2 juillet 2015

Intermarché : Une pêche responsable… de la destruction des océans

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Depuis 10 ans, l’Association BLOOM milite pour la préservation des océans et l’élimination des pêches destructrices. BLOOM a mis en lumière les pratiques de pêche dévastatrices d’Intermarché et a tenté d’amener le groupe à réfléchir de façon ambitieuse à une transformation de son modèle de pêche. Les Mousquetaires préfèrent cependant le greenwashing au changement de paradigme. Ils l’ont encore prouvé récemment en entamant une démarche d’éco-labellisation par le logo MSC de « pêche durable ». Voici l’édito de Charlène Jouanneau – Chargée de projet à l’Association BLOOM.

Mountain of dogfish

La Scapêche, flotte de pêche du groupe Intermarché, a misé gros sur le chalutage en eaux profondes. Sur la terre ferme, cette technique équivaudrait à raser la forêt avec d’immenses bulldozers pour capturer quelques animaux. Les filets de pêche utilisés ratissent les fonds marins à des centaines de mètres de profondeur, détruisant sur leur passage des écosystèmes dont on commence seulement à découvrir les richesses : coraux millénaires, éponges profondes et autres espèces vulnérables. Cette biodiversité unique finit entassée au fond du chalut avant d’être remontée à bord et triée.

Au final, un tiers de ce qui a été pêché sera rejeté par dessus bord. [1]

Trawling oceana

Le chalutage profond est une aberration écologique qui s’est développée à l’abri de tout suivi scientifique. Aujourd’hui, les avis des chercheurs sont pourtant sans équivoque : la Scapêche est devenue championne d’une méthode de pêche considérée comme faisant partie des plus destructrices ayant jamais existé. Ce massacre systématique se fait loin de nos yeux : les écosystèmes des grandes profondeurs sont inaccessibles aux plongeurs-bouteille, et seule une poignée de chanceux — le dernier en date étant James Cameron dans la fosse des Mariannes en 2012— ont pu observer directement ces milieux représentant le plus grand réservoir de biodiversité de notre planète.

Le chalutage profond s’accapare une ressource commune, celle des océans profonds, dans une démarche capitaliste qui bénéficie uniquement à ceux qui y sont impliqués. La Scapêche est chroniquement déficitaire, [2] et, comme en agriculture, c’est l’argent du contribuable (15 millions d’euros donnés entre 2000-2010 aux activités de pêche en eaux profondes en France) qui maintient sous perfusion un modèle économique non-viable et aberrant sur le plan écologique.

Un désastre financé avec l’aide du contribuable

Comment en est-on arrivé là ? Un lobbying intense de la part du secteur de la pêche industrielle a suffi à embarquer dans une croisade fervente quelques-uns de nos élus, afin de maintenir à flots un modèle industriel destructeur, déficitaire et subventionné. En d’autres termes, main dans la main, élus et industriels défendent le choix de la machine contre l’Homme et la planète. Intermarché s’est appuyé sur Blue Fish, une association lorientaise se disant « de promotion de la pêche durable et responsable »,[3] mais en réalité créée par la branche industrielle du secteur afin de défendre les intérêts de celle-ci aux niveaux national et européen.[4]

Malgré son emprise très locale, l’association de lobbying industriel Bluefish a même réussi à retourner en sa faveur la Ministre de l’Environnement Ségolène Royal contre la volonté de plus de 850.000 citoyens signataires de la pétition de BLOOM [5]. Alors qu’elle tweetait en octobre 2014 « il faut interdire le chalutage en eaux profondes, c’est clair », elle virait de bord un mois plus tard : en novembre 2014, la Ministre s’est rendue à Lorient pour être investie « marraine » de Blue Fish.[6] Depuis, « c’est clair », elle en a fini avec les tweets visionnaires et engagés.

