Baie de somme - Menaces sur les bébés phoques

Soigner les bébés phoques et sensibiliser les touristes : c'est l'une des missions de la fédération Picardie Nature. Seulement, le nouveau conseil régional a décidé de couper les subventions. Pour observer l'espèce, le conseiller régional suggère plutôt de "créer un zoo, un phoque land". Des explications atterrantes !

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Après les oiseaux sauvages, les phoques ? Le centre de sauvegarde de la faune sauvage géré par Picardie nature, situé à Picquigny, près d’Amiens, vient de fermer ses portes, avec un licenciement à la clef. Sera-ce bientôt le tour du centre de soins des phoques, installé à Abbeville ? Patrick Thiery, président de cette association agréée de protection de l’environnement, le craint : «On va assurer le fonctionnement cette année, mais rien n’est sûr pour l’année prochaine».

Ce centre, ouvert de juin à octobre chaque année, sert à sauver les bébés phoques séparés de leur mère, notamment à cause des dérangements causés par les humains, quand les phoques de la baie de Somme se reposent sur les bancs de sable.

En cause, à la fois la baisse de la subvention du Département de la Somme, due à celle des dotations de l’État, et la politique environnementale annoncée par la nouvelle majorité de la Région Hauts-de-France.

Le président de Picardie nature décrit la situation financière de l’association : « En 2015, notre budget était de 900 000 euros. L’État a apporté 180 000 euros, la Région Picardie 250 000, le Département de la Somme 52 000, celui de l’Aisne, 35 000, et l’Oise, 2 500 euros. La nouvelle majorité du conseil départemental de la Somme (présidé par Laurent Somon, du parti Les Républicains) nous a annoncé que sa subvention tombera à 16 000 euros en 2016, et zéro euro en 2017». Si le scénario se déroule comme annoncé, la subvention du Département de la Somme sera passée de 60 000 euros en 2014 à… 0 euro en 2017.

La nouvelle Région votera son budget à la fin mai 2016 mais Guy Harlé d’Ophove, conseiller régional (Les Républicains, majorité), président de la commission Environnement, également président de la fédération des chasseurs de l’Oise, annonce la couleur : «Comme l’a dit et écrit Xavier Bertrand dans son projet de candidat à la présidence de la Région, nous allons défendre une écologie de bon sens. On ne donnera plus de subventions aux projets qui ne mettent pas l’homme au cœur de leur action, ni aux projets qui bloquent les activités économiques, ni à ceux qui mettent la nature sous cloche».

«Autant créer un Phoques land»

Interrogé sur les difficultés de Picardie nature, Guy Harlé d’Ophove n’y va pas par quatre chemins : «Pour sauver un phoque, cela coûte 10 000 euros. Ne croyez-vous pas qu’il faudrait laisser faire la nature ? Quand l’homme se mêle de protéger une espèce en particulier, il la dérègle. Parlez-en aux pêcheurs, qui se plaignent du fait que les phoques mangent les poissons. La mort fait partie de la vie».

«Je veux bien laisser faire la nature», répond Patrick Thiery. «Ce serait possible dans une région où il n’y a pas de touristes. Or, la baie de Somme a construit son image sur le tourisme de nature. Quand nous surveillons les phoques l’été, quand nous sensibilisons 50 000 personnes par an, à la pointe du Hourdel, pour éviter qu’elles ne dérangent la colonie tout en leur permettant de voir les phoques avec des longues-vues, nous sommes loin de mettre la nature sous cloche. Nous permettons un équilibre entre le tourisme et la protection de la faune sauvage. Il faut bien des gens pour faire de la pédagogie sur place».

Au passage, il dément le coût de 10 000 euros pour le sauvetage d’un phoque : «En 2015, nous avons soigné 15 phoques séparés de leur mère, pour un montant total de 30 000 euros». Soit 2 000 euros par phoque.

«L’ancienne majorité à la Région Picardie ayant voté le budget 2016, nous recevrons les 250 000 euros cette année», estime Patrick Thiery. «Mais la nouvelle majorité de la région Hauts-de-France peut bloquer 190 000 euros de fonds européens». Et baisser sa participation propre pour 2017. Rien n’est encore fait, mais vu les déclarations de Guy Harlé d’Ophove, Patrick Thiery s’y attend. «Si on veut pouvoir regarder des phoques tranquillement, autant créer un zoo, un Phoques land», assure le conseiller régional.

Pas d’inquiétude au Conservatoire d’Espaces Naturels

En marge d’une visite de la secrétaire d’État à la Biodiversité Barbara Pompili hier dans la Somme, le président Le Conservatoire d’Espaces Naturels de Picardie s’est dit serein sur ses financements pluriannuels de la Région. «Nous sommes conventionnés. Guy Harlé d’Ophove est invité à notre assemblée générale du 30 avril à Hirson», indique Christophe Lépine. Qui se souvient aussi que l’équipe de campagne de Xavier Bertrand «avait ciblé trois financements incontournables : la recherche, les trains et les Conservatoires».

Barbara Pompili :«On en discutera avec Xavier Bertrand»

Que pensez-vous de la situation de Picardie Nature ?

Je la regrette beaucoup. Il faut que l’on reconnaisse ce type d’associations comme un auxiliaire de l’action publique. Avec quelques salariés et des bénévoles, ils font faire des économies aux pouvoirs publics, pour qui il reviendrait plus cher d’assurer leurs missions. J’ai eu le dossier en main tardivement. L’association sait que je suis à ses côtés. Je dois voir le président de la Région bientôt. On en discutera.

Guy Harlé d’Ophove vient de déclarer qu’il ne veut plus subventionner «des associations qui veulent la disparition de la chasse». Un chasseur à la tête de la commission environnement, est-ce inquiétant ?

Non, si tant est qu’on sache comment est composée cette commission et comment y sont prises les décisions. Au-delà, il faut cesser d’entretenir cette guerre idiote entre associations de défense de la nature et les chasseurs. L’immense majorité des associatifs et des chasseurs ont le même but. On a tout intérêt à les faire travailler ensemble.

Vous souhaitez l’ouverture d’antennes régionales à la future Agence française de la biodiversité. Les Hauts-de-France semblent traîner des pieds. Est-ce le cas ?

Je n’ai pas eu encore d’échange avec la Région. Mais certaines associations se questionnent en effet. En Bretagne et en Île de France, des projets sont déjà là. C’est moins le cas ailleurs. On compte sur les bons exemples pour convaincre de se lancer.

Denis Desbleds et Gaël Rivallain - © Courrier Picard - http://www.courrier-picard.fr/region/baie-de-somme-menaces-sur-les-bebes-phoques-ia0b0n762158

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