La France étend sa réserve naturelle dans l’océan austral

Deuxième puissance maritime mondiale, la France a une responsabilité particulière dans la protection des océans et la lutte contre le réchauffement climatique. Le gouvernement vient de multiplier par trente la superficie de la réserve naturelle des terres australes françaises.

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Bébé éléphant de mer devant un panneau de signalisation, très local, de la base Port-aux-Francais, à Kerguelen. © Émile Loreaux / Picturetank

C’est la France des confins. Celle d’îles à la biodiversité unique que l’on gagne au bout de six à sept jours de bateau dans des mers souvent démontées. Nous sommes à 3 000 kilomètres au sud de la Réunion – 12 000 de la métropole – sur les «Terres australes françaises», la plus grande réserve naturelle du pays, composée de trois groupes d’îles, Crozet, Kerguelen et Saint-Paul et Amsterdam.

Une réserve de 672 000 km2

Jusqu’ici, seule une partie limitée des eaux territoriales était intégrée dans la réserve, créée en 2006. Un décret vient d’en multiplier par près de trente la superficie : l’aire marine protégée s’étend désormais sur 672 000 km2, portant à 22 % le total des eaux françaises classées.

En son cœur, 120 000 km2 font l’objet d’une protection renforcée : toute activité industrielle ou commerciale, dont la pêche, y est interdite.

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Un rôle majeur contre le réchauffement climatique

Pour les scientifiques, il y avait urgence à sanctuariser ces territoires qui jouent un rôle majeur en matière de biodiversité – la loi du 8 août 2016 a d’ailleurs rendu l’extension possible – mais aussi dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 Si l’on veut de réels effets, il faut protéger de très grandes surfaces, pas des confettis», souligne Cédric Marteau, le directeur de la réserve. D’abord pour permettre aux océans de jouer efficacement leur rôle de puits de carbone. « Plus les zones préservées seront vastes, avec une biomasse importante, plus les océans seront capables d’absorber les polluants et les gaz à effet de serre que nous générons », explique le directeur. La réserve fait ainsi la jonction avec des eaux protégées par l’Australie, précise ce dernier.

Une terre d’élection pour la faune

Ensuite, les espèces de ces terres lointaines, notamment ses nombreux oiseaux marins (cormoran de Kerguelen, canard d’Eaton, prion de MacGillivray, etc), ont besoin de larges territoires pour vivre. « L’albatros d’Amsterdam parcourt mille kilomètres par jour », rappelle Cédric Marteau à propos de cet oiseau menacé d’extinction, avec moins de 200 individus répertoriés.

La situation des manchots royaux est elle aussi préoccupante, même s’ils peuplent les archipels français – les masses brunes que l’on aperçoit sur ces îles rases, battues par les vents, sont en fait les colonies de poussins n’ayant pas encore revêtu leurs habits de gala. À certaines saisons, les adultes doivent se rendre toujours plus loin pour se procurer de la nourriture, trouvant leurs bébés à leur retour.

D’autres espèces, en revanche, se portent mieux qu’avant, notamment grâce aux mesures de protection. Décimés au début du XXe siècle pour leur graisse, les éléphants de mer ont repeuplé les terres australes – la population locale est aujourd’hui la deuxième de la planète. De même, les otaries, qui survivaient sur un îlot inaccessible, ont désormais reconquis la plupart des 300 îles de Kerguelen.

Une zone d’étude dans différents domaines

Pour Cédric Marteau, l’extension de la réserve va permettre d’amplifier les efforts entrepris. Parmi les grands enjeux figure celui de la connaissance : chaque année, des dizaines de chercheurs viennent travailler dans la zone, dans des domaines aussi variés que la sismologie, la tectonique des plaques ou les sciences du vivant, sous la coordination de l’Institut polaire français Paul-Émile Victor. Le ministère de l’environnement a d’ailleurs annoncé fin décembre 2016 de nouveaux moyens, notamment pour le suivi des espèces.

Autre grand défi : «Celui de la restauration de la faune et de la flore, qui subissent la concurrence d’espèces invasives introduites, volontairement ou non, par l’homme», poursuit le directeur. Ainsi du pissenlit, qui recouvre Kerguelen à la faveur du réchauffement, quand les plantes natives, elles, souffrent du manque d’eau (les îles ont perdu 50 % de pluviométrie en trente ans). Ou des rats, souris, chats ou insectes, qu’il faut combattre au profit des espèces endémiques.

Enfin, qui dit réglementation dit surveillance d’un territoire plus vaste que l’hexagone. Au suivi par satellite, pour repérer les bateaux suspects, s’ajoutent les patrouilles de la Marine nationale et celle des affaires maritimes. La collectivité des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) vient, par ailleurs, de se doter d’un brise-glace, actuellement en construction dans le Finistère. «Nous espérons sa mise en service en juin», indique Cédric Marteau.

Une nouvelle extension bientôt soumise à consultation

La réserve naturelle des terres australes françaises rassemble les îles Crozet (350 km2), Kerguelen, un archipel de plus de 300 îles (7 000 km2), Saint-Paul (8 km2) et Amsterdam (55 km2). Il n’y a pas de population permanente. Seuls quelque 150 scientifiques et logisticiens y travaillent.

Le gouvernement a confié au préfet des TAAF (Terres australes et antarctiques françaises) l’étude d’un nouveau périmètre de protection, dont la superficie serait d’un million de km2. Cette éventuelle extension sera soumise à consultation prochainement.

La réserve est candidate au patrimoine mondial de l’Unesco.

Marine Lamoureux - © La Croix - http://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Environnement/La-France-etend-sa-reserve-naturelle-dans-locean-austral-2017-01-04-1200814584

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