Les filets du lobbying

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En parallèle de cette mascarade politique, les Mousquetaires essaient maintenant de flouer les citoyens, cette fois-ci en essayant de faire passer leurs poissons comme étant issus d’une « pêche durable ». Rien de nouveau sous les néons d’Intermarché, qui avait déjà développé son propre pseudo-label « pêche responsable » en 2011. Une imposture: le cahier des charges était « privé » et rédigé par la Scapêche elle-même, sous accord confidentiel avec Bureau Veritas.[7] Aujourd’hui, c’est un label avec plus de panache qu’Intermarché est allé chercher. En janvier 2015, la Scapêche entrait en évaluation avec le MSC (Marine Stewardship Council), le label de pêche durable le plus connu et le plus répandu au niveau mondial. Cette évaluation durera environ 15 mois et a pour but, selon le MSC, d’examiner « les impacts de la pêcherie sur les populations de poissons et les écosystèmes marins » et « de s’assurer que toutes les mesures nécessaires à la préservation des océans pour les générations futures sont en place. »[8]

Les labels jouent-ils leur rôle ?

Que penser, donc, lorsque le seul label de pêche « durable » réputé sérieux au niveau international permet à une pêche aussi clairement néfaste de rentrer en évaluation ? L’éco-labellisation est censée récompenser l’excellence environnementale pour permettre aux citoyens de choisir des produits plus respectueux de l’environnement, mais elle procure de manière indéniable un avantage marketing qui attire les moins scrupuleux. En l’occurrence, la Scapêche s’est rapprochée du MSC pour de mauvaises raisons : tenter une énième fois de faire passer des vessies pour des lanternes et faire croire que le chalutage profond est une méthode de pêche acceptable d’un point de vue écologique et socioéconomique, ce qu’elle ne sera jamais.

Le greenwashing est toujours aussi vert !

Quoi de plus stratégique alors que l’avenir du chalutage profond n’est pas encore scellé au niveau européen (le règlement proposant son interdiction est toujours discuté au sein du Conseil des ministres de l’UE) ?

Pendant le temps de l’évaluation au moins, les pêches profondes vont jouir de « l’aura » MSC. Un stratagème d’une malhonnêteté intellectuelle totale qui en dit long sur les priorités du label : Business first!

Il est particulièrement scandaleux que le MSC refuse de classer le chalutage profond parmi les méthodes de pêche les plus destructrices et de ce fait exclues d’office de leur système de certification.

A quand la fin du greenwashing? A défaut de s’engager dans une démarche sincère d’amélioration de leurs pratiques, les marques, les labels et les industriels s’exposent à un décrochage irréversible de la confiance des citoyens à leur égard.

[1] http://archimer.ifremer.fr/doc/00001/11232/7753.pdf

[2] http://bloomassociation.org/download/Comptes_Scapeche_FR.pdf

[3] www.bluefisheurope.org/fr

[4] www.bloomassociation.org/defendre-lindefendable-comment-les-lobbies-et-leurs-elus-sy-prennent

[5] http://petition.bloomassociation.org

[6] www.bluefisheurope.org/news/press/vers-la-mise-en-place-dune-charte-des-bonnes-pratiques-de-la-pêche-responsable-ségolène

[7] www.bloomassociation.org/intermarche-eco-blanchit-sa-peche-destructrice

[8] www.msc.org/salle-de-presse/communiques/la-scapeche-entre-en-evaluation-msc-pour-sa-pecherie-de-lingue-bleue-de-grenadier-de-roche-et-de-sabre-noir

© Neoplanète

Voir aussi :

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Islande et Féroé : la chasse aux cétacés sous les critiques

Feroe grind 2010

Globicéphales lors du grind de 2010, année où plus de 200 cétacés ont été tués. (Photo : Sea Shepherd / Peter Hammarstedt)

L’Islande a lancé sa saison 2015 de chasse à la baleine, le 28 juin, tandis que plus de 700 000 internautes ont signé une pétition pour la faire cesser. Aux îles Féroé, le « grind », chasse traditionnelle des globicéphales en migration, a commencé début juin. L’ONG Sea Shepherd dénonce sur place cette pratique et la loi poussant à y participer.

En Islande, deux navires baleiniers, Hvalur 8 et Hvalur 9, sont partis le dimanche 28 juin, selon les déclarations à l’AFP du directeur de la station baleinière du Hvalfjördur, Gunnlaugur Gunnlaugsson. Selon lui, aucune prise n’avait encore été faite le lendemain à la mi-journée.

