Irlande : Les esclaves des chalutiers

Exploités, privés de sommeil, séquestrés, sous-payés… Les abus dont sont victimes des migrants africains et asiatiques employés sur des bateaux de pêche irlandais sont nombreux, affirme The Guardian.

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Photo AFP/Marcel Mochet

L’industrie de la pêche irlandaise exploite des migrants sans papiers venus d’Afrique et d’Asie, rapporte The Guardian. Selon l’enquête du journal publiée le 2 novembre, certains propriétaires de chalutiers officient même comme passeurs pour amener des personnes en Irlande afin de les exploiter sur leurs bateaux. Il s’agirait notamment de travailleurs migrants venus du Ghana, des Philippines, d’Egypte et d’Inde.

La moitié du salaire minimum irlandais

Les migrants interrogés semblent avoir été victimes de “toute une série d’abus”, dont des séquestrations, des privations de sommeil ou des journées sans repos. La plupart d’entre eux touchent moins de la moitié du salaire minimum légal irlandais et ne reçoivent pas la formation obligatoire en sécurité. Parfois, les travailleurs sont même “recrutés par des agences qui leur font payer des commissions importantes et illégales”, précise le journal. Ils vivent cachés la plupart du temps – par peur d’être expulsés ou parce que leurs employeurs les y obligent.

Le journal cite plusieurs exemples, dont celui de Demie Omol. Venu des Philippines pour travailler sur un chalutier irlandais au sud de Cork, il était payé 1 000 dollars [920 euros] par mois pour un nombre d’heures indéfinies, alors que des membres irlandais de son équipe ou de pays européens percevaient quatre fois plus :

“C’était du travail en continu, nuit et jour. Je n’avais aucun jour de repos ou de congé. Je devais préparer le matériel, réparer des câbles, coudre les mailles de filet… C’était sans cesse, sans cesse.”

“Une faille dans la loi”

Certains propriétaires de chalutiers détournent les contrôles d’immigration irlandais en utilisant “une faille dans la loi sur les navires marchands internationaux”, explique The Guardian. Celle-ci permet aux marins non européens d’obtenir un visa de transit pour le Royaume-Uni, valable pour une période de quarante-huit heures maximum, qui les autorise à embarquer sur un navire qui opère dans les eaux internationales.

Toutefois, dans la plupart des cas, les migrants restent sur des chalutiers irlandais qui pêchent dans les eaux irlandaises. “Pour les faire venir en Irlande, les propriétaires de bateaux ou agences de recrutement font passer les travailleurs par l’aéroport de Londres ou de Belfast, puis par l’Irlande du Nord afin de passer la frontière britannico-irlandaise par voie terrestre”, précise le journal.

“C’est de la cupidité”

Le recours à des travailleurs clandestins s’explique en partie par le boom économique irlandais, qui a eu lieu entre le milieu des années 1990 et 2002. Le journal explique ainsi :

“Pendant cette période du Tigre celtique, les pêcheurs [irlandais] ont renoncé à la vie dure sur mer pour aller travailler dans le bâtiment. Par conséquent, il était de plus en plus difficile [pour les chalutiers] de trouver du personnel local.”

Au fur et à mesure, certains pêcheurs ont découvert qu’il était possible d’embaucher des Asiatiques ou des Africains à moindre coût, qui de surcroît étaient disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre puisqu’ils n’ont pas d’autre logement que le chalutier. “C’est de la cupidité”, commente un ancien pêcheur irlandais.

Selon des organisations humanitaires, l’Etat irlandais ne protège pas suffisamment les migrants sans papiers victimes d’abus. Cependant, le ministère de la Justice irlandais, cité par le journal, souligne que “des mesures ont été mises en place pour lutter contre le trafic d’êtres humains” et que “tout soupçon de trafic humain fait l’objet d’une enquête exhaustive”.

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