Pêche : décalage entre les zones des stocks réels et les quotas

Les quotas de pêche 2017 seront fixés les 12 et 13 décembre, mais, «pour de trop nombreux stocks, les ministres ne pourront pas suivre l’avis scientifique», alerte l’Association française d’halieutique (AFH), dans une analyse publiée le 29 novembre. Les aires couvertes par les avis scientifiques, celles de la réalité biologique des stocks, ne correspondent pas à celles couvertes par les quotas décidés politiquement.

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© Lionel Flageul

Les avis scientifiques sont établis à l’échelle de stocks qui sont des unités biologiques fonctionnelles, dont les contours évoluent au fur et à mesure de l’avancée des connaissances. Tandis que les quotas de pêche se réfèrent à des unités de gestion, fixées en 1982 et qui ont peu évolué depuis, car elles servent à la répartition des quotas européens en quotas nationaux.

Après d’âpres négociations, en 1983, les États membres ont décidé que les clés seraient immuables, selon la règle dite de la stabilité relative. La remettre en cause fait craindre à chacun d’y perdre. D’où «une discordance croissante entre la réalité biologique et les mesures de gestion mises en œuvre, déplore l’AFH. Il s’ensuit un processus de fixation des quotas très complexe et souvent opaque pour l’ensemble des acteurs.» Et des risques pour la durabilité de la ressource biologique, «compromettant, pour les stocks concernés, l’objectif d’une gestion au rendement maximum durable.»

Concordant beaucoup, un peu, pas du tout…

Quatre cas de figure se distinguent :

- Les zones du stock et du Tac (total autorisé de capture) sont les mêmes, comme pour la sole de Manche est.

- L’avis scientifique concerne une grande zone et donne lieu à plusieurs Tac, comme le maquereau européen. Le risque se réduit à «un manque de transparence».

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Les cas les plus favorables (70 % environ des Tac, totaux annuels de capture). (Cartes : AFH)

- Un Tac regroupe plusieurs avis scientifiques, comme pour les langoustines de mer du Nord : un seul quota pour 11 stocks différents. Un stock dégradé peut être mis en péril car géré avec un stock en bonne santé. Le risque : «Une surexploitation des stocks en mauvais état.»

- Et le pire : la déconnexion spatiale entre unité de gestion et unité fonctionnelle. Du grand n’importe quoi en somme. Comme le merlan : le quota de mer Celtique-Manche concerne une fraction du stock mer du Nord-Manche-est. Les risques : «manque de transparence et possible surexploitation des stocks en mauvais état.»

Afh cas 3 et 4 large 0Les cas les plus risqués (30 % environ des Tac, totaux annuels de capture). (Cartes : AFH)

Environ 30 % des Tac sont dans les cas 3 et 4…  «Développer une gestion transparente et basée sur l’avis scientifique implique de redéfinir les unités de gestion», appelle l’AFH. Un chantier de grande ampleur, à laisser ouvert sur le long terme avec des règles d’adaptation, pour que les unités de gestion suivent l’avancée des connaissances scientifiques.

D’autant que les stocks se déplacent avec le changement climatique !

Solène Le Roux - © Le Marin (abonnés) - http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/peche/26995-peche-decalage-entre-les-zones-des-stocks-et-des-quotas

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