La population de manchots Adélie largement revue à la hausse

Une fois encore, des biologistes viennent de prouver que compter des animaux sauvages n'est pas une mince affaire. En effet, des chercheurs australiens, français et japonais ont découvert que le nombre de manchots Adélie (Pygoscelis adeliae) qui vivent en Antarctique oriental (l'une des deux principales régions de l'Antarctique avec l'Antarctique occidental), était jusqu'à maintenant largement sous-estimé.

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En Antarctique oriental, il y aurait 3,6 millions manchots Adélie de plus que prévu. © Gerard Lacz / Rex Featu/REX/SIPA

Dans un communiqué publié le 15 mars 2017 sur le site du gouvernement australien, les biologistes révèlent qu'ils ont dénombré pas moins de 6 millions de manchots Adélie dans cette zone, soit 3,6 millions de plus que les précédentes estimations.

Les scientifiques ont récolté des données grâce à différents outils (surveillance aérienne, marquages, caméras automatiques) afin d'être les plus précis possible, en se concentrant sur une zone de 5000 kilomètres le long de la côte.

Ainsi, en extrapolant les résultats, les chercheurs estiment que le nombre total de manchots Adélie ne serait pas de 6 millions mais de 14 à 16 millions !

Des "célibataires" qui ne comptent pas pour du beurre

Mais comment le nombre de ces oiseaux a-t-il pu être sous-estimé à ce point ? L'explication est en réalité, ridiculement simple : jusqu'à maintenant, les biologistes estimaient leur population en ne tenant compte que des couples, laissant de côté les célibataires.

Selon le docteur Louise Emmerson, l'une des auteurs de cette nouvelle étude, "les oiseaux qui ne se reproduisent pas sont difficiles à compter car ils préfèrent passer du temps à chercher de la nourriture en mer plutôt que de rester dans les terres, avec la colonie", d'où la propension des chercheurs à ne pas comptabiliser cette partie de la population, faussant ainsi les chiffres.

"Notre étude en Antarctique oriental a montré que les manchots Adélie qui ne se reproduisent pas sont aussi nombreux, voire plus, que les reproducteurs", explique le docteur Emmerson.

Une population qui doit être protégée

Cette découverte aura sans doute des conséquences sur les programmes de conservation, qu'ils soient marins ou terrestres. Par exemple, avec une population si grande, il y a de fortes chances que les activités humaines perturbent plus régulièrement les manchots Adélie que prévu.

Par exemple, les zones sans glace où sont positionnées de nombreuses stations de recherche, sont celles que ces oiseaux affectionnent particulièrement pour construire leur nid. Pour le docteur Colin Southwell, qui a piloté la recherche : "En découvrant de nombreux nids à proximité des stations de recherche, nous pouvons identifier quelles zones auront besoin de bénéficier d'une meilleure protection à l'avenir".

De plus, selon le docteur Southwell, "environ 193 500 tonnes de krill et 18 800 tonnes de poissons sont mangés par les manchots Adélie en Antarctique oriental durant la période de reproduction". Les quotas de pêche vont donc être modifiés afin que les manchots n'aient aucun mal à trouver leur nourriture.

Anne-Sophie Tassart - © Sciences et Avenir -https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/oiseaux/la-population-de-manchots-adelie-largement-revue-a-la-hausse_111458

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