Souffrance animale : faut-il interdire les delphinariums ?

Les dauphins dressés et vivant en captivité sont-ils victimes d'un «délit de bonne gueule» ? «Derrière leur éternel sourire se cache en fait une terrible souffrance à l'origine de dépressions et de comportements violents qui conduisent à des drames», alerte Muriel Arnal de l'association One Voice, alors que le delphineau Aïcko vient de mourir au parc Planète sauvage, près de Nantes.

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Aïcko est né le 14 août 2010, dans les eaux du delphinarium du Parc Astérix (Oise). En janvier 2015, il a été transféré dans les bassins de Planète sauvage, près de Nantes, où il vient de mourir. © LP/OLIVIER ARANDEL

L'ONG qui milite pour une interdiction totale des spectacles de cétacés est reçue aujourd'hui (24/11/2016) au ministère de l'Environnement.

La France compte quatre centres où les spectateurs se régalent des sauts périlleux des cousins de Flipper : le Parc Astérix (Oise), Planète sauvage (Loire-Atlantique), Moorea (Polynésie française) et le Marineland (Alpes-Maritimes). Pourtant, de nombreux pays interdisent la captivité des dauphins, comme la Croatie, la Slovénie, le Chili ou l'Inde, qui vient d'inscrire cette prohibition dans la loi au motif que ces mammifères marins «sont des êtres hautement intelligents et sensibles». Le Royaume-Uni, le Brésil, la Norvège ou la Pologne ont, eux, choisi d'imposer des normes si strictes qu'elles rendent impossibles de telles installations.

«La captivité est une maltraitance en soi, explique Christine Grandjean présidente de l'association spécialisée C'est assez. Les Tursiops, (NDLR : dauphins utilisés dans les spectacles) sont des nomades qui parcourent 100 km par jour.» Elle dénonce les nombreuses souffrances : maladies pulmonaires et cécité à cause du chlore, mammifères affamés pour faciliter le dressage. Elle accuse surtout la concentration et le confinement d'engendrer de graves problèmes psychologiques pour ces animaux qui se forcent à rester mutiques pour ne pas s'assourdir entre les quatre murs des bassins.

Les députées Laurence Abeille (EELV) et Geneviève Gaillard (PS) ont aussi déposé des amendements à la loi Biodiversité pour réclamer la fin de ces numéros. Des amendements retirés depuis contre «la promesse d'une amélioration des conditions de détention», explique aujourd'hui Laurence Abeille.

Il semble que le gouvernement accepte de mettre fin à la reproduction des orques en captivité (ce qui signerait la mort des spectacles d'épaulards), mais continuerait d'autoriser la naissance de delphineaux dans les piscines. «La preuve qu'on ne se préoccupe pas du bien-être animal mais du sort des humains. C'est la mort d'une dresseuse au Seaworld d'Orlando en 2010 qui a montré que les orques sont dangereuses. Ce n'est pas le cas des dauphins», regrette la députée. Selon nos informations, le ministère planche sur des normes plus strictes qui imposeraient à minima des travaux aux installations les plus étriquées.

La triste fin d'Aïcko

L'océanologue américaine Naomi Rose alertait à la fin du mois d'octobre sur l'état de santé d'Aïcko, jeune dauphin de 6 ans, évoluant dans le parc Planète sauvage. Huit jours après, l'animal est mort, «sans aucun doute possible des suites de ses mauvais traitements», selon Muriel Arnal, la présidente de One Voice. C'est son association qui avait invité l'experte à vérifier l'état des dauphins du parc. «Aïcko était malade. Et malheureusement, comme chez les humains, il y a des maladies que nous ne savons pas soigner. Nous avons effectué de nombreux examens ; analyses de sang, gastroscopies. Nous l'avons mis sous antibiotiques et il y a eu du mieux. Mais la dernière semaine, nous l'avons isolé pour le mettre en soins intensifs, il est mort dans les bras des soigneurs qui essayaient de le sauver», répond Martin Böye, responsable à Planète sauvage.

Transfert en urgence

Pour Naomi Rose, Aïcko a été victime de la détention, qui rend les cétacés très agressifs. Les marques de râteau visibles sur son corps lisse sont «la preuve manifeste d'un problème de bien-être animal», note-t-elle. En pleine mer, les jeunes qui peuvent vivre jusqu'à l'âge de 12 ans près du groupe des femelles fuient pour éviter les mâles dangereux. Impossible dans leur prison chlorée. Alors, le mâle pré-pubère est devenu un souffre-douleur, notamment face au caïd du parc, le «vieux» Péos, de dix ans son aîné.

One Voice tire désormais la sonnette d'alarme pour Galéo, demi-frère du dauphin décédé, d'un an son aîné. «Devenu le plus jeune dans le bassin des adultes, il risque de devenir la proie», précise Muriel Arnal, qui a lancé une pétition pour réclamer le transfert en urgence du jeune.

Émilie Torgemen - © Le Parisien - http://www.leparisien.fr/societe/faut-il-interdire-les-delphinariums-24-11-2016-6367422.php

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