Les requins servent parfois de repas aux alligators

Des chercheurs américains ont découvert que des requins et des raies peuvent très bien finir dans l'estomac d'un alligator, bien que celui-ci évolue normalement dans des environnements d'eau douce.

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Il n'est pas rare que les alligators d'Amérique mangent des requins. © U.S. Fish and Wildlife Service J.N. "Ding" Darling National Wildlife Refuge

Non, les grands prédateurs ne s'attaquent pas qu'aux plus faibles. Selon une étude publiée en octobre 2017 dans la revue Southeastern Naturalist, s'ils ne sortent pas toujours vainqueurs de l'affrontement, les alligators finissent quelques fois avec un délicieux requin dans l'estomac. Pour la première fois, deux chercheurs américains ont mené une étude poussée sur ce phénomène.

Tout est une question de taille

Pour cela, les deux biologistes ont pompé l'estomac de pas moins de 500 alligators d'Amérique (Alligator mississippiensis) vivants afin d'en étudié le contenu. Ils ont également déposé une balise GPS sur certains spécimens pour en suivre les déplacements.

L'analyse de l'estomac des reptiles a permis d'identifier 4 proies particulièrement intéressantes, toutes de la sous-classe des élasmobranches : des espèce de requins et une de raie. Plus précisément, ce sont les restes d'un requin-marteau tiburo (Sphyrna tiburo), d'un requin-nourrice atlantique (Ginglymostoma cirratum), d'un requin-citron (Negaprion brevirostris) et d'une raie de l'espèce Dasyatis sabina qu'ils ont recueilli. Il était déjà connu que ces animaux s'attaquent aux Raies pastenagues américaines (Dasyatis americana). Désormais, il est prouvé que 5 espèces différentes d'élasmobranches peuvent être mangées par ces reptiles.

Si les alligators d'Amérique n'ont pas de glandes à sel pour permettre l'élimination de l'excès de sel - comme en possèdent les élasmobranches - cela ne les empêche de baigner parfois dans les estuaires ou encore aux abords des côtes bien que l'eau n'y soit pas douce. Ils prennent alors le temps d'attraper quelques crustacés, des poissons mais également des échassiers et des tortues de mer.

Il est maintenant prouvé scientifiquement qu'ils peuvent s'attaquer à plus gros quand l'opportunité se présente. Par ailleurs, les raies et les requins peuvent aussi entrer dans des zones d'eau douce. Et les squales semblent également pouvoir s'attaquer aux reptiles : "Nous avons aussi passé en revue quelques vieilles histoires de grands requins mangeant des petits alligators", explique dans un communiqué le Docteur Nifong, co-auteur de l'étude.

Selon les chercheurs, dans ce rapport de force, tout est question de taille : le plus grand mange l'autre.

Un danger pour les espèces menacées ?

Les estuaires, où l'eau de mer et l'eau douce peuvent se mélanger, sont souvent des zones qui servent de nurserie pour plusieurs espèces de requins menacées d'extinction. La prédation des alligators dans ces zones peut donc potentiellement présenter un problème. "La quantification et l'incorporation de ces interactions (entre alligators et requins, NDLR) dans les modèles prédictifs pourraient améliorer les efforts de modélisation des populations pour certaines espèces d'élasmobranches et tout particulièrement les espèces menacées qui se chevauchent spatialement avec les crocodiliens", notent les chercheurs dans l'étude. 

Anne-Sophie TASSART - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/reptiles-et-amphibiens/au-repas-les-alligators-americains-ne-disent-pas-non-a-du-requin_117505

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