Depuis qu’elle a repris cette chasse en 2006, l’Islande fait partie, avec la Norvège, des deux pays qui refusent le moratoire de la Commission baleinière internationale (CBI) sur la chasse à la baleine à des fins commerciales. Après 137 prises de rorquals communs en 2014, son gouvernement a décrété pour 2015 un quota de 154 prises.

Les Islandais ont aussi un quota de 229 baleines de Minke pour 2014-2015, bien au-dessus des harponnages réussis (24 en 2014). Sur Avaaz.org, une pétition contre cette chasse a dépassé lundi 700 000 signatures, soit l’équivalent de plus de deux fois la population islandaise. Elle vise spécifiquement le gouvernement de Saint-Kitts-et-Nevis, appelant ce pays des Antilles à retirer le pavillon qu’il accorde au Winter Bay, le navire de la société baleinière Hvalur qui transporte la viande de baleine exportée par l’Islande. La demande pour cette viande baisse en Islande comme au Japon, principal débouché à l’export.

Aux Féroé, les touristes contraints de signaler les baleines

Pendant ce temps, aux îles Féroé, les dauphins et baleines sont ciblés lors de la chasse traditionnelle au rabattage, dite le « grind ». Les Féroïens ramènent les globicéphales en cours de migration depuis la mer vers les eaux peu profondes pour les abattre.

Et toute personne qui aperçoit ces cétacés sans les signaler est passible d’être poursuivie en justice, selon l’ONG Sea Shepherd. Les touristes ne respectant pas cette loi encourrent plus de 3 000 euros d’amende et deux ans d’emprisonnement. La marine danoise a cependant indiqué qu’elle ne participerait pas aux signalements ni aux autres activités liées au grind.

La saison 2015 a commencé le 6 juin avec 154 prises de dauphins. L’ONG Sea Shepherd en est à sa 6e campagne aux Féroé, et a amplifié sa présence, avec à la fois le Brigitte Bardot, le Sam Simon et bientôt le Bob Barker. Lundi 29 juin, entre 20 et 30 globicéphales ont été abattus, estime l'ONG.

© Le Marin - l’hebdomadaire de l’économie maritime

Lire aussi sur Sciences et Avenir - http://www.sciencesetavenir.fr/animaux/20150630.OBS1766/islande-debut-de-la-chasse-a-la-baleine-sur-fond-de-protestations.html

Le cobaturage, une activité légale à condition de ne pas devenir Uber-boat !

Alors que les dirigeants français d'Uber ont été mis en examen, Jerôme Heilikmann, responsable de la rubrique juridique d'ActuNautique.com et président de l'association Legisplaisance, s'intéresse au cobaturage...

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Le cobaturage peut se définir comme l'utilisation conjointe et organisée d'un bateau ou navire, par un plaisancier non professionnel et un ou plusieurs tiers passagers, dans le but d’effectuer un trajet commun.

Il procure des avantages individuels (économiser les dépenses de carburant et de maintenance, agrémenter les voyages, développer le lien social) et collectifs.

Le cobaturage est une pratique écocitoyenne et les nouvelles plateformes de mise en relation (cobaturage.fr ou cobaturage.bzh) entre usagers témoignent du dynamisme de l'économie numérique française. Cette pratique a vocation à faire partager les coûts du transport (carburant, assurance, usure navire) entre usagers.

Pour autant, si les médias se sont fait l'écho de l'émergence de ces nouveaux modèles de mobilité chez les plaisanciers, autrement appelés plaisance participative ou collaborative, le terme est parfois utilisé à outrance… et sans nuance.

A force de mélanger les concepts, on en vient à douter de la légalité du cobaturage. Qu'en est-il ?

Le cobaturage ou le covoiturage de la mer

Le cobaturage se développe dans le sillage d'un néologisme désormais très connu qu'est le covoiturage, cité par ailleurs très souvent comme une opportunité de progrès social et écologique. Plusieurs textes de lois (loi sur l'air et l'utilisation rationnelle de l'énergie de 1996, Grenelle de l'environnement en 2009, loi relative à la transition énergétique pour une croissance verte en 2014) ont créé les conditions du développement de cette pratique.

