Le label «MSC pêche durable» torpille définitivement sa crédibilité !

Le label MSC (Marine Stewardship Council), qui certifie plus de 10% des captures mondiales de poisson sauvage et près de la moitié des captures de poissons blancs comme le cabillaud, le merlu ou le colin, vient de prendre une décision fatale à sa crédibilité en accordant son logo «pêche durable» à l’une des pêcheries les moins durables et les plus destructrices au monde, la pêcherie d’empereur (Hoplostethus atlanticus) en Nouvelle-Zélande.

Visuel empereur msc noel 218 300x246

Cette pêcherie cible des poissons vivant 150 ans, se reproduisant à 30, et capturés jusqu’à 2000 mètres de profondeur par d’immenses chaluts lestés, dévastant les fonds marins et les espèces vulnérables des grandes profondeurs.

Le processus de certification du MSC fait ainsi fi des études scientifiques prouvant que cette pêcherie se situe à l’extrême opposé du spectre de la durabilité.

Plusieurs ONG internationales,[1] dont BLOOM, avaient déposé en juin 2016 une procédure d’objection à la certification de la pêcherie d’empereur, et porté à la connaissance du juge MSC ces données scientifiques. Par une décision de ce dernier, le MSC a rejeté l’objection des ONG, donnant ainsi le feu vert à la labellisation du symbole même de la pêche destructrice et anti-durable.

«Avec une telle décision, analyse Frédéric Le Manach, directeur scientifique de BLOOM, le MSC révèle à quel point son système d’évaluation ainsi que sa procédure d’objection sont biaisés et dysfonctionnels.

Le label était déjà sous les feux de la critique et en perte de crédibilité. La certification de la pêcherie d’empereur lève les derniers doutes : le MSC est officiellement devenu une imposture. À ce stade, ils pourraient labelliser la chasse à la baleine, cela ne nous étonnerait plus. Tout est désormais possible avec eux…».

EmpereurL’empereur - © J.D.M. Gordon

UNE PROCÉDURE D’OBJECTION PRIVÉE INOPÉRANTE

Après qu’une pêcherie candidate à la labellisation MSC a été évaluée favorablement,[2] les parties prenantes disposent de 30 jours pour s’opposer à la certification si les conclusions ne les satisfont pas.[3]

L’objection, obligatoirement payante, est extrêmement chère : jusqu’à 7 500 US$, soit un peu plus de 7 000 euros. La procédure d’objection est arbitrée par un juge dit «indépendant» alors que celui-ci est recruté et rémunéré par le MSC pour officier pour eux pendant trois ans ![4] Le résultat est sans surprise : environ 95% des objections aux certifications MSC ont été rejetées.[5]

UN SYSTÈME D’ARBITRAGE KAFKAÏEN

De son propre aveu, la feuille de route du juge MSC en charge des objections est de ne s’attacher qu’à la bonne application des procédures, et non pas d’évaluer le contenu afférent à la durabilité de la pêcherie.[6]

«Le MSC a mis en place une justice privée dont il édicte les règles. Cela lui permet de décider des pêcheries qui porteront son sceau, quelles que soient les preuves scientifiques accablantes apportées par les ONG» dénonce Charlène Jouanneau, consultante pour BLOOM et spécialiste des labels.

«Le MSC est incroyablement étanche à toute critique» s’indigne Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM. «Que leurs règles soient mauvaises ne les effleure pas. Ils répètent en boucle que ce sont les règles, et qu’ils les appliquent, on se croirait dans un roman de Kadaré décrivant l’absurdité du totalitarisme soviétique. Cet épisode est à mon sens préfigurateur des systèmes d’arbitrage privé que les traités transatlantiques entendent mettre en œuvre : un monde dans lequel la bonne foi et le bon sens n’ont plus d’emprise sur le réel car une loi toute-puissante a délimité le cadre de l’action, et surtout de l’inaction… Sauve qui peut !»

BLOOM APPELLE LES CITOYENS ET LA GRANDE DISTRIBUTION À SE DÉTOURNER DU MSC

Charlène Jouanneau dénonce l’inquiétant «accaparement mercantile» du concept de «pêche durable» par le MSC. «Il est urgent de s’inquiéter de l’impunité dont jouit cette organisation multinationale, qui peut, sans garde fous dignes de ce nom, abuser du monopole qu’il détient dans la certification des produits de la mer, en certifiant comme durables des pêcheries aux pratiques destructrices».

De fait, BLOOM alerte depuis longtemps les marques et enseignes, comme Carrefour, qui ne misent que sur le MSC en guise de politique d’achats durables. «Si les marques ne développent pas leur propre cahier des charges pour leurs achats de poisson «durable», elles courent le risque de perdre leur crédibilité en même temps que le label. Les décisions récentes du MSC vont obliger les marques à questionner radicalement leur stratégie» conclut Claire Nouvian.

© Bloom association - http://www.bloomassociation.org/le-label-MSC-se-torpille/

Contact média : Frédéric Le Manach, directeur scientifique de BLOOM – fredericlemanach{{a}}bloomassociation.org

Références

[1] BLOOM, la Deep Sea Conservation Coalition (regroupant plus de 70 ONG), Greenpeace, the Environmental Conservation Organization of New Zealand et le WWF ont formulé une objection conjointe.

[2] Ce cabinet d’audit étant lui-même choisi et rémunéré par la pêcherie candidate.

[3] https://www.msc.org/track-a-fishery/have-your-say/comment-on-an-assessment/objections-procedure

[4] https://www.msc.org/track-a-fishery/have-your-say/comment-on-an-assessment/objections-procedure/independent-adjudicator

[5] Une étude scientifique, à laquelle BLOOM avait contribué, avait montré en 2013 que sur 19 objections formelles, seule une avait été retenue par le label MSC. Des statistiques mises à jour en 2015 par des chercheurs affiliés au MSC ont montré que seules deux objections avaient été retenues sur 31 formulées depuis l’apparition du label. Voir Brown et al. (2016) On the road to fisheries certification: the value of the Objections Procedure in achieving the MSC sustainability standard. Fisheries Research 182: 136-148.

[6] «Dans le contexte de la présente instance, ce n’est pas à moi de déterminer qui a raison ou qui a tort sur le fond. Quelle que soit la qualité des arguments, que ceux-ci soient pour ou contre, sur la nature des pêcheries et sur leurs impacts, et ces arguments sont importants, ma décision en la matière doit (…) être limitée selon les termes de la procédure d’objection à la seule question de la régularité procédurale du processus d’évaluation (…)» , cf. Decision of the Independant Adjudicator in the matter of objections to the final report and determination on the proposed certification of the New Zealand Orange Roughy Fisheries under the MSC Principles and Criteria for Sustainable Fishing, Eldon V.C. Greenberg, MSC Independant Adjudicator. Dated December 2, 2016. 35p. Disponible à https://fisheries.msc.org/en/fisheries/new-zealand-orange-roughy/@@assessments

Pour en savoir plus

La pêcherie d’empereur en Nouvelle-Zélande - http://www.bloomassociation.org/le-label-MSC-se-torpille/

Ajouter un commentaire