Tout ce qu’il faut savoir sur l’acidification des océans

L’acidification des océans est devenue en quelques années l’un des problèmes majeurs auxquels nos océans font face. Malheureusement, le problème de l’acidification est invisible à l’oeil nu, et les effets ne se ressentent pas autant que la hausse des températures ou l’élévation du niveau des mers.

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© NOAA's National Ocean Service

Qu’est-ce que l’acidification des océans ?

Le CO2 est présent naturellement dans l’air : les plantes en ont besoin pour grandir, et les animaux l’expire. Mais depuis la révolution industrielle, il y a de plus en plus de CO2 dans l’atmosphère. La plupart de ce CO2 se retrouve dans l’atmosphère, et réchauffe ainsi la planète. Environ 30% du CO2 émis se dissout dans nos océans, entrainant des réactions chimiques qui réduisent le pH de l’eau de mer.

Acidification

Depuis ces 10 dernières années, les scientifiques ont réalisé que l’excès de CO2 résultant des activités industrielles a changé la composition chimique de nos océans. Plus le pH diminue, plus les océans deviennent acides. D’après le Smithsonian, depuis la révolution industrielle, le pH est passé de 8.2 à 8.1, et les chercheurs estiment que cette valeur va diminuer encore de 0.3 avant la fin du siècle. Une baisse de 0.1 ne paraît pas énorme, mais l’échelle du pH est logarithmique. Par exemple, pH 4 est 10 fois plus acide que pH 5. Si les émissions de CO2 continuent au même rythme, il est possible que le pH diminue jusqu'à 7.7, créant ainsi des océans plus acides que jamais. Par conséquent, ce changement de seulement 0.1 représente déjà une hausse de 30% dans l’acidité des océans (Rhein et al. 2013).

La phrase « acidification des océans » fait donc référence au processus de diminution du pH causé par l’augmentation de l’absorption du CO2 par nos océans.

Quels sont les effets sur la vie marine ?

Un certain nombre d’animaux et plantes marines (coraux, huitres et autres crustacés…) utilisent une partie du carbone présent naturellement dans les océans pour former leurs coquilles ou leurs squelettes. En piégeant ainsi le carbone, ils limitent la formation d’acide carbonique et contribuent doucement à freiner le processus d’acidification.

Néanmoins, un environnement de plus en plus acide affaiblit ces organismes sensibles à de faibles changements de pH. Plus l’acidité augmente, plus la formation d’une coquille ou d’un squelette leur demande de l’énergie. Ils deviennent donc plus vulnérables, et ne jouent plus aussi bien leur rôle de prédateurs ou de proies, et ont des problèmes pour grandir et se reproduire.

Ces changements de pH dans nos océans se sont fait tellement rapidement que les organismes n’ont pas eu le temps de s’adapter, et leurs coquilles et squelettes se dissolvent petit à petit. Une étude publiée en 2012 dans la revue Nature Geoscience a déjà démontré l’effet corrosif de l’acidification des océans sur les coquilles des ptéropodes, petits escargots de mer qui constituent un maillon crucial de la chaine alimentaire.

Acidification des oceans

Cette vidéo d’une équipe de chercheurs de la NOAA montre la différence de comportement entre un ptéropode nageant dans des eaux à faibles taux de CO2 (à gauche), et un ptéropode exposé à des conditions élevées de CO2, dont la coquille est déjà devenue plus fragile et présentant des difficultés à nager librement (à droite).

En quoi cela me concerne-t-il ?

Tout est connecté dans l’océan, et l’acidification des océans a un effet important sur la chaine alimentaire. Le zooplancton, constitué de micro-organismes qui eux aussi ont besoin d’une coquille, est à la base de la chaine. Avec l’augmentation de l’acidité des océans, ces organismes ont du mal à survivre et à produire leur coquille, et ainsi toute la chaine alimentaire se retrouve déstabilisée.

Des centaines d’espèces de poissons, coraux ou encore requins dépendent du zooplancton pour vivre. Beaucoup de nations sont à la merci des océans pour survivre, avec des économies basées sur la pèche ou le tourisme. Ainsi, la sécurité alimentaire de ces populations, ainsi que la biodiversité de nombreux écosystèmes sont menacées par l’acidification des océans (Magnan et al. 2015)

Que puis-je faire pour lutter contre l’acidification ?

La première étape est de réduire nos émissions de CO2 dans l’atmosphère. Cela peut se faire à plusieurs niveaux, notamment au niveau national et international entre politiciens, mais aussi au niveau local et individuel, où chacun peut viser à utiliser plus d’énergies renouvelables plutôt que des carburants fossiles.

Les conséquences exactes de ces changements de pH sont en partie encore incertaines, et un océan plus acide ne va pas détruire toute la vie marine, mais d’après le consensus scientifique, il apparaît que la hausse de l’acidité de l’eau de mer de 30% est déjà en train d’affecter de nombreux organismes marins. Si l’acidification continue, il est possible que certaines espèces deviennent de plus en plus rares, parfois probablement au point de disparaître.

Retrouvez-nous la semaine prochaine pour encore plus de détails sur les petits gestes que chacun peut faire dans la vie quotidienne pour aider à réduire les émissions de CO2, et ainsi diminuer les effets de l’acidification.

Christina Marmet – Le Monde.fr - http://oceanclimat.blog.lemonde.fr/2015/11/18/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-lacidification-des-oceans/

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