Causée par l’homme, la sixième grande extinction de la planète est engagée

Jamais la planète n’a perdu ses espèces animales aussi vite depuis la dernière extinction de masse, celle des dinosaures il y a 66 millions d’années. Alors que le taux d’extinction actuel serait de 100 à 1 000 fois supérieur au taux moyen naturel, un nouveau rapport de l’université de Stanford démontre que, dans l’océan, l’homme reste le principal responsable de ces disparitions.

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Les grands animaux marins sont plus menacés que les petites espèces. JAMES WATT / AFP

Pour parvenir à ce résultat, les auteurs de cette étude américaine, publiée le 14 septembre dans la revue Science, ont observé l’évolution de la biodiversité marine au cours des six extinctions de masse de l’Histoire. Ils ont ainsi étudié le lien entre la menace d’extinction et certaines caractéristiques biologiques – comme la taille des animaux – pour deux des principaux groupes d’animaux marins, les mollusques et les vertébrés. «Nous avons utilisé les informations disponibles grâce aux fossiles pour montrer que ce qui se passe dans les océans en ce moment est complètement différent de ce qui se passait lors des précédentes extinctions», explique Noel Heim, coauteur et chercheur en paléobiologie.

En effet, leurs résultats montrent que l’océan moderne voit ses gros animaux disparaître à un rythme beaucoup plus élevé que les petites espèces. «Nous avons découvert que la menace d’extinction qui pèse sur les espèces marines est étroitement liée à leur taille, explique Jonathan Payne, paléobiologiste à l’Université de Stanford et coauteur de l’étude. Ce qui n’était pas le cas dans le passé.»

Une surpêche des gros animaux

Selon les chercheurs, c’est la première fois de l’histoire de la Terre que ce phénomène est observé. Durant les cinq précédentes extinctions, les disparitions n’étaient pas sélectives. «Si cette extinction était uniquement liée au changement climatique, on aurait observé le phénomène de sélection dans le passé, quand les températures étaient bien plus élevées qu’aujourd’hui, ce qui n’est pas le cas, explique Noel Heim. La seule raison possible à cette sélection reste donc l’exploitation du système marin par l’homme et la surpêche.»

En effet, les animaux ciblés par la pêche sont en général des espèces à fort potentiel nutritif et donc généralement les animaux les plus gros. Le rapport effort/biomasse est ainsi plus élevé. Les gros animaux comme le grand requin blanc, la baleine bleue, le thon rouge ou encore le bénitier géant – un mollusque comestible pouvant mesurer jusqu’à 1,5 mètre – sont donc plus fréquemment prélevés.

Et, bien que l’étude américaine soit la première à se pencher sur les océans, cette sélection n’est pas réservée au milieu marin. «Ce phénomène est identique chez les animaux terrestres. Les plus gros animaux, comme les mammouths, ont plus vite été en voie d’extinction à cause de leur taille et de la tendance des humains à chasser les animaux qui les nourrissent le plus», confirme le chercheur américain. C’est aussi le cas de plusieurs grands prédateurs, comme le bison européen, le lynx ou encore le tigre blanc.

Des conséquences sur l’ensemble du milieu marin

Aujourd’hui, les prédictions estiment que 24 % à 40 % des vertébrés marins vont disparaître durant l’extinction de masse qui est en train de se produire. Mais selon les chercheurs, ces disparitions n’auront pas les mêmes effets que lors des précédentes extinctions. «Une perte sélective d’espèces n’a pas les mêmes conséquences écologiques qu’une extinction répartie sur l’ensemble d’un écosystème», explique Jonathan Payne. En effet, les animaux de grande taille sont indispensables aux écosystèmes. Ils sont généralement au sommet de la chaîne alimentaire et leur importance pour le cycle des nutriments et le transfert des éléments nutritifs entre les différents milieux est capitale. «Leur disparition entraînerait donc un déséquilibre du milieu dans son ensemble», déplore le paléobiologiste.

Pour Nicolas Mouquet, écologue et chercheur CNRS au Centre pour la biodiversité marine, l’exploitation et la conservation, il y a urgence. «On ne voit pas ce qu’il y a sous la mer mais les dégâts sont sans précédent et nettement plus importants que ce qu’on peut constater sur les écosystèmes terrestres.» Selon lui, l’exploitation du milieu marin équivaut à une «déforestation quasiment multipliée par cent». En effet, la vitesse de destruction du milieu marin s’effectue à une vitesse bien supérieure, car l’intensité de l’exploitation est également supérieure. «Quand des chalutiers arrivent sur les côtes et lancent leurs filets, la destruction du milieu est quasi instantanée.»

Le jeudi 15 septembre, à l’occasion de la conférence Our Ocean organisée à Washington, les résultats de cette étude seront mentionnés dans le discours de John Kerry. Le secrétaire d’État des États-Unis profitera de l’événement pour lancer un message d’alerte sur l’état des océans. Pour Noel Heim, cet événement est indispensable. «Les études ont tendance à se concentrer sur la survie de chaque espèce indépendamment des autres. Il est temps de se rendre compte que la biodiversité est un tout et que l’être humain est en train de causer de profonds et irréversibles changements.»

Clémentine Thiberge - © Le Monde - http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/09/14/les-grands-animaux-marins-sont-plus-menaces-que-les-petits-par-la-surpeche_4997772_3244.html#USt774YvkbzFmH7y.99

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