Les huîtres nous écoutent !!!

Écouter le bruit des vagues. Un passe-temps relaxant pour les êtres humains, mais une activité vitale pour les huîtres. Car, oui, les huîtres perçoivent aussi les ondes sonores. Cette découverte laisse penser que les bruits de l'océan influencent leur comportement.

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Une jeune huître du Pacifique. © Gilbert LE MOIGNE / Wikimedia commons

Les huîtres peuvent «entendre» les bruits de l'océan. Une capacité qu'on ne leur connaissait pas jusqu'à récemment, mais qui aurait un rôle déterminant pour réguler leur cycle de vie, tout en les rendant sensibles aux nuisances sonores d'origine humaine. Sans oreilles, les huîtres n'entendent pas vraiment comme nous mais elles perçoivent les vibrations engendrées par les ondes sonores, grâce à un organe sensoriel appelé statocyste, présent chez de nombreux autres animaux et sensible à la gravité.

Ce sont des chercheurs français qui ont révélé cette étonnante aptitude des huîtres à percevoir et réagir aux sons. Ainsi, Jean-Charles Massabuau et ses collègues de l'université de Bordeaux ont soumis 32 huîtres du Pacifique — de leur nom latin Magallana gigas, anciennement Crassostrea gigas, aussi appelées huîtres japonaises — à des ondes sonores de fréquences comprises entre 10 et 20.000 hertz, soit plus ou moins le spectre audible par les êtres humains. Leur travail a été publié dans la revue Plos One.

Pour détecter leurs mouvements, c'est-à-dire leur réponse aux stimuli sonores, les chercheurs ont fixé des accéléromètres sur les huîtres. En effet, ces mollusques bivalves s'ouvrent quand ils se sentent stressés ou menacés. Résultat : les huîtres réagissent à des fréquences entre 10 et 1.000 hertz et s'avèrent particulièrement sensibles aux basses fréquences, entre 10 et 200 hertz.

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Une huître du Pacifique à l’Aquarium Finisterrae, à La Corogne, en Espagne. © Museos CientÍficos Coruñeses, Flickr

Les bruits de l’océan, des signaux pour réguler le comportement des huîtres

Pour les huîtres, être à l'affût des bruits de l'océan est vital pour s'alimenter, se reproduire ou anticiper l'attaque des prédateurs. Effectivement, les sons seraient autant de signaux avant-coureurs des marées, des tempêtes ou de l'arrivée imminente de prédateurs (homards et poissons).

Les marées apportent des aliments aux huîtres qui vivent en eaux peu profondes. En entendant le bruit des vagues sur les rochers, ces mollusques peuvent s'ouvrir à l'avance pour recevoir la nourriture. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, l'arrivée d'une tempête est bon signe pour les huîtres, car c'est pendant les périodes orageuses qu'elles se reproduisent. Entendre le bruit des tempêtes pourrait permettre aux huîtres de coordonner leur ponte et augmenter ainsi leurs chances de se reproduire.

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Les huîtres peuvent entendre le bruit des marées. Les marées hautes sont synonymes de nourriture pour ces mollusques. © Ecomare, Oscar Bos, Wikimedia Commons

Les dangers de la pollution sonore

Les huîtres peuvent entendre les bruits de l'océan et cela inclut malheureusement ceux engendrés par les activités humaines : bateaux, sous-marins militaires, sonars, explosifs de l'exploration maritime industrielle ou de sondages sismiques, forages, etc.

Alors que le bruit des vagues et des tempêtes régule la vie des huîtres, la pollution sonore les perturbe. Les huîtres peuvent confondre les bruits et réagir de façon inappropriée, expliquent les chercheurs, par exemple pondre au mauvais moment, ou à l'inverse rester fermées, sans manger ni se reproduire. Elles risquent aussi de ne pas entendre l'arrivée des prédateurs. Les nuisances sonores mettent donc en danger la survie des huîtres.

C'est d'autant plus inquiétant que les huîtres sont particulièrement sensibles aux sons dans les basses fréquences, entre 10 et 200 hertz. Or, ce sont justement les sons produits par les bateaux et l'exploration sous-marine.

La découverte de Jean-Charles Massabuau et de ses collègues nous rappelle que les cétacés ne sont pas les seuls à subir les nuisances sonores d'origine humaine. Elle vient corroborer des études précédentes qui laissent penser que toute la faune marine serait impactée.

Ainsi, d'après une étude réalisée par l'équipe de Mike Elliot à l'université de Hull, au Royaume-Uni, les bernard-l'hermite et les moules sont sensibles aux vibrations sonores. C'est aussi le cas des calmars, selon les recherches d'Aran Mooney, au Woods Hole Ocenographic Institution.

Par ailleurs, l'équipe de Michael André à Barcelona Tech a montré que le bruit des bateaux peut endommager les organes sensoriels des calmars et des pieuvres.

Floriane BOYER - © Futura Sciences - https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/zoologie-etonnant-huitres-nous-entendent-70179/

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