Produits de la pêche : Le Parlement européen demande une meilleure traçabilité dans la restauration

Le Parlement européen a adopté une résolution, le jeudi 12 mai, réclamant «davantage de traçabilité dans l’étiquetage des produits de la pêche et de l’aquaculture vendus au détail et dans la restauration».

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54,5 % des restaurants de sushis bruxellois trompent leurs consommateurs sur l’espèce de thon proposée, selon Oceana. (Photo : DR)

C’est «un signal clair envoyé à la Commission et aux consommateurs européens» selon Alain Cadec, président de la commission pêche du Parlement. Le député (LR) costarmoricain milite depuis longtemps pour la création d’un label unique européen permettant «une plus grande lisibilité pour le consommateur qui se perd dans la multitude des labels privés».

À l’origine de cette démarche des députés européens, les craintes «face aux différentes études montrant des niveaux élevés d’étiquetage erroné des produits de la pêche vendus sur le marché européen». La résolution fait ouvertement allusion à une étude publiée fin 2015 par l’ONG Oceana à propos du poisson servi dans les restaurants de Bruxelles. Basée sur des tests ADN de 280 échantillons collectés dans des restaurants de la capitale belge, celle-ci montrait que 31, 8 % des poissons servis étaient mal étiquetés –intentionnellement ou pas.

Record de fraudes pour le thon

Premier constat, celui d’une fraude généralisée : «Un poisson sur trois servi n’est pas celui pour lequel les consommateurs paient.» Le record en termes d’étiquetage frauduleux concerne le thon rouge. Dans 95 % des cas, cette espèce rare et chère est remplacée par de l’albacore (72 %) ou du thon obèse (22 %), «espèces de moindre valeur». De quoi faire tinter les oreilles des propriétaires de restaurants de sushis, où l’on note 54,5 % de fraude ? Certes, mais pas uniquement : « Plus de 77 % des échantillons se concentrent sur les restaurants spécialisés en poissons.» L’ONG note des taux de mauvais étiquetage pour la sole (11 %), remplacée par de la limande du Japon ou du pangasius, et le cabillaud (13 %), auquel sont substitués du lieu noir ou du merlu. (1)

Le premier exemple est éloquent : «La véritable sole commune venue en restaurant coûte en moyenne 27 euros. Les fausses soles sont vendues 17 euros.» Moralité : «Le poisson est trop bon marché pour être vrai.» D’où un appel lancé aux autorités européennes pour qu’elles mettent en place «un système de gestion de la traçabilité combiné avec un bon étiquetage».

Les législateurs de l’UE demandent à la Commission qu’elle «exploite le potentiel de l’apposition d’un code-barres ADN, pour identifier les espèces». Et que Bruxelles «remédie à la confusion créée par l’obligation de faire figurer sur l’étiquette les zones et sous-zones définies par la FAO». Celles-ci seraient particulièrement «problématiques», selon les députés, qui prennent en exemple celles des poissons provenant de Bretagne («étiquetés golfe de Gascogne»), de la Galice ou du golfe de Cadix («eaux portugaises») ou du Pays de Galles («mer d’Irlande»).

© Le Marin

1) Note de l’Océan à la bouche : À noter que la loi autorise l’appellation de «Saint-Jacques» pour les pétoncles, dès lors qu’ils sont transformés… Devinez combien de rillettes, plats préparés, ou menus de restaurants sont vraiment réalisés avec des Saint-Jacques. La tromperie est légale !

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