La légalité du covoiturage a été consacrée par la Cour de Cassation dans un arrêt du 12 mai 2013, à condition toutefois qu’il ne soit pas pratiqué dans un but lucratif. Dans le cadre du covoiturage, la participation financière des passagers est donc limitée au partage des coûts.

En revanche, le transport de passagers, sous couvert de covoiturage, réalisé dans un but lucratif est illégal. Il constitue en effet une activité de transport public non autorisée. Les personnes qui s’engageraient dans cette activité, notamment via des sites de mise en relation, s’exposeraient à des sanctions pénales

Le cobaturage est un partage de frais

Lors d'une opération de cobaturage, la participation financière des passagers est limitée au strict partage des coûts. Tout transport de passagers réalisé dans un but lucratif est illégal. Il constitue en effet une activité professionnelle de transport de passagers sur le domaine public maritime non autorisée avec une concurrence déloyale envers les plaisanciers professionnels.

La frontière entre « activité à but lucratif » et « partage des coûts » est mince et, faute de jurisprudence en matière de nautisme, le bon sens doit prévaloir ainsi, on peut considérer que le partage des coûts concerne :

  • Le partage de la caisse de bord
  • Le partage des frais d'essence
  • Sera fonction du temps de navigation

La formule la plus classique consistera donc à diviser le coût du carburant et des frais de bouche.

Lors du cobaturage le plaisancier, propriétaire du bateau, n'est pas un chauffeur.

Le cobaturage est l'utilisation en commun d'un bateau par un plaisancier non professionnel et un ou des passagers majeurs sur un itinéraire ou section d'itinéraire commun.

En d'autres termes il y a cobaturage lorsque le trajet aurait, de toute façon, été réalisé par le plaisancier « à vide ». La logique du cobaturage est d'optimiser le taux d'occupation de son navire lors d'un trajet que l'on aurait entrepris, même seul.

Il n'y a donc pas cobaturage lorsque qu'un plaisancier réalise un trajet spécifiquement pour servir les besoins d'un ou de plusieurs passager(s) comme par exemple une sorte en mer programmée spécifiquement pour percevoir une rémunération de la part du passager, en échange du service rendu.

Les utilisateurs de ces nouvelles plateformes doivent avoir conscience que lorsqu'ils utilisent leur navire pour répondre à des demandes de trajets spécifiques de la part de passagers, tel un transport de passager professionnel, ils exercent une activité à part entière, pour laquelle ils souhaitent être rémunéré, c'est-à-dire réaliser un bénéfice. Cette pratique est illégale et tombe sous le coup de sanctions pénales.

  • Le cobaturage c'est se satisfaire d'une participation aux frais d'un trajet que l'on aurait de toute façon entrepris.
  • Le transport de passagers c'est proposer un service à part entière, à but lucratif, qui consiste à transporter un passager sur un trajet que l'on n'aurait pas entrepris seul.

Pour conclure, si la vraie situation de cobaturage parfaitement légale et vertueuse doit être favorisée, nous recommandons la plus grande vigilance aux utilisateurs de sites de mise en relation pour le cobaturage et appelons l'attention sur le caractère illicite de toute pratique d’un tel site prévoyant une rémunération du plaisancier au-delà du simple partage des coûts.

Jérôme Heilikmann  - © Actu Nautique.com - http://www.actunautique.com/2015/07/juridique-le-cobaturage-une-activite-legale-a-condition-de-ne-pas-devenir-uber-boat.html#

Les mers européennes sont encore loin du bon état écologique

La politique de la mer a échoué dans ses objectifs, mettant en péril la résilience de ce milieu, constate l'Agence européenne de l'environnement. Elle plaide pour une meilleure coordination entre Etats et une approche fondée sur les écosystèmes.

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"La manière dont l'Union européenne utilise les ressources naturelles maritimes n'est pas durable". Cette gestion non durable "menace à terme la productivité de nos mers, et finalement notre bien-être". Après avoir mené, pour la première fois, une évaluation globale de l'état des ressources maritimes européennes, le constat que dresse l'Agence européenne de l'environnement (AEE) est sans appel.

