Thon tropical : les thoniers accusés de l’échouage des DCP

Corail arraché, tortues emmêlées, pollution : les coupables, des DCP (Dispositif de Concentration de Poissons) s’échouant au terme de leur dérive, de 1 500 à 2 000 par an en Atlantique et océan Indien. Des ONG dénoncent les dégâts, des chercheurs confirment, des pêcheurs les reconnaissent.

Corail dans filet

Corail pris dans les filets d’un DCP échoué près des côtes des Seychelles. (Photo : ICS)

L’association environnementale ICS (Island Conservation Society) ramasse de plus en plus de DCP (dispositifs de concentration du poisson) sur les rivages et les récifs coralliens de l’archipel des Seychelles. Selon le bilan présenté à la CTOI (commission des thons de l’océan Indien), «76 % proviennent de navires appartenant à des sociétés espagnoles», pour ceux dont les balises ont permis l’identification. Près de 40 % de ces DCP étaient accrochés dans les coraux et certains avaient des tortues emmêlées dans leurs filets. Aucun des DCP avec filet n’appartenait à des navires français, confirmant leur engagement à n’utiliser que des DCP non maillants.

Tortue emmelee

Tortue prise dans les filets d’un DCP échoué près des côtes des Seychelles. (Photo : ICS)

Ingénieur de recherche aux Seychelles à l’IRD, Emmanuel Chassot n’est pas étonné par ces échouages. En une décennie, le déploiement de DCP a augmenté de 70 % dans l’océan Indien. «Il y a 10 000 à 12 000 DCP qui se baladent à chaque instant dans l’océan Indien. Résultat, des milliers de DCP s’échouent sur les plages et dans les coraux.» En moyenne, 10 % des DCP sont perdus, selon l’halieute Alexandra Maufroy, en thèse à l’IRD. «Le taux de 20 % de perte circule sur le sujet», ajoute François Chartier, de Greenpeace, dont un article relaie les inquiétudes de l’ICS. Des DCP ont aussi été retrouvés sur des îles au large de Madagascar, aux Maldives et sur les îles Éparses.

Les armateurs français transparents

Depuis 2007, les armements français transmettent à l’IRD les données leurs balises (lieu de mise à l’eau et trajectoire), en océan Indien comme en Atlantique. Yvon Riva, président de l’organisation de producteurs Orthongel, qui fédère les senneurs français, reconnaît le problème des échouages.

Il évoque une piste, le projet Fad-Watch, proposé par l’IRD aux armateurs : «Quand la balise montre qu’un DCP s’approche d’un massif, ou mieux, qu’on anticipe qu’il y va selon sa dérive, on peut émettre une alerte pour qu’un bateau aille le récupérer avant qu’il ne provoque des dégâts. On pourrait se rapprocher d’ONG bien placées pour les récupérer.» Les armateurs leur rachèteraient alors les balises ramassées. «Ce serait gagnant-gagnant.» Et le principe pollueur-payeur s’appliquerait.

Rapport de l'ICF sur les échouages de DCP aux Seychelles (en anglais) : Balderson martin ics 2015 impacts causes of beaching of dfads around seychelles islands (971.09 Ko)

© Le Marin – L’hebdomadaire de l’économie maritime

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