Une politique maritime en carton?

Le 6 octobre s’est ouvert le troisième colloque national des aires marines protégées à Brest organisé conjointement par l’Agence des Aires Marines Protégées et le Comité français de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature. Deuxième espace maritime mondial, la France a une responsabilité majeure en matière de protection des écosystèmes marins mais elle peine à se doter d’une ambition maritime forte et concrète.

16 2000

Photo : Eduardo Sorensen

Certes, la France peut se féliciter d'avoir atteint ses objectifs en classant presque 20% de son espace maritime français en aire marine protégée (AMP) avec, notamment, la création de 7 parcs naturels marins. Malheureusement le chantier de préservation de la mer et du littoral reste considérable : objectif du tiers sauvage (ou tiers naturel) sur le littoral, création de trois projets de parcs naturels marins, extension du réseau Natura 2000 en mer ainsi que des zones de protection renforcée et efforts conséquents pour améliorer la connaissance du milieu marin.

Où sont les moyens financiers ?

Cependant, des ressources financières sont nécessaires pour y parvenir et conduire à une gestion appropriée d’un réseau cohérent d’AMP, y compris en haute-mer. Avec l'absence d'une fiscalité liée à la dégradation de la biodiversité marine, FNE s’interroge sur la capacité de la France à respecter ses engagements en matière de politiques de préservation de l’environnement marin. Par ailleurs, FNE rappelle l’urgence de la mise en œuvre du projet de loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages qui propose d’assujettir les activités entreprises sur le plateau continental ou dans la zone économique exclusive, en vue de l’exploration, de l’exploitation ou de l’utilisation des milieux marins, au paiement d’une redevance annuelle au profit de l’État.

Pour Elodie Martinie-Cousty, responsable du réseau Océans, mers et littoraux de FNE : " Les superficies à gérer et protéger augmentent à budget constant. Nous demandons que la fiscalité liée aux activités maritimes en faveur de la préservation des milieux marins soit une des priorités de la politique maritime actuelle. "

Les outre-mer, une force insuffisamment protégée

Représentant 97% de l’espace maritime français, les eaux ultra-marines doivent être au cœur de la politique de protection de la biodiversité marine. FNE se réjouit du projet de création du parc naturel marin en Martinique mais aspire à davantage. Aujourd’hui, moins de 2% des eaux ultra-marines sont couvertes par des AMP ! FNE, présente en outre-mer via son réseau d’associations membres, demande des mesures renforcées en faveur des outre-mer : mise en place d’un dispositif similaire à Natura 2000, application de la directive-cadre stratégie pour le milieu marin, renforcement des moyens de surveillance du parc naturel marin des Glorieuses... [1]

Les océans, parent pauvre des négociations «climat»

FNE rappelle que les océans sont les principaux poumons de la planète et absorbent environ 25 % des émissions de CO2 générées par les activités humaines, ce qui se traduit par leur acidification croissante. Malgré ce constat, les océans sont relégués au dernier plan quand on évoque les dérèglements climatiques. Les AMP gérées efficacement offrent des solutions d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques. Elles doivent être reconnues en tant que telles par l’ensemble des acteurs socio-économiques terrestres et maritimes. FNE, membre de la plateforme « Océan et Climat » [2], demande que, durant les négociations de la Conférence Paris Climat 2015, la communauté internationale prenne en compte le rôle de régulateur du climat que jouent les AMP.

Pour Denez L’Hostis, président de FNE et administrateur de l’Agence des aires marines protégées : « Nul ne peut plus ignorer que les océans jouent un rôle majeur dans la régulation de la machine climatique planétaire. Pour préserver ce rôle et prévenir d’une ruée catastrophique vers le carbone bleu, il est urgent de maintenir les écosystèmes marins et restaurer ceux qui se dégradent. Nous demandons que soient renforcés les moyens de sensibilisation, de communication et de connaissance en ce qui concerne le rôle des océans dans la régulation du climat.»

[1] Reportage : les îles Glorieuses sous haute surveillance : http://www.loceanalabouche.com/pages/newsletters/octobre-2015/8-octobre/reportage-les-iles-glorieuses-sous-haute-surveillance.html

[2] Plus d’informations : http://www.fne.asso.fr/fr/nos-actions/mer/oceans-climat.html

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France Nature Environnement est la fédération française des associations de protection de la nature et de l'environnement. C'est la porte-parole d'un mouvement de 3000 associations, regroupées au sein de 80 organisations adhérentes, présentes sur tout le territoire français, en métropole et outre-mer.

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