Quand le Mola mola trouble la transat…

«D’après nos dernières investigations, les chocs répétitifs seraient dus à un banc de «poissons lune» du nom de Mola mola qui peuvent atteindre jusqu’a 1,80 mètre de diamètre (et peser une tonne ; ndlr). Ce poisson est l’une des espèces les plus osseuses, ce qui expliquerait la fréquence et l’impact à répétition des chocs.

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© DR

Avant de revenir sur la course et devant la polémique commençant à enfler du côté des «écolos» et autres défenseurs des animaux marins, devant ce qui se raconte notamment via les réseaux sociaux, devant le malaise général suite à ces casses et autres blessures, il nous a semblé opportun d’interroger Jacques Caraës, le directeur de course. Il n’est ni un «perdreau de l’année», ni le genre à solliciter la presse pour se justifier. Avec notamment deux Coupes de l’America, quatre tours du monde en course dont trois victoires (deux Trophées Jules Verne et The Race) le marin de l’Aber-Wrac’h sait de quoi il parle. 

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Jacques Caraës, ici lors de son deuxième Trophée Jules Verne victorieux, désormais directeur de course - © Didier Ravon

«Retraité» du haut niveau, l’ancien équipier d’avant est devenu un directeur de course recherché et respecté. Un peu surpris d’entendre ça et là que la direction de course avait été déficiente dès le départ de New York, quand la flotte des treize 60 pieds encore groupée a dû subir un grand nombre de chocs avec ce que tout le monde aime appeler «OFNIS», nous avons voulu en avoir le cœur net et l’avons donc interrogé. : «on avait prévu dans les IC (instructions de course ; ndlr) une zone interdite aux concurrents, et ce en accord avec les autorités américaines (la NOAA ; ndlr), et on a décidé (sans les Américains ; ndlr) pour plus de sûreté de l’étendre de 60 milles (111 kms) vers le Sud. Et comme il y avait aussi le DST de Boston (Dispositif de Séparation du Trafic ; ndlr), également interdit aux concurrents, toute la flotte qui était encore groupée naviguait à la queue leu-leu à 60 milles donc sous cette zone, et s’est retrouvée face à un banc de baleines ou de requins pèlerins» explique-t-il.

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Sur cette carte réalisée par Jacques Caraës et Guillaume Evrard, et qu’ils ont bien voulu nous fournir, notez la zone interdite des baleines, le DST de Boston et la trace des bateaux pourtant bien plus au Sud. © Direction de course New York-Vendée

Il n’est pas inutile de rappeler que les requins pèlerins sont les seconds plus grands poissons après les requins-baleine. Ils mesurent entre 10 et 12 mètres, se déplacent assez lentement et sont inoffensifs pour l’homme. Et Caraës d’ajouter : «on a entendu beaucoup de choses, et c’est parti un peu dans tous les sens, comme quoi la flotte avait pénétré dans cette zone interdite et protégée, comme quoi la direction de la course n’avait pas anticipé cette probabilité… mais nous avions justement prévu cette marge de 60 nautiques au Sud de la zone, afin de limiter tout risque.» Et pour confirmer ses propos, lui et Guillaume Evrard, directeur de course adjoint, nous ont adressé la carte détaillée montrant ce qui s’était exactement passé. Caraës toujours : «c’est vraiment un concours de circonstances malheureux car, en longeant cette zone par le Sud, toute la flotte avait la même trajectoire après moins de 24 heures de course et comme ce banc, manifestement se trouvait sur la route, tout le monde a tapé en même temps»

Le vendredi matin, Jacques Caraës a tenu à nous a apporté les précisions suivantes, et qui tendraient à écarter la piste des baleines et requins.
«D’après nos dernières investigations, les chocs répétitifs seraient dus à un banc de «poissons lune» du nom de Mola mola qui peuvent atteindre jusqu’a 1,80 mètre de diamètre (et peser une tonne ; ndlr). Ce poisson est l’une des espèces les plus osseuses, ce qui expliquerait la fréquence et l’impact à répétition des chocs.»

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Mola mola ou môle : la masse moyenne de ce genre de poisson lune peut atteindre une tonne. Selon les autorités américaines et la direction de course, c'est un banc de ces poissons que la flotte de la transat aurait traversé de nuit en début de semaine.

«En outre, le Mola mola n’a pas les capacités physiques de s’échapper, et est souvent en déplacement au gré des courants. La nuit il remonte en surface pour s’alimenter, car la biomasse et le plancton remontent alors en surface. Enfin, d’après mes investigations côté américain, cet espèce serait la cause principale voir entière, car la flotte encore groupée en début de course est passée à 90 degrés sur ce banc. C’est bien regrettable.»

© Voiles et voiliers - http://www.voilesetvoiliers.com/course-regate/papier-ny-vendee-/

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