Les cinq plaies des océans

Les océans et les mers souffrent. Leurs habitants aussi. Voici les principaux maux qu'ils subissent.

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Les baleines ne s'entendent plus, les coraux blanchissent, les poissons confondent plancton et microplastiques... Bref, les océans sont malades - © REUTERS/David Gray

1. La "soupe de plastique"

"L'économie du plastique" nuit gravement aux océans. Malgré vos efforts pour renoncer aux sachets plastiques au supermarché ou pour éviter les microbilles présentes dans vos produits de gommage et autres exfoliants, malgré les initiatives comme The Ocean Cleanup qui doit être testée en juin en mer du Nord, "il y aura plus de plastique dans l'océan que de poisson en 2050", d'après une étude réalisée par la fondation Ellen McArthur. 

It's claimed there'll be more plastic than fish in the sea by 2050

#WorldOceansDayhttps://t.co/nTVcTkNvIP

— BBC Three (@bbcthree) June 8, 2016

Pas besoin d'attendre cet horizon pour voir ses effets dévastateurs. Chaque année, on estime que plus 8 millions de tonnes de déchets plastiques se retrouvent dans les océans, voire dans le ventre des oiseaux marins. Chaque jour, plus de 8000 milliards de microbilles s'y déversent, selon la revue Environmental Science & Technology. Les courants les attirent au cœur des "gyres océaniques", cette demi-douzaine de nouveaux "continents" flottants. La matière dégradée par les UV, les vagues et diverses réactions chimiques, ressemble d'ailleurs plus à une "soupe de plastique", note Le Monde.

Une "soupe" dont les poissons font malheureusement leur régal. Les poissons qui évoluent dans les eaux contaminées délaisseraient le plancton pour se ruer sur le plastique "comme les adolescents mangent au fast-food", d'après la BBC qui reprend les conclusions de scientifiques suédois publiées dans le magazine Science. Non sans conséquences pour leur santé : ils deviendraient "plus petits, plus lents et plus stupides", donc des proies plus faciles pour les prédateurs, selon la chaîne britannique. Cette vulnérabilité risque de déséquilibrer les écosystèmes marins.

2. Trop de bruits

Non, le milieu sous-marin n'est pas vraiment le monde du silence. Bien sûr, ses habitants eux-mêmes ne sont pas silencieux : grognements, craquements et autres chants sont émis par certaines espèces marines pour se rejoindre, naviguer, se reproduire, défendre leur territoire ou simplement jouer. Mais l'homme s'en mêle. Moteurs de bateaux, sonars, exploitations pétrolières et autres activités humaines font du bruit. Beaucoup de bruit, qui constitue une pollution qui perturbe certaines espèces. 

Les baleines, par exemple, utilisent l'écholocation pour trouver de la nourriture ou pour rejoindre leurs congénères. Trop de parasites sonores peut "nuire aux relations sociales, à l'alimentation et même à la reproduction", expliquait Lindy Weilgart, spécialiste de cette question pointue dans un article publié en 2007. Étourdies par ces sons polluants, les baleines ont en effet tendance à cesser de communiquer. Cabillauds, dauphins ou haddock sont aussi affectés. 

A federal push to reduce #OceanNoise has begun! @NOAA already has extensive plan for this ~ https://t.co/gZYsGbTVE0 #OceanOptimism

— Marine Conservation (@savingoceans) June 6, 2016

La prise de conscience de ce problème est récente. L'administration américaine semble vouloir accélérer les mesures de réduction de ces bruits et un plan a été mis en place, raconte le New York Times.

3. Encore la surpêche

La surpêche et les méthodes dénoncées par les ONG (comme les chaluts qui raclent les fonds marins ou les Dispositifs de concentration de poisson) ne menacent pas que les thons, espèce la plus souvent associée à cet enjeu. Là encore, des efforts sont faits pour préserver les stocks mondiaux de poisson, mais ils restent insuffisants, partout dans le monde. 

