News du 19 janvier 2015

Quotas 2015 : une série à rebondissements

Le guilvinec

Quotas de pêche 2015 : un compromis "équilibré" selon la France.

Le 17/12/2014, Le conseil des ministres européens chargés de la Pêche est arrivé, dans la soirée du mardi 16 décembre, à un accord sur les Totaux autorisés de capture pour l’année 2015. Un horaire pas trop tardif, par rapport à certaines années qui voyaient les négociations s’éterniser jusque très tard dans la nuit ou au petit matin, mais un accord un peu plus difficile à trouver que l’an dernier.

Ce marchandage de fin d’année était le premier depuis l’adoption de la nouvelle politique commune de la pêche (PCP), qui impose d’arriver, d’ici 2020, à un niveau d’exploitation des stocks qui assure le rendement maximal durable (RMD, MSY en anglais). C’était aussi le premier conseil Tac et quotas pour le nouveau commissaire chargé de la Pêche, le Maltais Karmenu VELLA, comme pour le nouveau secrétaire d’État français chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, Alain VIDALIES.

Ce dernier a qualifié, dans un communiqué, l’accord trouvé par les 28 États membres "d’équilibré", notamment puisqu’il "permet de garantir l’exploitation durable et responsable des ressources, tout en préservant la durabilité économique du secteur".

Ainsi, pour le stock le plus emblématique, celui de la sole en Manche-est, le Conseil a limité la baisse à 28 %, au lieu des 60 % proposés par la Commission. Avec 3 438 tonnes au lieu de 4 838, la coupe est sévère (les pêcheurs auraient voulu la limiter à 20 %) mais moins insupportable qu’au départ.

Cet assouplissement n’a cependant été possible qu’à une condition, comme le rappelle le Comité national des pêches maritimes (CNPM) dans un communiqué. La France est en effet arrivée à Bruxelles avec une série de propositions de mesures de gestion, qui avaient été discutées au sein du CNPM et avec les organisations de producteurs, et qui seront prochainement reprises dans un arrêté.

La même démarche a été effectuée pour les stocks d’églefin et de cabillaud de mer Celtique, zone dans laquelle la maille carrée vient d’être portée de 100 à 120 mm. Résultat : des diminutions de 12 et de 26 % au lieu de 41 et 64 %.

Ces trois cas exceptés, les pêcheurs français sortent plutôt satisfaits de ce conseil, notamment ceux du golfe de Gascogne, épargnés par les baisses de quotas. Ils n’ont pas encore obtenu satisfaction sur le dossier de la raie brunette, dont la pêche est interdite depuis 2009, mais ils ont obtenu que leurs propositions soient examinées dès le début de l’année.

Quant à la gestion du bar, elle devrait aussi revenir sur le tapis au début 2015. Les Britanniques et les pêcheurs plaisanciers, qui ont toujours la pêche pélagique dans le viseur, auraient voulu une décision dès ce conseil.

Anglais en france

Bar : le Royaume Uni demande des mesures d’urgence contre les pélagiques.

Le 22/12/2014, non tranchée au Conseil des tacs et quotas, la question de la pêche du bar revient encore plus vite que prévu sur le tapis. Le Royaume-Uni a demandé officiellement à la Commission européenne, le vendredi 19 décembre, des mesures d’urgence pour protéger le stock de bar, en bloquant la pêche par les pêcheries pélagiques cet hiver.

Le ministre anglais s’appuie sur l’article 12 de la PCP (politique commune de la pêche), qui prévoit que la Commission puisse, "en cas de menace grave pour les ressources biologiques", adopter des actes d’exécution immédiatement applicables pour une durée de six mois, renouvelables une fois. Elle peut prendre ce type de mesures de son initiative ou sur demande motivée d’un État membre.

Les États membres concernés – en l’occurrence la France, la pêche pélagique au bar étant une spécialité hexagonale – ont alors sept jours ouvrables pour répondre. Ce qui en cette période de fêtes, avec les jours fériés, amène au 2 janvier ! "Cette demande n'est pas très fair-play alors que c'est la trêve des confiseurs !" commente un responsable professionnel, alors qu’il avait été convenu de poursuivre les discussions en janvier. Le Comité national des pêches (CNPMEM) et les fédérations d’organisations de producteurs Anop et Fédopa se sont entretenus dans l’urgence ce lundi 22 décembre avec la DPMA (direction de la pêche maritime et de l’aquaculture), en visioconférence. La Commission européenne dispose quant à elle de 15 jours après avoir été saisie de la demande, soit seulement jusqu’au 8 janvier, pour annoncer sa décision.

La menace est à prendre très au sérieux, et pas seulement pour les pêcheries pélagiques, bien conscientes du danger. Car des mesures ne touchant que ces pêcheries ne suffiraient même pas à atteindre le RMD (rendement maximum durable) en 2015 pour le bar : il faudrait pour cela, selon le Ciem, diminuer de 60 % la mortalité par pêche et de 70 % les captures. Les pélagiques en représentent environ 30 %, tout comme les pêcheurs de loisir, les autres métiers constituant le reste des prises (ligne, chalut de fond, filet, etc.). Au final les mesures d’urgence se retourneraient donc probablement aussi contre les plaisanciers qui les ont réclamées.

La France a récemment soumis un ensemble de mesures de gestion pour limiter la pression de pêche sur le bar, dans une volonté d'équilibrer les efforts entre flottilles. Pour Les Pêcheurs de Bretagne, la pêche pélagique au bar concerne une trentaine de navires qui réalisent environ 40 % de leur chiffre d’affaires sur cette espèce.

