Mangroves: une place stratégique dans le cycle mondial du carbone

La mangrove est un des puits de carbone les plus efficaces. Les réserves aériennes et souterraines dépassent souvent celles des autres écosystèmes marins ainsi que celles de la plupart des forêts tropicales. Cependant, plus que n’importe quel autre écosystème au monde, les mangroves sont menacées par la déforestation.

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Une très vieille mangrove située en Guyane dominée par l’espèce Rhizophora racemosa, estuaire de l’Oyapock. Les vieilles mangroves de Guyane figurent parmi les plus riches en carbone de la planète. Leur biomasse végétale est très importante mais c’est leurs sols qui constituent la partie la plus importante du puits de «carbone bleu». © François Fromard

On savait que les mangroves stockent de grandes quantités de carbone organique (CO) dans leur végétation et dans leur sol. Les taux d’accumulation du CO au cours du développement de cet écosystème restaient à évaluer pour mieux cerner leur rôle dans le cycle du «carbone bleu».

Une équipe composée notamment de chercheurs et chercheuse toulousain.e.s du laboratoire Écologie fonctionnelle et environnement (EcoLab – CNRS / Toulouse INP / UT3 Paul Sabatier) et du laboratoire Géosciences environnement Toulouse (CNRS / CNES / IRD / UT3 Paul Sabatier) vient de quantifier précisément ces taux d’accumulation depuis la naissance de l’écosystème, jusqu’à la maturité et la senescence forestière.

Les travaux publiés dans la revue Global Change Biology démontrent que le stockage du CO par la biomasse végétale décroit rapidement pendant les premières phases du développement forestier.

Cependant, l’accumulation reste constante dans le sol tout au long de la vie de l’écosystème. La quantité de CO enfouie dans le sol des mangroves peut ainsi devenir considérable et dépasser 1000 Mg C ha-1, sur le premier mètre de profondeur, dans les mangroves les plus stables et protégées.

Ces nouveaux résultats permettent de mieux appréhender la place des mangroves dans le cycle global du carbone et mettent en garde sur la dégradation croissante de cet écosystème emblématique des littoraux tropicaux.

La mangrove occupe une place stratégique dans le cycle du carbone mondial. Située à l’interface des grands réservoirs de carbone (continent, océan et atmosphère), la mangrove est un des puits de carbone les plus efficaces.

Les réserves aériennes et souterraines dépassent souvent celles des autres écosystèmes marins ainsi que celles de la plupart des forêts tropicales. Environ 10% du carbone organique dissous dans les océans proviendrait des mangroves.

Cependant, plus que n’importe quel autre écosystème au monde, les mangroves sont menacées par la déforestation. Selon la FAO, 35% des mangroves mondiales ont disparu entre 1980 et 2000 et depuis ne cessent de perdent presque 1% de leur surface tous les ans.

Des aides financières REDD+ (Réduction des émissions issues de la déforestation et de la dégradation forestière) sont attribuées par les Nations Unies pour replanter les mangroves et ainsi reconstituer les stocks perdus mais aussi potentiellement restaurer tous les services écosystémiques rendus : protection des côtes contre l’érosion, nurseries et nourriceries pour de nombreuses espèces marines, rétention et filtre de polluants, séquestration du carbone organique, etc.

Les études récentes montrent qu’au lieu de replanter la mangrove il est plus efficace de chercher à faciliter sa régénération naturelle en jouant sur les conditions environnementales nécessaires à l’installation de l’écosystème, et laisser ainsi la mangrove (re)conquérir les espaces disponibles.

Cependant, les rythmes de constitution des stocks de carbone au cours du développement de l’écosystème restaient très peu connu.

Les travaux menés dans les mangroves de Guyane depuis de longues années par cette équipe de chercheurs et chercheuse ont permis pour la première fois de quantifier précisément les taux d’accumulation du carbone dans l’écosystème sur le long terme.

Ces travaux publiés dans Global Change Biology démontrent que la quantité de carbone piégée dans la biomasse végétale est importante au cours des premiers stades de développement forestier (environ 23.5 Mg C ha-1 la première année) mais décline rapidement avec le vieillissement des peuplements (7 Mg C ha-1 au cours de la 10ème année). Rien d’étonnant, mais il fallait le quantifier.

Par contre, cette étude révèle que la matière organique dans les sols de cet écosystème s’accumule régulièrement (3 Mg C ha-1 an) et constitue un réservoir important qui ne cesse d’augmenter au cours du temps.

Mais à ce stade des recherches des questions restent en suspens, notamment en ce qui concerne l’âge de la matière organique profondément enfouie dans les plus anciennes mangroves.

La réponse à cette question en particulier permettra de savoir si les mangroves représentent un puits de carbone «sans fond».

© CNRS - https://www.cnrs.fr/inee/communication/breves/b347.html

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