L'échographie des très précieux œufs de requin zèbre

Ce sont les seuls vétérinaires de Bretagne spécialisés dans les poissons. Les Morlaisiens Pierre-Marie Boitard et Matthieu Jamin connaissent donc par cœur les aquariums d'Océanopolis, à Brest. Dernier examen en date : l'échographie des très précieux œufs de requin zèbre, surveillés comme le lait sur le feu.

Pour le veterinaire pierre marie boitard a gauche et le 2841956 656x434pPierre-Marie Boitard et Matthieu Jamin (à gauche) - © Le Télégramme

Vendredi 1e r avril. Derrière les aquariums d'Océanopolis, tout le monde attend de pied ferme Pierre-Marie Boitard. Le vétérinaire, salarié du cabinet de Matthieu Jamin à Saint-Martin-des-Champs, près de Morlaix (29), doit échographier les 14 premiers œufs pondus, depuis début février, par la femelle requin-tigre de 17 ans, qui vit sur le parc brestois depuis 2002. Ce n'est pas une bonne blague, même si le jeune professionnel de 27 ans se collera bien, aujourd'hui, à un poisson. 14 h 30 : la barbe rousse flamboyante, le professionnel remonte ses manches et prépare la sonde et l'ordinateur. Précieusement gardées au chaud, dans un aquarium à 26 ºC, les 14 drôles de capsules, toutes numérotées et baguées, vont être momentanément extraites le temps de l'examen.

Pour le veterinaire pierre marie boitard a gauche et le 2841960 656x434pRequin zèbre d’Océanopolis - © Le Télégramme

La ponte surveillée de près

Inspecteur de la manœuvre, le conservateur adjoint Dominique Barthélémy, en charge du milieu vivant à Océanopolis, renseigne sur le procédé : «On suit de très près le cycle de reproduction de notre plus vieille femelle, dont nous avons déjà eu treize petits en quatorze ans. SF1 (c'est son nom !) a, comme tous les requins zèbres, deux cycles de ponte par an. Ces cycles comprennent quatre séries chacun, espacées de dix jours et pouvant comprendre jusqu'à cinq œufs à chaque fois. Notre femelle a pour l'instant pondu 20 œufs depuis un mois et demi. Six d'entre eux étaient vides. Nous voulons surveiller au plus près les 14 restants. L'objectif est d'avoir une meilleure vision du cycle et des conditions à respecter pour favoriser l'éclosion des œufs, sur une espèce (non agressive pour l'homme) dont l'espérance et le rythme de vie sont encore méconnus !».

Oeuf de requin zebre medium 1Œuf de requin zèbre - © Océanopolis

Les premiers en Europe

Pierre-Marie Boitard confirme. Avant de commencer à s'occuper des requins-zèbres d'Océanopolis, il y a deux ans, «il ne savait rien ou presque» de cette espèce. L'aquarium brestois est d'ailleurs le premier en Europe à s'être lancé dans la reproduction. Les seuls points de repère sont... aux États-Unis ! «Comme pour des tas d'espèces, on apprend en faisant», commente le jeune vétérinaire, la sonde immergée sur le dos des œufs, qui ressemblent plus à des noix de coco plates qu'à la production de bonnes vieilles poules. Sur l'ordinateur, comme il le ferait avec des mammifères, le jeune homme guette un palpitement ou un signe de vie, susceptible de confirmer qu'il y a eu fécondation. «On peut voir assez vite si le vitellus (le jaune de l'œuf) se tient, ou pas. Il faut malheureusement s'attendre à ce qu'il y ait un peu de déchet». Une heure d'examen attentif, et le premier verdict tombe. «Un œuf est bien fécondé, deux sont avortés et tous les autres trop jeunes pour poser un diagnostic précis. Je repasserai d'ici deux semaines pour refaire le point».

Jeune requin zebre large

Juvénile requin zèbre - © Océanopolis

Un petit à Paris

«Ce suivi est passionnant. Mais dans le milieu vivant, il faut de la patience !», confirme Dominique Barthélémy. D'ici l'éclosion du premier œuf, théoriquement envisageable pour la fin de l'été, Pierre-Marie Boitard devra recontrôler selon un rythme et un protocole «qui dépendra clairement de la ponte». En attendant, le vétérinaire a rendu visite à la femelle requin zèbre historique de 2,50 m, isolée dans un bassin adjacent, jusqu'à la fin de son cycle. Si tout se passe bien, l'un de ses futurs petits sera vraisemblablement donné à l'aquarium parisien de la Porte Dorée, «pour qu'il y ait du brassage génétique», précise le conservateur adjoint. Vendredi, le vétérinaire a également soigné une exophtalmie sur un petit poisson Hamlet barré à lignes et fait le tour de quelques aquariums. Plus fréquemment sollicité dans des élevages piscicoles de toute la France que sur des parcs animaliers, le médecin des poissons apprécie la variété des soins et conseils qu'il apporte à Océanopolis : «Il faut autant surveiller l'environnement et les qualités physico-chimiques de l'eau que la pathologie elle-même. Ici, ça peut aller du corail au requin en passant par la crevette. On apprend beaucoup». Pierre-Marie Boitard jette un dernier coup d'oeil aux oeufs en forme de grosses capsules : «Notre défi à nous, aujourd'hui, c'est d'amener ces petits jusqu'au bout !».

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