Sauver les océans, une question de justice environnementale

L’avenir de l’Humanité passe en grande partie par la préservation d’un milieu qui couvre 71 % de la surface de la Terre. Les océans absorbent 30 % du CO2 et 90 % de la chaleur en excès dans l’atmosphère… (mais pas que).

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«Conserver et exploiter de manière durable les océans» tel est le quatorzième des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) adoptés par l’ONU pour l’horizon 2030. L’avenir de l’Humanité passe en grande partie par la préservation d’un milieu qui couvre 71 % de la surface de la Terre, rappelle Philippe Cury (Directeur de Recherche), représentant de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement) auprès de l’Union Européenne.

Dans quel état sont aujourd’hui les océans ?

La situation est pré­occupante. Ce que les scientifiques constatent, c’est que le niveau des mers augmente du fait du réchauffement cli­matique, que la pol­lution s’étend et que la surexploitation des ressources va croissant. 40 % de l’Humanité vit sur les littoraux. Ce sont autant de gens et de biens menacés. 4,5 milliards d’hommes dépendent des protéines marines pour leur alimentation.

En 1950, chaque habitant de la planète consommait entre 7 et 8 kilos de poissons par an. Nous en sommes aujourd’hui à plus de 20 kilos.

Dans le même temps, les prises stagnent depuis le début des années 90. C’est un signe que les stocks s’épuisent. Les pêcheurs doivent aller toujours plus loin toujours plus profond pour ramener moins de poisson. Et l’aquaculture ne peut se substituer totalement à la baisse des captures alors que la demande ne cesse de croître.

Quelles perturbations provoque le réchauffement climatique ?

Les océans absorbent 30 % du CO2 et 90 % de la chaleur en excès dans l’atmosphère.

Cela a un impact certain sur la biodiversité, via l’aci­dification de l’eau et la répartition des espèces. Les poissons remontent vers le nord et l’on voit des espèces autrefois absentes des eaux septentrionales s’installer. On pêche du maquereau en Islande, ou encore du thon rouge au Groenland ce qui ne va pas sans problèmes de gestion avec l’Union Européenne.

On estime qu’en moyenne, les poissons remontent de 72 km vers les pôles chaque décennie. Que va-t-il advenir des pays de la ceinture tropicale, là où la pêche est cru­ciale pour nourrir des populations parmi les plus pauvres ?

Que peut bien signifier dans ce contexte une «exploitation durable des océans» ?

La pêche ne peut plus être gérée que dans un cadre international global et c’est tout l’intérêt des ODD que de pousser à des solutions qui impliquent tous les pays. 40 % des poissons pêchés sont échangés au niveau mondial. C’est l’aliment qui voyage le plus! Ainsi, l’Europe, les USA et le Japon consomment 28 millions de tonnes sur les 85 capturées tous les ans.

Une exploitation durable implique donc qu’on revoit ces circuits commerciaux, qu’on renégocie les accords de pêche et qu’on promeuve une meilleure répartition des captures au profit des pays les plus pauvres. C’est une question de justice environnementale !

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Surveillance des débarquements de la pêche industrielle, Seychelles. © IRD/Thibaut Vergoz

L’ODD 14 sur la gestion des océans impacte donc de nombreux aspects des relations internationales ?

Cette question influe sur les autres ODD. Si on progresse sur ce sujet, on aura des impacts sur l’élimination de la faim (ODD 1), la sécurité alimentaire (ODD 2), sur la croissance écono­mique durable (ODD 8), sur la consommation et la production durable (ODD 12) ou encore la lutte contre le changement climatique (ODD 13). La bonne santé des océans est une des clés d’un monde harmonieux à plus de 9 milliards d’habitants.

Quel rôle va tenir la science dans la poursuite de ces objectifs ?

Pour la première fois dans l’histoire, la science fournit les outils nécessaires pour que nous puis­sions nous projeter dans le futur. Les avancées de la recherche sont une condition sine qua non pour atteindre les objectifs de développe­ment durable étant donné la complexité des dynamiques et des interactions. Nous sommes désormais capables de construire des modèles et d’élaborer des scénarios qui nous disent quel chemin il faut suivre et quelles actions il faut entreprendre pour que l’homme puisse vivre sur cette planète sans la détruire

Programme Carioca – Etudier l’acclimatation des coraux à l’acidification des océans

© IRD / Sciences et Avenir - http://ird.sciencesetavenir.fr/oceans/sauver-oceans-question-de-justice-environnementale/

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