La peche illegale au thon dans le pacifique represente jusqu a 664 millions d euros par an selon une etude publiee le 15 mars 2016 par l agence du forum de peches 5564547

La pêche illégale au thon dans le Pacifique représente jusqu'à 664 millions d'euros par an, selon une étude publiée le 15 mars 2016 par l'Agence du forum de pêches - © afp.com/GIFF JOHNSON

Même en Europe où les règles sont sans doute les plus dures (et en l'absence de données pour 60% des ressources halieutiques mondiales, notamment en Asie, en Afrique et en Amérique latine...). "Au niveau européen, on est encore loin d'un niveau durable" des stocks, a expliqué Didier Gascuel, président de l'AFH, l'association française d'halieutique qui fédère des scientifiques et des grandes écoles ou universités travaillant sur le domaine des pêches. Seuls 38% des stocks évalués atteignent les objectifs de gestion durable fixés par l'UE, tandis qu'en Méditerranée "plus de 90% des stocks évalués sont surexploités", souligne l'AFH.

4. L'eau plus chaude, plus acide

Le réchauffement climatique ne concerne pas que les terres, il impacte aussi les mers. Elles absorbent la moitié du CO2 émis chaque année et emmagasinent de la chaleur. "Outre l'augmentation de la température globale des océans", cela entraîne "une acidification et une désoxygénation progressive de la colonne d'eau ainsi qu'une modification des apports de nutriments sur les fonds marins jusqu'à plusieurs kilomètres de profondeur", selon Nadine Le Bris, chercheuse en écologie marine au Laboratoire d'écogéochimie des environnements benthiques de Banyuls-sur-Mer et coauteure d'un article à ce sujet dans Science.

Ce déséquilibre menace encore une fois les écosystèmes. Sans aller jusqu'à évoquer les espèces des profondeurs dont on sait encore peu, il suffit de considérer le plancton, à la base de la chaîne alimentaire des océans. Ou les récifs de coraux, qui blanchissent du fait de la hausse des températures et qui risquent de mourir si cette augmentation dure et se répète. Même si le récif se reconstruit, en 12 à 15 ans au moins, "il sera différent, les ratios des différentes espèces qui vivent dans cet habitat vont varier", expliquait récemment Serge Planes, directeur scientifique de la mission Tara Pacifique. 

L'absorption du sur+ de CO2 par l'océan du fait du réchauffement climatique menace le plancton, mettant en danger toute la chaine alimentaire.

— UNESCO en français (@UNESCO_fr) August 3, 2012

"À chaque fois que vous respirez, une bouffée sur deux vous devriez dire "merci plancton !" @ChristianSardet #28min

— 28 minutes (@28minutes) June 3, 2016

5. Dégazages et autres rejets toxiques

Les marées noires marquent les esprits, bien sûr. Qu'elles émanent d'un navire échoué ou d'une plateforme pétrolière, elles déclenchent un spectacle affligeant. Nappe huileuse, nettoyage des plages, oiseaux englués...Amoco Cadiz ou Erikaau large des côtes bretonnes, Deepwater Horizon dans le golfe du Mexique : ces noms restent dans les mémoires. Contrairement à ceux des nombreux navires qui, au milieu des océans, dégazent pour se débarrasser de gaz parfois accompagnés de pétrole et d'huiles. 

Ces pratiques sauvages par définition sont difficiles à estimer. Elles restent la plupart du temps impunies car elles passent inaperçues (sauf quelques cas comme ce dégazage près de la Corse en 2013). Un rapport daté de 2003 établi par le WWF évaluait "entre 0,7 et 1,5 million de tonnes les rejets annuels d'hydrocarbures en Méditerranée auxquels il faut ajouter, en prenant une estimation basse, environ 0.5 million de tonnes de 'déballastages classiques': l'équivalent de 75 Erika par an". Au niveau mondial, le WWF évoquait 4 millions de tonnes. 

Marie Simon - © L’Express - http://www.lexpress.fr/actualite/societe/environnement/plastique-rechauffement-surpeche-bruits-et-degazages-les-5-plaies-des-oceans_1800089.html

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