Un nageur bardé de capteurs scientifiques va traverser l'océan Pacifique !

Benoît Lecomte (le premier homme à avoir traversé l’Atlantique à la nage) va débuter fin mai la traversée de l'océan Pacifique. La science en a profité pour le barder de capteurs. Mais il manque au budget 50 000 dollars que l’équipe compte obtenir via une campagne de crowdfunding qui ouvre ce lundi 20 mars.

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Benoît Lecomte © The Longest Swim

Ben Lecomte replonge. En 1998, il avait fini la traversée de l'Atlantique à la nage épuisé et avait déclaré "plus jamais ça !".

A 49 ans, il remet pourtant le couvert sur une distance un tiers plus longue. Fin mai, il partira de Tokyo pour rejoindre San Francisco à raison de 8 heures de nage par jour, soit une moyenne de 48 kilomètres quotidiens pour une traversée en six mois.

Dans le dossier de presse du "longest swim", le skipper de l'expédition James Scott résume : "personne n'a jamais essayé d'aller aussi loin, aussi lentement. Il reste très peu de "premières fois" dans le monde et cette expédition est l'une des rares chances d'en faire partie ".

Le voilier d'assistance (un 20 mètres) est prêt, l'équipage constitué et c'est Ben Lecomte qui finance. Reste à trouver 50 000 dollars pour acheter les vivres et le matériel de télécommunication qui permettra aux terriens de suivre la traversée en Livestream. D'où l'appel à un financement participatif qui débute ce lundi.

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Ben Lecomte (au centre) en discussion avec Ken Buesseler du Woods Hole institute © The longest swim

Qu'est ce qui fait nager Ben ? L'homme se décrit comme "un aventurier qui aime nager ". L'exploit sportif est donc sa première motivation.

Mais il est aussi directeur associé d'une entreprise mondiale de conseil en développement durable et en environnement. " Ce périple, c'est aussi l'occasion de communiquer sur l'état réel des océans puisque des caméras à bord permettront de suivre en direct ce que nous pourrons constater de l'état de la mer, montrer qu'il y a plus de plastique et moins de vie marine" assure le presque quinquagénaire.

Une opportunité pour étudier la physiologie du nageur...

Au cours de ses quatre ans de préparation, le nageur a eu de plus l'idée de se rapprocher de chercheurs s'intéressant aux limites physiologiques du corps humain. Combien de temps peut-on résister à l'effort ? Comment l'exercice physique extrême modifie les organes, le cœur ?

Ce sont les questions que se pose le Dr Benjamin Levine, chercheur à l'Université du Texas. Ce nageur au long cours est donc un animal de laboratoire parfait. Ben Lecomte va subir avant de partir des tests d'effort et un examen sous toutes les coutures de son corps. Durant toute la traversée, son cœur sera surveillé par un moniteur échocardiogramme à distance utilisé par la NASA pour surveiller les astronautes de la Station spatiale internationale.

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Examen cardiaque de Ben Lecomte dans le laboratoire du Dr Levine (à droite).

L'exercice au long cours a par ailleurs donné des idées à d'autres physiologistes. Ben Lecomte sera en effet libéré de la gravité terrestre pendant huit heures par jour. Dans l'eau, il n'est plus question d'équilibre de la tête aux pieds, ni d'avant en arrière.

On peut donc comparer l'exercice à une simulation des effets d'un voyage spatial de longue durée. Est-ce que l'effort consenti par le nageur va compense la perte de masse osseuse que l'on constate chez les astronautes qui ont passé de longues périodes dans l'espace ?

C'est une des questions que se posent les scientifiques de l'Institute for exercise and environmental medecine (IEEM) qui vérifieront aussi si le nageur souffre d'une perte de vision qu'on constate après un séjour en faible gravité.

... l'environnement marin et Fukushima

Difficile de dire comment la nouvelle s'est propagée dans le tissu universitaire américain. Après le Dr Levine, pas moins de 12 institutions scientifiques se sont déclarées intéressées par une traversée aussi lente permettant de récolter des informations au milieu de nulle part.

Ken Buesseler, radio-chimiste au Woods Hole Oceanographic Institution (Californie), y a vu une bonne occasion de mesurer la radioactivité émise par la catastrophe de Fukushima tout au long du trajet. Ben Lecomte portera donc à la cheville un appareil de mesure des radiations. Le bateau profitera de ses longues heures à suivre un nageur pour prélever des échantillons des micro-plastiques issus des pollutions terrestres.

L'Université du Montana en profitera pour mesurer sur toute la longueur le pH des eaux marines pour avoir de nouvelles données sur l'acidification du Pacifique et des prélèvements de phytoplancton seront également effectués.

Au bout du compte l’exploit sportif et le témoignage environnemental vont presque s’effacer devant une expédition scientifique qui s’annonce prometteuse. Pas moins de 1000 échantillons et données vont être collectés tous les jours pour être soit stocké à bord, soit envoyé par transmission satellitaire.

On n’ose leur souhaiter bon vent…

Loïc Chauveau - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/mers-et-oceans/en-traversant-le-pacifique-a-la-nage-ben-lecomte-va-collecter-des-donnees_111374#xtor=EPR-1-[SEAActu17h]-20170317

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