Dans un rapport publié le 24 juin, elle estime que la directive-cadre Stratégie pour le milieu marin (DCSMM), adoptée en 2008, n'a pas atteint ses objectifs, résumés en une formule : "Pour une mer propre, une mer saine, une mer productive". Pour y parvenir, cette stratégie visait une meilleure intégration des différentes politiques de la mer (gestion des pêches, biodiversité, production d'énergie…) et une meilleure prise en compte par celles-ci des enjeux environnementaux. Sept ans après son adoption "les mers européennes peuvent être considérées comme productives, en revanche, elles ne sont ni saines, ni propres", assène l'AEE.

On est donc bien loin de l'objectif de la directive-cadre qui vise un bon état écologique des eaux marines d'ici 2020. En juillet 2014, la Commission européenne alertait déjà sur cette défaillance, alors qu'elle fait de l'économie maritime l'un des moteurs de la croissance européenne. Elle estime de 3 à 5% la part du PIB européen générée par les activités de ce secteur.

Pour l'AEE, plutôt que de lancer de nouvelles politiques, l'Europe doit mettre en œuvre de manière adéquate les politiques existantes et concentrer ses efforts sur l'évaluation des impacts cumulés, la coordination et la gestion des objectifs à l'échelle des mers entières.

La capacité de résilience en péril ?

La liste des dégâts imputés aux activités humaines (pêche, tourisme, transport, extraction de ressources…) est longue : dommages physiques sur les fonds marins, extraction de poissons et de crustacés, introduction d'espèces non indigènes, apport de nutriments conduisant à l'eutrophisation, déchets marins… "L'effet cumulatif combiné de toutes ces pressions sur les écosystèmes marins (…) est un problème de plus en plus complexe et une préoccupation croissante, parce qu'ils conduisent à modifier le fonctionnement de l'écosystème et à réduire sa résilience", notamment face aux changements climatiques.

Des progrès ont été faits par les Etats membres pour limiter certaines pressions, constate l'AEE. Avec des résultats plus ou moins positifs sur les écosystèmes. "Depuis 2007, la pression de la pêche a été ramenée à des niveaux durables (c'est-à-dire rendement maximal durable) pour un nombre croissant de stocks de l'océan Atlantique Nord-Est et de la mer Baltique". Ces meilleures pratiques de pêche ont permis une reconstitution des stocks de poissons. "Cet exemple montre que les mers d'Europe sont encore résilientes et qu'il n'est pas trop tard pour agir et faciliter le rétablissement de l'écosystème marin. Il montre également que les efforts de politique et de gestion peuvent faire une différence importante lorsqu'ils sont correctement mis en œuvre", souligne l'agence.

Cependant, le milieu continue de se dégrader. Si ces trente dernières années, la pollution en nutriments a été réduite "de manière significative dans la mer du Nord et la mer Baltique, (…) l'eutrophisation continue d'être un problème majeur". A cela, s'ajoutent de nouvelles pressions, comme les déchets marins, les contaminations chimiques, le bruit sous-marin, ou des pressions en augmentation : introduction d'espèces exogènes, pressions sur le fonds marin (exploitation minière, énergie offshore…).

Résultat : une perte de biodiversité, une diminution de la taille des populations marines, une perte de l'aire de répartition des espèces marines, ainsi qu'une perte des habitats marins... "Les pertes locales d'espèces individuelles vont affaiblir la structure des écosystèmes et leur fonctionnement, réduisant leur productivité. Si elle est poussée trop loin, cette perte de résilience peut conduire à des changements de régimes écologiques, qui sont des changements soudains dans les écosystèmes. Difficiles à récupérer, ils mettent en péril les services et les avantages associés aux écosystèmes marins", alerte l'AEE.

Mieux connaître pour mieux gérer

L'une des difficultés de la politique maritime européenne est la méconnaissance de l'état de l'environnement marin, à l'issue de l'évaluation initiale par les Etats membres, achevée en 2012. Les données disponibles pour évaluer l'efficacité de cette politique sont "en faible quantité et de mauvaise qualité". Or, "nous avons besoin de ces connaissances afin de mieux gérer notre utilisation du capital naturel de la mer dans le but de maintenir ou de rétablir la santé des écosystèmes". Cela passe notamment par une amélioration de la coopération entre Etats membres partageant une région marine ou une sous-région.

