d’entre eux, nous avons retrouvé des fragments de microplastiques.»

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Des échantillons ont été prélevés dans la neige par des scientifiques de Greenpeace. © Christian Aslund / Greenpeace

Les experts ont également découvert des bouées, des filets de pêche et des bâches entre les icebergs. Ils ont aussi noté la présence de produits chimiques comme des alkyls perfluorés, très répandus dans l’industrie et les produits de grande consommation. Ils proviendraient, selon les premières hypothèses des scientifiques, de pluies contaminées ou de chutes de neige, elles aussi contaminées. Et seraient responsables des problèmes de reproduction et développement chez les animaux sauvages.

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Lors de l’expédition en janvier et mars 2018, menée par Greenpeace. © Christian Aslund / Greenpeace

Pour le moment, les conséquences d’une telle pollution sont largement méconnues, mais «ces produits chimiques plutôt mauvais, au fur et à mesure qu’ils progressent dans la chaîne alimentaire (lorsqu’ils sont ingérés par des micro-organismes marins, puis par des animaux marins plus gros etc.), peuvent avoir des conséquences graves sur la faune et donc sur les humains», avertit Alex Rogers, spécialiste des océans à l’université d’Oxford, interrogé par The Guardian.

Des conséquences méconnues sur la faune

Une autre expédition scientifique, menée par des chercheurs allemands de l’Institut Alfred Wegener (AWI) pour la recherche polaire et marine, a, elle, permis de découvrir qu’il y avait du plastique au cœur de la banquise de l’Arctique. Ils ont fait fondre des échantillons de cinq régions de l’océan Arctique et ont mis au jour du plastique piégé dans la banquise : ils y ont trouvé parfois jusqu’à 12 000 microparticules dans seulement un litre d’eau.

Une pollution record. C’est deux à trois fois plus que ce qui avait été analysé précédemment. Quand la banquise va fondre, ces microparticules vont être relâchées dans l’océan. Or, elles mesurent moins de 5 mm et sont très difficiles, voire impossible à collecter.

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L’équipe de chercheurs de l’AWI a recueilli les échantillons de glace de cinq régions de l’océan Arctique au cours de trois expéditions dans l’océan Arctique à bord du brise-glace de recherche « Polarstern » au printemps 2014 et à l’été 2015. © AWI

Ces microplastiques sont libérés dans l’océan par la détérioration progressive de plus gros plastiques mais sont aussi créés par l’industrie, lors par exemple, du blanchissement de textiles synthétiques, l’abrasion de pneus de voiture etc.

En tout, dix-sept sortes de plastique ont été retrouvés dans les différents échantillons : du polyéthylène et du polypropylène, qu’on retrouve dans les bouteilles, les sacs et les emballages ; de l’acétate de cellulose (filtres de cigarettes), du nylon, du polyester et aussi de la peinture !

Ces microparticules arrivent jusqu’au pôle Nord par les courants marins, s’ajoutent ainsi aux déchets plastique flottants. Et s’il y en a certes moins qu’en Méditerranée ou que dans les autres océans, « plusieurs centaines de milliers de débris par kilomètre carré », avaient été ramassés lors d’une expédition de la goélette Tara entre juin et octobre 2013, dans de larges secteurs de l’Arctique.

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Une chercheuse examine une carotte de banquise de l’Arctique. © AWI

Là encore, les conséquences de ces microparticules de plastique sur la faune, si elles sont largement inconnues, pourraient très certainement être inquiétantes. Une des biologistes de l’AWI, Ilka Peeken, dans un communiqué annonçant la publication de leur étude dans la revue Nature Communications, la taille minuscule des particules suggère qu’«elles peuvent facilement être ingérées par les micro-organismes» qui sont à la base de la chaîne alimentaire. «Personne ne peut dire précisément à quel point ces particules de plastique sont dommageables pour la vie marine, et par conséquent pour l’être humain», ajoute-t-elle.

«On retrouve désormais du plastique dans tous les coins de nos océans, du pôle Nord au pôle Sud et jusqu’au point le plus profond, la fosse des Mariannes, a ajouté lors d’une conférence de presse, Frida Bengtsson, chargée de la campagne Portéger l’Antarctique de Greenpeace. Nous avons d’urgence besoin d’agir pour limiter le flux de plastique qui se retrouve dans la mer. C’est seulement ainsi que nous pourrons assurer la continuité de la vie dans nos mers et océans pour les générations futures.»

Marie MERDRIGNAC - © Ouest France - https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/26963/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20180608#!preferred/1/package/26963/pub/39082/page/5

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