Le manque d'eau fait mourir la mangrove australienne

Après les coraux victimes d'un épisode inédit de blanchissement, c'est au tour de la mangrove de subir de plein fouet les effets du réchauffement climatique en Australie. Un dépérissement inédit de par son ampleur a été constaté par des scientifiques de l'Université australienne James Cook.

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Cette photo prise en 2016 par Norman Duke, chef du centre de recherches sur les mangroves de l'Université James Cook, montre l'étendue des dégâts dans le golfe de Carpentarie. © Norman Duke / James Cook University / AFP

Les chercheurs expliquent qu'il s'agit du "plus grave, plus remarquable et plus étendu des cas de dépérissement de végétation de mangrove jamais signalé. Entre la fin de 2015 et le début de 2016, de vastes étendues de végétations de marécages de mangroves sont mortes sur 1000 km de la rive australe du golfe de Carpentarie.

L'Australie qui compte 7% de l'ensemble de ces écosystèmes de marais marins, a vu périr quelques 7400 hectares. Ce qui correspond à 6% de la végétation de la zone de l'estuaire de la rivière Roper dans le Territoire du Nord, à l'est de Karumba dans le Queensland.

Des causes environnementales multiples

Si les travaux des chercheurs rappellent que la (les) cause (s) de ce dépérissement n'est (ne sont) pas entièrement connue (s), la période coïncide avec des événements météorologiques extrêmes. "À l'époque, est survenue une période anormalement longue de sécheresses sévères, de hautes températures sans précédent et d'une chute temporaire du niveau de la mer (20 cm)", précise l'étude. La diminution du niveau de l'océan est imputable à un courant équatorial chaud du Pacifique, El Nino.

Ce phénomène se produit de façon irrégulière tous les deux à sept ans. "El Niño, et son pendant La Niña, sont des phénomènes océaniques à grande échelle du Pacifique équatorial, affectant le régime des vents, la température de la mer et les précipitations", explique Météofrance.

Un refuge pour la biodiversité

Si la mangrove évoque plutôt des marécages boueux, malodorants et habités par des créatures peu recommandables, elle n'en demeure pas moins un moteur pour les écosystèmes locaux. "Globalement, la flore de mangrove de l'Australie, avec ses 36 espèces spécifiques, est l'une des plus riches du monde.

Avicennia marina est l'essence la plus répandue et la plus commune", précise l'Organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Ces forêts permettent de filtrer les ruissellements et protègent les herbiers marins et les coraux, mais elles captent également le carbone dans l'atmosphère et servent de site de reproduction pour nombre d'animaux.

Des centaines d'espèces évoluent dans l'ensemble des mangroves du pays. 70 d'entre elles sont des crustacés, 230 d'oiseaux, 70 des poissons et pas moins de 100 espèces du côté des mollusques.

Rien que dans les estuaires Daintree, Endeavour et Russell / Mulgrave dans le Nord-Est du Queensland ont été répertoriés "13 mammifères, 100 oiseaux, 28 araignées, 23 reptiles, 3 amphibiens, 33 poissons, 47 crustacés et 39 mollusques", explique la Marine Education Society of Australasia. 

Sans compter que "Il existe des espèces menacées qui vivent dans les écosystèmes de la mangrove, comme le crocodile marin, le Varan pygmée, le Faux rat d'eau, l'Œdicnème des récifs, la plante de fourmi..." Bref autant de spécimens qui pourraient encore souffrir de la fragilisation de ce milieu.

Victor Miguet - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/le-manque-d-eau-fait-mourir-la-mangrove-australienne_111252#xtor=EPR-1-[SEAActu17h]-20170314

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