Une pouponnière de requins marteaux découverte aux Galápagos

Depuis des millions d'années, les requins marteaux (Sphyrna mokarran) bébés grandissent dans une pouponnière naturelle protégée par la mangrove et les récifs dans l'archipel équatorien des Galápagos, à l'abri des humains.

Bios 34742© Yves LEFEVRE / Biosphoto

En novembre 2017, des biologistes ont découvert leur cachette, qui pourrait être un des derniers secrets de ce sanctuaire situé à 1.000 km à l'ouest de l'Amérique du Sud.

"C'est par hasard que nous avons trouvé cette pouponnière naturelle pour les requins marteaux nouveau-nés, une espèce fortement menacée. C'est un site unique, qui présente un grand intérêt pour leur conservation", explique à l'AFP le biologiste Eduardo Espinoza, responsable de la surveillance des écosystèmes marins du Parc national des Galápagos.

Ces animaux ont en effet été placés dans la catégorie "En danger" par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

Des animaux marqués pour être suivis à la trace

Espinoza et son équipe se sont à nouveau rendus en barque sur le site, au nord-ouest de l'île de Santa Cruz (une des principales de l'archipel), au cours d'une nouvelle expédition destinée à relever des données et placer des balises sur les petits squales afin de pouvoir suivre leurs traces.

Après avoir navigué sur des eaux turquoises, les scientifiques ont pu rencontrer des dizaines de petits requins de couleur argentée et au museau aplati - avec un œil à chaque extrémité - nageant paisiblement parmi d'autres poissons à la recherche de crustacés, la nourriture de leurs premières années.

"Les femelles viennent mettre à bas et repartent. Leur progéniture trouve ici de quoi se nourrir et est protégée, car les récifs bloquent l'accès aux grands prédateurs", explique Eduardo Espinoza.

Au bout d'un an ou deux, lorsqu'ils grandissent et ont besoin de s'alimenter davantage les requins sortent en pleine mer et migrent parfois à des milliers de kilomètres. Ils sont alors des colosses pouvant atteindre les deux mètres et demi et vivre jusqu'à 50 ans.

Lors de cette expédition, les chercheurs ont pu mesurer, peser, déterminer le sexe et implanter une puce sur l'aileron des squales. Ils ont ensuite été remis à l'eau avec délicatesse, une main sous la tête et l'autre sous la queue, ils ont été ranimés en leur faisant onduler le corps jusqu'à ce qu'ils se mettent à nager eux-mêmes.

Ils ne peuvent pas rester à l'extérieur plus de deux minutes car ils ont besoin d'un flux constant d'eau pour ne pas mourir. "C'est comme un arrêt au stand de formule 1", explique le biologiste.

L'Équateur est en train de faire "un effort titanesque" pour la conservation des requins

Pour sauver le requin marteau, également menacé par sa croissance lente et sa faible capacité de reproduction, l'Équateur a créé en mars 2016 une protection supplémentaire, un sanctuaire de 38.000 km2 totalement interdite à la pêche et situé au nord de l'archipel, entre les îles de Darwin et Wolf.

C'est la zone qui possède la biomasse de requins la plus élevée du monde. Selon José Marin, biologiste de la fondation Charles Darwin, une ONG scientifique internationale, l'Équateur est en train de faire "un effort titanesque" en matière de conservation de requins, dont les ailerons sont très prisés en Asie. "Ces études, parfois à l'aide de satellites, peuvent nous alerter sur les lieux de pêche des requins, lorsqu'ils sortent de la réserve marine, permettant ainsi de prévenir d'autres pays afin que nous puissions nous y mettre à plusieurs pour les protéger davantage", explique-t-il à l'AFP.

En août 2017, un bateau battant pavillon chinois a été arraisonné dans la réserve marine des Galápagos avec quelques 300 tonnes de pêche, dont des requins marteaux. Le capitaine et ses adjoints ont été condamnés à trois ans de prison.

© AFP / Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/animaux-marins/une-pouponniere-de-requins-marteaux-decouverte-aux-galapagos_120296

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