Comment ce poisson peut-il cracher des jets de lumière ?

Non, ce poisson n'est pas en train de créer son propre feu d'artifice pour les fêtes de fin d'année. Il s'agit d'un apogonidé qui a avalé et recraché un ostracode. Ce n'est toujours pas clair ?

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Un apogonidé qui recrache un ostracode ayant émis un jet de lumière comme moyen de défense. capture d'écran vidéo © BBC

L'ostracode - crustacé d'1 à 2 millimètres - possède un organe spécifique qui lui permet de produire des éléments chimiques bioluminescents utilisés pour se défendre et occasionnellement pour s'accoupler.

A cardinal fish spitting light

La défense lumineuse de l'ostracode

Il peut paraître incongru de briller pour se défendre de ses prédateurs mais pourtant cette vidéo illustre dans quelle mesure cette bioluminescence peut être salvatrice. La physicienne Helen Czerski, présentatrice sur la BBC, a introduit des ostracodes dans un aquarium contenant des apogonidés qui se nourrissent essentiellement de plancton. Lorsqu’un de ces poissons avale l’ostracode, ce dernier émet immédiatement un jet de lumière, ce qui a forcé son prédateur à recracher sa proie.

Selon cette scientifique (dans la vidéo ci-dessous contenant les explications), comme ce poisson est transparent — lui permettant de ne pas être vu par des congénères plus hauts placés dans la chaine alimentaire — l’émission de lumière dans son corps le rendrait visible à ses propres prédateurs et le mettrait donc en position de faiblesse, d'où ce rejet immédiat. L'ostracode a ainsi assuré sa sécurité sans avoir à se camoufler...

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La bioluminescence, arme fatale de nombreux animaux marins

Dans les fonds marins, et en particulier dans les obscures abysses, se côtoient une grande variété d'organismes "lumineux". Et cela va des bactéries aux requins en passant par les microalgues. A partir de 850 mètres de profondeur, 90 % des espèces seraient bioluminescentes, selon Kamil Fadel, chef du département de physique au Palais de la découverte. Son étude précise que même à partir de 200 mètres, de nombreuses espèces émettent leur propre lumière, généralement bleue, correspondant aux radiations qui se propagent le plus loin dans l'eau de mer. En tant qu'arme de dissuasion, la force de la lumière n'est pas propre à l'ostracode.

Ainsi, certaines crevettes du genre Acanthephyra crachent un liquide luminescent vers les yeux des poissons qui tentent de les capturer pour les éblouir et les distraire, permettant à ces crevettes de fuir. Des poissons appartenant au genre Photoblepharon (poissons-phare), possèdent un organe lumineux qu'ils font clignoter dès qu'ils se sentent menacés afin de perturber ses prédateurs et leur permettre de s'enfuir. Enfin, certaines méduses du genre Atolla, lorsqu'elles sont attaquées, utilisent leur bioluminescence pour un véritable appel à l'aide en émettant des signaux lumineux qui attirent l'attention de prédateurs... du prédateur par lequel la méduse est menacée ! Brillante stratégie, non ? Encore plus paradoxal, la bioluminescence peut également servir de camouflage pour certains animaux marins qui vont adapter leur luminosité en fonction de l'éclairage de leur environnement afin de dissimuler toute trace de silhouette, comme les poissons Argyropelecus ou certains calmars par exemple.

Mais comment fonctionne la bioluminescence ?

La bioluminescence est une émission accompagnant une réaction biochimique : celle de l'oxydation de molécules dites luciférines en présence d'enzymes appelées les luciférases, qui jouent le rôle de catalyseur (élément permettant une réaction chimique sans en être modifié). Mais cette réaction biochimique varie selon les espèces — ce caractère "bioluminescent" ayant évolué de manière différente pour chacune — et cette émission de lumière peut également revêtir différentes formes : elle peut être intracellulaire par la présence de photocytes, la lumière étant alors émise vers l'extérieur à travers la peau ou intensifiée par des matériaux réfléchissants.

Elle peut être extra-cellulaire, comme c'est le cas des ostracodes, lorsque les cellules glandulaires - les photophores- émettent leurs sécrétions à l'extérieur souvent associées à du mucus (nuage lumineux). Enfin, lorsque l'organisme ne contient pas de photocytes, la lumière est produite par des bactéries présentes dans l'organisme. Cette bioluminescence est ainsi complexe et diversifiée, dont les scientifiques n'entrevoient encore que la lueur.

Iris Joussen - © Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/la-defense-des-ostracodes-par-bioluminescence_109309

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