En l’absence de mâle, une femelle requin fait des bébés toute seule !

Dans une étude parue le 17 janvier 2017 sur le site Scientific Reports, des scientifiques australiens affirment avoir réalisé la première observation d'un changement de mode de reproduction chez une espèce de requin.

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Leonie, une femelle requin-zèbre a mis au monde trois petits sans l'aide d'un mâle. © Gerard Lacz / Rex Featu/REX/SIPA

En effet, après plusieurs analyses, les chercheurs ont pu affirmer qu'une femelle requin-zèbre (Stegostoma fasciatum) du nom de Leonie était devenue adepte de la parthénogenèse* après avoir eu, pendant plusieurs années, des petits de manière sexuée.

Une seule année sans portée

Tout commence en 2006 lorsque la femelle en question, sexuellement mature, est placée dans le même bassin qu'un mâle. Si des accouplements se font rapidement, Leonie n'aura cependant pas de portées avant 2008.

Par la suite, elle mettra des petits au monde tous les ans jusqu'en 2013, juste après le départ du mâle pour un autre bassin. En l'absence de son partenaire, Leonie n'aura aucune portée en 2014.

Mais l'année suivante : surprise ! La femelle pond 47 œufs et si la majorité sont vides, 6 contiennent un embryon. Malheureusement, ils mourront tous après plusieurs jours d'incubation. L'année 2016 sera la bonne : Leonie pond 41 œufs dont 4 d'entre eux abritent un bébé requin. Trois petits survivront !

Parthénogenèse ou stockage de spermatozoïdes ?

Les chercheurs s'interrogent donc : ces petits sont-ils le fruit de la parthénogenèse ou la femelle a-t-elle stocké quelques spermatozoïdes du mâle pendant plusieurs mois ? Le processus de stockage des gamètes mâles chez les femelles requins-zèbres étant peu connu, les chercheurs n'excluent aucune possibilité.

Ils décident alors d'étudier le génome des trois jeunes requins afin de découvrir d'éventuelles traces d'ADN paternel. Seulement toutes les analyses se révèlent négatives : les petits possèdent exclusivement les gènes de leur mère, l'hypothèse de la parthénogenèse est donc validée.

La majorité des cas de reproductions asexuées chez les vertébrés décrits dans la littérature proviennent de femelles élevées en captivité et qui n'ont jamais été présentées à des mâles depuis leur maturité sexuelle. Ici, le cas est tout autre : isolée des mâles, Leonie a rapidement adapté son mode de reproduction afin de continuer à produire une descendance. Vous avez parlé "d'émancipation" ?

Chez les vertébrés, la parthénogenèse obligatoire ne se retrouve que chez les reptiles de l'ordre des squamates. Cependant, la parthénogenèse facultative est légèrement plus répandue. On la retrouve notamment chez les autres espèces de reptiles, certains oiseaux, des poissons osseux ou encore des espèces de requins et de raies.

Seulement deux cas de changement de mode de reproduction chez un même individu ont été confirmés avant Leonie : le cas d'une raie léopard (Aetobatus narinari) et celui d'un boa constricteur (Boa constrictor imperator).

*La parthénogenèse est un mode de reproduction asexué qui se définit par le développement d'un embryon à partir d'un gamète femelle non fécondé. Si ce processus est largement utilisé par les plantes et les invertébrés, les chercheurs relèvent de plus en plus de cas de parthénogenèse chez les vertébrés.

Anne-Sophie Tassart - © Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/la-femelle-requin-zebre-peut-changer-de-mode-de-reproduction_109866

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