La méthode de chasse des espadons : une coopération primitive

L’union fait la force, surtout quand il s’agit de chasser. Et les espadons semblent l’avoir bien compris ! Des chercheurs suédois et suisses ont analysé la méthode de chasse de ce poisson à partir de vidéos et d’observations comportementales dans une étude publiée dans The Royal Society en novembre 2016.

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© Norbert Wu / Minden Pictures / Biosphoto

Grâce à des modèles mathématiques, ils ont pu montrer que les espadons attrapaient davantage de sardines (par individu) lorsqu’ils chassaient en groupe que lorsqu’ils étaient seuls. Résultat étonnant quand on sait qu’un groupe peut être composé de 6 à 70 membres !

Des poissons opportunistes

La stratégie de chasse des espadons est simple et efficace. Ils rassemblent tout d’abord les sardines en banc sphérique, puis isolent des petits groupes en les ramenant vers la surface. Ensuite, ils leur foncent dessus, les cognant et les poussant avec leurs rostres aiguisés recouverts de denticules, des micro-dents que l’on retrouve aussi sur le corps des requins.

Bilan : seulement 24% des attaques aboutissent à la capture d’une sardine lors du premier essai, mais lorsque les sardines sont blessées par d’autres espadons, le pourcentage de réussite passe alors à 94%.

Étonnamment, les chercheurs ont recensé peu de "tricheurs", c’est-à-dire des poissons n’arrivant que pour récupérer les sardines préalablement blessées. Les scientifiques pensent que, comme l’attaque des sardines représente un faible coût énergétique, la triche n’est pas particulièrement rentable pour ces poissons.

James Herbert-Road, un des auteurs de l’étude, a affirmé qu’il ne s’agissait pas de réelle coopération mais plutôt d’une forme d’opportunisme. Les poissons profitent des attaques de leurs congénères mais n’y participent que pour leur propre profit.

Cependant, d’après les modèles mathématiques qu’ils ont pu établir, les espadons présenteraient en réalité une forme de coopération rudimentaire, où être en groupe est bénéfique mais où la stratégie n’est pas très poussée. La coordination n’est que temporelle et non spatiale, et les individus n’auraient pas de rôle précis au sein du groupe, comme chez les chimpanzés par exemple. «Cette simple stratégie pourrait mener à une évolution complexe des rôles dans le futur», s’enthousiasme James Herbert-Road.

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Julie Lacoste - © Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/video-la-methode-de-chasse-des-espadons-une-cooperation-primitive_107942#xtor=EPR-1-[SEAActu17h]-20161108

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