La convention régionale sur la mer Baltique, Helcom, "a montré qu'il est possible de développer une évaluation intégrée à l'échelle régionale, en harmonisant et en combinant des cartes de caractéristiques de l'écosystème avec des cartes de pressions humaines dans une analyse spatiale combinée".

L'harmonisation doit également porter sur les différentes politiques liées à la mer et leurs objectifs respectifs : "bon état écologique" pour la directive cadre stratégie marine et la directive cadre sur l'eau, "état de conservation favorable" pour la directive habitats et "rendement maximal durable" pour la pêche. "Dans le même temps, un certain nombre d'autres objectifs sectoriels existants ne sont pas toujours compatibles avec les objectifs environnementaux. Trouver le point d'équilibre entre l'exploitation / l'utilisation de la mer et la durabilité sera un défi majeur pour les politiques de l'UE dans un avenir proche", note l'AEE.

La gestion écosystémique devrait permettre d'atteindre cet équilibre et l'emporter dans les arbitrages entre des objectifs multiples, à condition de le faire à une échelle pertinente. Jusque-là, "l'installation d'éoliennes offshore pouvait être acceptée dans une zone en échange de l'élargissement d'une aire de protection marine ailleurs. Cependant, ces arbitrages sont à une échelle trop petite pour protéger les écosystèmes". Pour l'AEE, ils devraient se faire mer par mer, au travers de structures de gouvernance partagée.

La mise en œuvre de la DCSMM en France

La France est concernée par quatre sous-régions marines : la Manche-mer du Nord, les mers celtiques, le golfe de Gascogne et la Méditerranée occidentale. En 2014, la Commission jugeait que la France manquait globalement d'ambitions dans la mise en œuvre de cette stratégie. Pour chacune de ces zones, elle a dû réaliser un état des lieux initial, définir le bon état écologique et des objectifs environnementaux associés et élaborer un programme de surveillance. Dernière étape : le programme de mesures pour parvenir au bon état écologique. Les quatre programmes ont été soumis à consultation du public jusqu'au 18 juin, pour une adoption d'ici la fin de l'année.

Sophie Fabrégat - © Tous droits réservés Actu-Environnement - http://www.actu-environnement.com/ae/news/mers-europeennes-bon-etat-ecologique-resilience-echec-24849.php4#xtor=AL-33?utm_source=twitterfeed&utm_medium=facebook

La biodiversité halieutique remonte à la disparition des dinosaures

Cabillaud

Le cabillaud fait partie des téléostéens, groupe de poissons le plus répandu. (Photo : DR)

Les téléostéens – poissons osseux dont le squelette est entièrement ossifié –  représentent 95 % des espèces de poisson. Mais quand sont-ils parvenus à peupler en si grand nombre les océans ?

C’est la question de départ d’une étude publiée par des paléontologues américains dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. Plutôt que d’utiliser les fossiles de poissons, les chercheurs ont analysé des sédiments marins prélevés dans les grands fonds en six endroits du globe. Ils ont comparé les fossiles de dents de téléostéens avec ceux d’un autre groupe important de poisson, les requins.

Leurs calculs montrent que ceux-ci étaient les plus nombreux à la fin du Crétacé, dernière période de l’ère mésozoïque, il y a 66 millions d’années – l’époque pendant laquelle ont disparu les dinosaures, ammonites et autres reptiles marins. Un véritable tournant : le nombre de requins, espèce qui a survécu à cette grande extinction, est resté stable, tandis que la population et la diversité de téléostéens ont littéralement explosé.

Conclusion des paléontologues : l’extinction des ammonites – mollusques qui devaient être en compétition avec le poisson pour la nourriture – a permis aux téléostéens d’avoir accès à « de nouvelles niches écologiques », lançant ce qu’ils appellent « un nouvel âge du poisson ».