Chalutier pelagique

Bar : la flottille pélagique dénonce "une mesure discriminatoire".

Le 16/01/2015, les 21 paires de chalutiers pélagiques en France étaient quasiment toutes représentées ce vendredi matin, à La Turballe, pour dire leur indignation face à la fermeture de la pêche au bar voulue par la Commission européenne, dont cette pêcherie est la seule cible.

Les pêcheurs sont venus de Cherbourg, Lorient et Saint-Gilles-Croix-de-Vie rejoindre le gros de la flottille : La Turballe concentre 10 paires.

Cette flottille pélagique interrégionale dénonce "une mesure discriminatoire, politique et non halieutique" et rappelle sa proposition : limiter la pêche du bar à 40 jours de mer, ce qui correspond à une réduction de 40 % de l’effort de pêche, et augmenter la taille minimale de capture à 40 cm. Le collectif pélagique propose en dernier recours, afin de préserver l’espèce bar, que cette fermeture de janvier jusqu’au 30 avril 2015 soit étendue à toutes les pratiques capturant du bar".

Quant au couperet officiel, nul ne sait quand il tombera, sans doute d’ici le 21 janvier, date à laquelle la Commission doit avoir répondu à la demande du Royaume-Uni, et date à laquelle la mesure prendrait alors effet. Mais la réunion à Bruxelles ce vendredi après-midi n’était que consultative (1).

L’interdiction concernerait une vaste zone nord, incluant toute la Manche, la mer Celtique, la mer d’Irlande et le sud de la mer du Nord. Il devrait y avoir d’autres mesures décidées d’ici un mois concernant les autres métiers, et les plaisanciers.

Les réactions sont vives. "C’est anormal qu’une seule pêcherie soit ciblée, alors qu’il y avait un accord pour répartir l’effort, rien n’a été pris en compte, dénonce Jean-François Thobie, président de l’association professionnelle pélagique, qui représente les Turballais. Les bateaux passent au moins trois mois en Manche, jusque mi-avril, le bar représente près de 30 % du chiffre d’affaires annuel. Sur quoi se reporter ? La sole et le maquereau, c’est compliqué car les quotas manquent, et le merlu, on sait bien que les prix chutent dès qu’on en pêche beaucoup. Et cette décision n’est pas justifiée scientifiquement, les études montrent qu’on manque de données sur le bar. On subit la pression politique de la part des plaisanciers. Il aurait été plus logique de mettre d’abord un Tac sur le bar, ce qui a été demandé par la France, mais les autres pays n’avaient pas voulu suivre". La France avait alors mis en place, en 2010, une licence professionnelle au bar pour maîtriser l’effort de la pêche.

José JOUNEAU, président du comité des pêches des Pays de la Loire (13 paires de pélagiques), dénonce une décision "inéquitable" et prévient : "Très clairement, on cible une pratique, les pélagiques se sentent trahis. Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, les reports de pêcherie auront des conséquences pour d’autres flottilles. D’ailleurs, la pêcherie pélagique du bar en Manche s’est accentuée avec la fermeture de l’anchois. Une approche halieutique simple ne suffit pas, il faut prendre en compte les effets domino".

Olivier Le NEZET, président du comité des pêches de Bretagne, ne décolère pas. Il fait "un constat dramatique : la Commission n’est pas capable de gérer la ressource. Alors que les ministres avaient en décembre un accord de principe pour prendre des mesures de gestion dès janvier, la demande du Royaume-Uni est une trahison. C’est scandaleux, malhonnête. On ne peut pas accepter ça. C’est facile d’interdire plutôt que de gérer et encadrer. C’est un échec total de la Commission, un scandale politique. S’il y a possibilité de faire des recours, nous le ferons. On ne s’arrêtera pas là".

(1) Réunion du comité de la pêche et de l’aquaculture, instance qui réunit les représentants des ministres de la Pêche et les représentants permanents des États membres auprès de l’Union européenne.

Ligneur de bretagne

Les ligneurs bretons, une voix discordante sur le bar.

Le 19/01/2015, l’association des ligneurs de la pointe de Bretagne vient de faire entendre sa voix dans le dossier du bar. Sans grande surprise, elle diffère beaucoup de celle de la plupart des organisations professionnelles (comités des pêches et organisations de producteurs).

Dans un communiqué, l’association rappelle que l’interdiction faite par la Commission européenne aux chalutiers pélagiques de pêcher le bar en Manche laisse "toute une profession sous le choc (…). Cette mesure d’interdiction prise dans l’urgence ne constitue que la première salve d’une série de mesures, dont on sait qu’elles vont être douloureuses pour toutes les parties prenantes".

"C’est dommage qu’on en arrive à ce que l’Europe décide pour les Français, indique Gwen PENNARUN, le Bigouden président de l’association, qui a toujours dénoncé la pêche sur les frayères. Mais cela fait des années qu’on alerte sans être écoutés. De notre côté, comme les plaisanciers et d’autres métiers, on s’impose un arrêt biologique du 15 février au 15 mars".

S’ils déplorent ce "fiasco" dans la gestion du bar, les ligneurs l’imputent à la politique menée depuis 1995 et au fait que "les représentants du secteur le plus productiviste des pêches professionnelles ont phagocyté les instances décisionnelles".

A suivre dans la prochaine newsletter

 

Ajouter un commentaire