D’où vient le poisson que nous mangeons ?

Sardines bretonnes et thons du golfe de Gascogne ne sont plus qu’un souvenir : à compter de ce lundi, la France a mangé l’équivalent de la quantité de poissons disponibles dans ses eaux territoriales.

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Ce calcul, qui rapporte la consommation totale en France, importations incluses, aux ressources halieutiques du pays, permet de déterminer la date « virtuelle » à laquelle les Français ont mangé tout leur poisson : cette année, c’est ce 30 mai que les assiettes vont théoriquement se garnir de poisson importé.

«En moins de six mois, la France a déjà consommé l’équivalent de l’ensemble des ressources halieutiques qu’elle pouvait pêcher et élever dans ses eaux nationales métropolitaines», commente Isabelle Autissier, présidente du WWF France. La France a beau disposer de 11 millions de kilomètres carrés de domaine maritime, soit le deuxième plus grand territoire maritime au monde, elle ne pêche pas assez de poisson pour assurer les quelque 34 kilos consommés par chaque Français en un an. Pour remplir les assiettes françaises, il faut donc importer. «Actuellement, la moitié des produits de la mer que nous consommons en France provient des pays en voie de développement», affirme la présidente du WWF.

Beaucoup de saumon dans les assiettes françaises

Selon les statistiques officielles de France Agrimer, on constate que le premier pays exportateur de poisson vers la France est la Norvège. En 2015, la France a importé pour 615 millions d’euros de poisson norvégien. Le saumon norvégien pèse en effet très lourd dans les assiettes des Français : en 2015, près d’un ménage français sur deux (44 %) a acheté du saumon frais à son poissonnier, soit un total de 25 551 tonnes de saumon frais pour une valeur de 377 millions d’euros. Le saumon est le poisson le plus importé, représentant plus d’un milliard d’euros d’achats aux pays exportateurs (Norvège, Ecosse, Irlande…).

Le Royaume-Uni arrive ainsi en seconde place des pays exportateurs vers la France, avec 507 millions d’euros d’importation, suivi de l’Espagne avec 390 millions d’euros et de l’Équateur, avec 265 millions d’euros d’importation constituées majoritairement de crevettes d’élevage. Saumon, crevette, thon et cabillaud trustent ainsi les premières places des produits importés dans les assiettes des Français.

Pêche en eaux lointaines

Le problème, pour les ONG, c’est que les chiffres officiels sur les flottes de pêche cachent des pratiques très diverses : lorsqu’un poisson est importé d’Espagne, il n’a pas forcément été pêché dans les eaux territoriales espagnoles. «La baisse de la productivité de la pêche de la région a contraint les flottes européennes à pêcher dans des eaux plus lointaines et plus profondes, explique Aniol Esteban, directeur des programmes de l’organisation New Economics Foundation (NEF). Les importations de poisson en provenance d’autres pays ont augmenté, affectant la durabilité des stocks mondiaux de poissons et induisant également des impacts sociaux et économiques sur les pays qui ont beaucoup plus besoin de ces ressources que l’Union européenne.»

En mars dernier, trois bateaux espagnols ont ainsi été repérés en train de pêcher au large de l’Antarctique dans une zone protégée. Des bateaux sont aussi régulièrement interceptés en situation d’illégalité dans les eaux marocaines et l’Espagne détient également le triste record du nombre de chalutiers géants qui parcourent les mers du globe pendant des mois. Ces bateaux-usines vont pêcher au large de pays qui vendent les droits de pêche le long de leurs côtes au détriment de leurs pêcheurs nationaux. «Par exemple, l’Indonésie vit de petite pêche côtière qui ne peut pas rivaliser avec les grosses flottes européennes», illustre Selim Azzi, chargé de projet Pêche durable au WWF France. Le poisson d’élevage ne suffira pas à répondre à la demande européenne tout en préservant les ressources marines, ajoute Selim Azzi, car «pour élever un kilo de saumon il faut pêcher 2 à 3 kilos de petits poissons à faible coût qui sont transformés en farine animale». La seule solution, pour les ONG, est de diversifier notre demande en poisson en se retournant vers des espèces mal-aimées comme le chinchard ou le maquereau.

Audrey Chauvet - © 20 minutes - http://www.20minutes.fr/planete/1855499-20160530-dou-vient-le-poisson-que-nous-mangeons

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