© Le Marin - l’hebdomadaire de l’économie maritime

Pêche illicite : la Thaïlande réforme sa pêche au forceps

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Le principal marché des produits de la mer de Thaïlande, Mahachai, où la main-d’œuvre est largement composée de migrants venus de Birmanie. Les conditions de travail proches de l’esclavage en Thaïlande sont régulièrement dénoncées par les ONG. (Photo : Environmental Justice Foundation)

La fermeté de Bruxelles est-elle en train de payer ? Il semblerait en tout cas que le gouvernement thaïlandais mette tout en œuvre pour échapper aux sanctions promises par la Commission européenne. Celle-ci avait lancé le 21 avril un avertissement à Bangkok en lui attribuant un « carton jaune » pour ses « défaillances » dans la lutte contre la pêche illicite, non-déclarée et non-réglementée (INN).

Karmenu Vella, commissaire européen à la Pêche, avait menacé d’attribuer un carton rouge à la Thaïlande si elle ne se conformait pas aux obligations en la matière en mettant en place « un plan d’action correctif ». En gros, de lui interdire l’accès de ses produits de la pêche au marché européen. Une décision similaire avait frappé l’année dernière le Cambodge, la Guinée et le Sri Lanka.

L’exportation des produits de la pêche, en particulier de thon, de surimi et de crevette, dans l’Union européenne atteignait la somme de 642 millions d’euros en 2014 en Thaïlande. Cela représente 3 à 5 % des exportations thaïlandaises. Pas vital donc, mais un « carton rouge » serait catastrophique en termes d’image.

3 000 bateaux interdits de mer

D’où la hâte de la junte militaire au pouvoir depuis 2014 pour mettre au pas un secteur accusé à de nombreuses reprises de s’adonner à la pêche illégale et à l’esclavage. La Thaïlande, qui doit avoir mis en place ce plan d’action d’ici à octobre, possède désormais un contrôle plus strict des bateaux, avec des vérifications à l’entrée et à la sortie des ports.

Selon les dernières données, la marine thaïlandaise a répertorié 21 000 navires de pêche et 7 000 non-enregistrés. Et ce mercredi 1er juillet, 3 000 bateaux en délicatesse avec le règlement ont été empêchés de prendre la mer, selon le représentant d’une importante association d’industriels.

« Trop peu de temps »

Dans les ports thaïlandais, cette réforme au forceps fait tousser. Les pêcheurs déplorent avoir « trop peu de temps » pour se plier « à trop de règles », comme l’affirme anonymement un armateur à l’AFP. Certains n’ont pas pu s’enregistrer à temps et ont peur de rester sur le carreau.

Des ONG restent sceptiques face à ce ménage accompli par Bangkok. Cette mise en place à la hâte serait même contre-productive. Sans quota strict du nombre de navires autorisés à pêcher, « il y a un risque que soient régularisés plus de bateaux que les eaux thaïlandaises ne peuvent en supporter », selon Environmental Justice Foundation.

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Quotas 2016 : la sole du golfe de Gascogne préconisée à la baisse

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Les pêcheurs ont obtenu l’an dernier le maintien de leur quota de sole dans le golfe de Gascogne. Mais il faudra à nouveau argumenter dur pour 2016.(Photo : Lionel Flageul)

Les scientifiques du CIEM ont publié ce mardi 30 juin certains de leurs avis pour les quotas 2016 dans le golfe de Gascogne, la mer Celtique et la mer du Nord. Soit une multitude d’avis, classés par espèce et zone, en anglais et langage scientifique… Décryptage sur deux espèces choisies : la sole du golfe, importante pour les chiffres d’affaires, et le merlu qui pèse lourd dans les captures.

Ainsi, pour la sole du golfe de Gascogne nord et centre (zones VIIIa,b), après 3 800 tonnes de quota en 2015, le CIEM estime qu’en 2016 avec l’approche RMD, le quota serait seulement de 2 393 tonnes (-37 %). Mais l’approche de précaution autoriserait 3 698 tonnes (-3 %). D’autres options sont passées en revue. Ce n’est pas vraiment une surprise, car l’an dernier déjà, une baisse substantielle était préconisée, que les pêcheurs ont pu éviter en mettant en avant les conséquences socio-économiques, en prônant une approche plus progressive vers le RMD. Ce sera de nouveau l’un des enjeux du conseil des ministres de décembre.

