L’espadon de Méditerranée enfin protégé

Trente ans. Il aura fallu trente ans pour que les 51 États membres de la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique (CICTA) se décident à limiter les prises de l’espadon de Méditerranée.

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Juvéniles d'espadons en criée. © Oceana LX

Au contraire du thon, ce poisson très reconnaissable à son rostre ne faisait l’objet d’aucune mesure de restriction alors que les indices s’accumulaient sur la surexploitation de cette ressource. Le 21 novembre, la CICTA a corrigé cette anomalie en annonçant un taux maximum de capture de 10.500 tonnes en 2017 puis une réduction de 15% des prises tous les ans entre 2018 et 2022. Les membres de l’Union européenne qui représentent 75% des prises et les pays du Maghreb devront se partager ce quota lors de négociations prévues début 2017.

Il était temps. Les halieutes constatent la surpêche depuis au moins deux décennies. « Depuis 1988, les débarquements d’espadon déclarés en Méditerranée chutent, fluctuant principalement entre 12.000 et 16.000 t, note un rapport officiel de la CICTA. Ces niveaux, relativement élevés, sont similaires à ceux de zones plus grandes, comme l’Atlantique Nord», où le stock disponible est bien plus élevé.

Pour les spécialistes de la pêche, s’il reste encore de l’espadon en Méditerranée, c’est vraisemblablement parce que la reproduction se fait plus facilement dans cette mer fermée et parce que les grands prédateurs comme le requin sont moins présents. Pour preuve, l’espadon de Méditerranée, qui représente une population bien distincte malgré des échanges avec l’océan, arrive à maturité sexuelle entre deux et trois ans contre cinq ans pour celui de l’Atlantique.

Un marché illégal international

Mais la surpêche met à mal ce relatif succès de reproduction. Partout dans le pourtour méditerranéen, les pêcheurs constatent qu’ils ne prennent plus que des juvéniles qui n’ont pas eu le temps de se reproduire. Les reproducteurs se raréfient tandis que leur descendance finit dans les criées. Selon l’ONG Oceana, la biomasse totale d’espadon de Méditerranée a décru des 2/3 et le nombre de reproducteurs est inférieur de 88% aujourd’hui par rapport au milieu des années 80. Les juvéniles ont représenté 72% des prises en 2014. La situation déplorable du stock méditerranéen est d’autant plus surprenante que l’espadon d’Atlantique est au contraire particulièrement bien géré.

Ces populations bénéficient d’un quota de pêche depuis 1997. En 2014, 12.000 tonnes ont été sorties de l’Atlantique nord alors que le quota autorisé est de 13.700 tonnes. Résultat : cette population retrouve ses niveaux de 1997 et se rapproche de son état estimé au milieu des années 1980.

Si son homologue de Méditerranée n’a pas bénéficié des mêmes précautions, c’est vraisemblablement parce qu’il représente un revenu important pour nombre de petits pêcheurs et qu’il fait l’objet d’un trafic illégal important entre États.

Oceana note ainsi que plus de 12.000 bateaux méditerranéens prennent de l’espadon. Or, 87% de cette flotte très souvent artisanale fait moins de 15 mètres de long et n’est donc pas équipée de systèmes de localisation permettant de les identifier en mer. Au contraire de celui de l’Atlantique, l’espadon méditerranéen pouvait jusqu’à présent être débarqué sans certificat de provenance. «C’était la porte ouverte à tous les blanchiments», dénonce Océana.

Ainsi, de 1990 à 2012, le Maroc a déclaré 7 fois plus de prises d’espadons méditerranéens non réglementés que d’espadons atlantiques sous quotas. Ce pays a exporté ce poisson principalement en Espagne avec une bizarrerie : entre 2007 et 2011, les exportations ont été supérieures aux prises d’environ 138 tonnes par an.

Enfin, l’Espagne a vendu du poisson à l’Italie sans toujours préciser sa provenance. «Au total, dénonce Océana, entre 1992 et 2010, 40.700 tonnes de poissons ont été commercialisées illégalement soit 15% du total des prises».

L’instauration de quotas va-t-elle mettre un terme à cette situation ? Les quotas imposent désormais des mesures de vérification des prises et donc une déclaration obligatoire des ventes en criées qui devrait limiter le trafic illégal. Mais le total des prises légales reste cependant supérieur aux préconisations des scientifiques. L’espadon de Méditerranée est loin d’être tiré d’affaire.

Loïc Chauveau - © Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/mers-et-oceans/l-espadon-de-mediterranee-desormais-protege-par-des-quotas-de-peche_108373

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