Un plaidoyer scientifique pour la création de sanctuaires silencieux

Après les aires marines protégées, les aires marines «calmes»... Farfelue, comme idée ? Pas forcément, si l’on en croit une étude publiée par la revue Science Direct, fin septembre, qui place le bruit comme l’une des principales pollutions marines, au même titre que les déchets en plastique ou les rejets d’hydrocarbures.

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Les baleines font partie des mammifères marins les plus sensibles au bruit, selon l’étude menée par des chercheurs canadiens, écossais et australiens. (Photo : Greenpeace).

Le document propose la création d’aires marines protégées pour étudier les moyens de préserver les animaux marins des nuisances sonores du trafic maritime.

Les chercheurs voient notamment une opportunité à saisir au large de la Colombie-Britannique, dans l’ouest du Canada, où pullulent des gros mammifères marins comme l’éléphant de mer, le lion de mer et de nombreuses espèces de baleines. Selon Christine Erbe, directrice du centre de recherche maritime à l’université de Curtin (Australie), «l’augmentation du bruit devient préoccupante pour ces animaux».

Plus vite que la lumière

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le trafic marchand a augmenté de 300 % depuis 1992, générant une hausse importante du bruit sous-marin sur les routes maritimes les plus fréquentées et aux abords des ports. Sans que ce soit une surprise, les eaux de l’hémisphère nord sont les plus bruyantes. Les scientifiques rapportent que, dans l’eau, les sons voyagent plus loin que la lumière.

Là où les rayons ne pénètrent que sur une dizaine de mètres, les bruits peuvent s’entendre à des centaines de kilomètres. À ces profondeurs, les sons s’avèrent souvent le seul moyen de communication pour les animaux sous-marins, et ces bruits émis par les navires, particulièrement les gros porte-conteneurs, perturbent ces échanges.

Prise en compte

Pour Rob Williams, chercheur écossais et coauteur de l’étude, «les baleines, les dauphins et les marsouins» sont les espèces les plus vulnérables.

D’où cette suggestion d’établir un sanctuaire marin du silence au large du Canada. Les auteurs de l’étude y voient l’endroit idéal pour y mener des recherches sur ces phénomènes acoustiques : énorme biodiversité, eaux «sauvages», c’est-à-dire épargnées par le trafic maritime.

Les chercheurs soulignent que cette pollution, autrefois considérée comme anecdotique, commence à être prise en compte par certaines législations de quelques puissances économiques comme le Canada, l’Europe ou même les États-Unis. L’US Navy, par exemple, a récemment annoncé mener des recherches pour réduire les nuisances produites par ses sonars afin de protéger les baleines.

© Le Marin – L’hebdomadaire de l’économie maritime

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