Et le merlu…

Pour le merlu du nord (mer du Nord, mer Celtique, nord du golfe de Gascogne, soit les zones IV, VI, VII, IIIa, VIIIa, b, d), le CIEM évalue qu’en 2015 on aura capturé 124 467 tonnes dont 15 837 tonnes rejetées et 105 877 tonnes débarquées. Il suggère pour 2016 un total inférieur : 109 592 tonnes dont 96 651 tonnes de captures intentionnelles et 12 941 tonnes de captures indésirables (ex-rejets). Ce merlu se porte bien. Le stock de reproducteurs a fortement augmenté depuis 2006 et a dépassé son niveau historique, suite à de forts recrutements en 2012 et 2013.

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Bar : l’avis scientifique 2015 confirme le déclin du stock nord

Bar stock nord 1

Captures, recrutement, mortalité par pêche et biomasse de reproducteurs, bar de la zone nord. (CIEM)

Alors que le bar de la zone nord fait l’objet d’une succession de mesures d’urgence depuis janvier, l’avis annuel des scientifiques du CIEM sur cette espèce était particulièrement attendu. Publié ce mardi 30 juin, il confirme les fortes inquiétudes pour ce stock, avec des recrutements de juvéniles toujours très faibles, comme depuis 2008.

Et le stock de reproducteurs, en rapide déclin, est passé sous la « ligne rouge » en 2015, seuil de déclenchement de mesures de sauvegarde. Même avec des captures commerciales à la baisse en 2014 (le mauvais temps avait perturbé la pêche pélagique), atteignant 2 682 tonnes, et des captures 2015 probablement au même niveau (chalut pélagique limité par mesure d’urgence), les prélèvements restent largement au-dessus du niveau permettant le RMD (rendement maximal durable). Et, à court terme, le CIEM prédit déjà que la biomasse va décliner.

« Il est urgent de développer un plan de gestion et de mettre en œuvre des mesures pour réduire sensiblement la mortalité par pêche sur toute la gamme du stock », rappelle le CIEM. Cette espèce n’est pas sous quota, mais, pour indication, l’approche RMD impliquerait de limiter les débarquements (pêche commerciale et récréative confondues) à 541 tonnes en 2016. Cette zone nord concerne la mer du Nord (centre et sud), la mer d’Irlande, la Manche et la mer Celtique (zones IVb,c, VIIa, VIId-h).

Voir l'avis du CIEM sur le bar, stock nord : http://www.ices.dk/sites/pub/Publication%20Reports/Advice/2015/2015/Bss-47.pdf

Biomasse en hausse dans le golfe de Gascogne

Plus au sud, le bar semble heureusement mieux se porter. Dans le golfe de Gascogne nord et centre (zones VIIIa, b), la biomasse paraît à la hausse depuis le milieu des années 2000, et les captures commerciales sont relativement stables. Mais l’incertitude implique l’approche de précaution. Le CIEM suggère que les captures commerciales ne dépassent pas 2 634 tonnes en 2016 comme en 2017, contre 2 991 tonnes pêchées en 2014.

Dans le sud du golfe de Gascogne et les eaux ibériques (zones VIIIc et IXa), la méconnaissance totale de l’état du stock et donc l’approche de précaution impliqueraient de limiter les captures commerciales à 598 tonnes en 2016 et 2017. Elles sont évaluées à 917 tonnes en 2014. Inconnues, les captures des plaisanciers sont sans doute significatives.

Enfin, à l’ouest de l’Écosse et de l’Irlande (zones VIa, VIIb et VIIj), un moratoire sur les captures commerciales est en vigueur depuis 1990, et la pêche récréative est limitée (deux poissons par jour de 40 cm au minimum avec fermeture de mi-mai à mi-juin). Les captures 2014 avoisinent ainsi seulement 2 tonnes. Ce stock de bar étant méconnu, le CIEM préconise de rester sur ces tendances et de ne pas dépasser 5 tonnes par an.

Sources : ciem, ices, bar, quotas, environnement, pêche, halieutique et biologie marine

© Le Marin - l’hebdomadaire de l’économie maritime

Voir aussi l'enquête menée par les pêcheurs de loisirs : Marins chercheurs ra sultats interma diaires 2015 version finale 2Marins chercheurs resultats intermediaires 2015 version finale 2 (2.38 Mo)

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