Pêche électrique : la Commission européenne aurait manipulé des conclusions scientifiques

Selon l’association Bloom, la Commission européenne aurait manipulé en 2006 des conclusions scientifiques pour légaliser la pêche par chalut électrique.

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La pêche électrique consiste à faire passer un courant de 10 volts dans les chaînes situées le long du chalut. © Reuters

Dans un courrier commun, une dizaine d'ONG spécialisées dans la défense des océans et des organismes y vivant demandent à Karmenu Vella, le Commissaire européen à l'environnement, aux affaires maritimes et à la pêche, de renoncer à autoriser la pêche par chalut électrique.

Selon un texte législatif qui doit être voté par le Parlement européen en séance plénière le 16 janvier prochain, 5% de la flotte de chaque Etat membre serait autorisé à utiliser cette technique décriée. Si les ONG entament une telle démarche, c'est parce qu'elles considèrent avoir la preuve que le précédent règlement de 2006 autorisant l'expérimentation de ce type de pêche s'appuyait sur un avis scientifique supposé favorable, alors qu'il y était opposé !

En 2006, saisie d'une demande des autorités hollandaises, la Commission avait en effet demandé un avis circonstancié au Comité scientifique, technique et économique des pêches (CSETP) une instance chargée de conseiller l'Europe sur ces questions.

La pêche électrique consiste à faire passer un courant de 10 volts dans les chaînes situées le long du chalut. L'électricité contraint soles et plies à sortir de leur couche protectrice de sédiment ce qui rend le passage de l'engin de pêche plus efficace et la productivité bien meilleure. Le chalut n'a ainsi plus besoin de labourer en profondeur le benthos ce qui réduit les consommations d'énergie. Mais elle a aussi des conséquences fatales pour bon nombre d'organismes marins non ciblés et cette méthode était donc interdite.

Pour les Hollandais, la pêche électrique a des atouts écologiques et économiques

Les Hollandais insistent cependant pour qu'on autorise une expérimentation. L'IMARES, organisme scientifique hollandais équivalent à l'IFREMER français plaide que de nouvelles zones de pêche peuvent être exploitées, les pêcheurs pouvant par ailleurs choisir de sortir uniquement quand les conditions météo sont favorables.

Le 21 décembre 2006, la Commission accorde une autorisation d'expérimentation de cette technique pour cinq bateaux hollandais. Mais les résultats sont tellement prometteurs que près de 80 chalutiers ont adopté la technique sans se préoccuper de Bruxelles. La proposition législative que le Parlement doit voter lundi prochain est destinée à légaliser ces bateaux.

La décision de 2006 a été prise "à la lumière de l'avis du CSETP" une affirmation que jusqu'ici personne n'avait songé à vérifier. L'association Bloom est allée gratter jusqu'à la page 58 du 23e rapport du CSETP publié début novembre 2006 pour tomber sur l'avis scientifique justifiant la décision de la Commission.

Entre une expertise sur la consommation en poisson du phoque gris et la gestion des pêcheries mixtes, paraît en effet un court texte sur la question…. Qui n'est pas du tout favorable à la pêche électrique!

Les travaux du Conseil international sur l'exploration de la mer (CIEM), l'organe scientifique en charge de l'évaluation des stocks de poisson en Europe doute de la sélectivité de cette méthode de pêche et son impact sur les organismes vivant dans les sédiments est alors inconnu. Les dégâts causés sur les morues sont bien répertoriés. Le CIEM conclut qu'il y a des indices que cet équipement blesse des espèces non ciblées. Le CSEPT en tire toutes les conséquences en recommandant que "le chalut dans sa forme actuelle ne devrait pas être proposé à un niveau commercial". C'est donc à la lumière de cet avis négatif que la Commission a décidé malgré tout d'en ouvrir l'expérimentation.

Que fera, douze ans plus tard, le Parlement européen ? Le vote mardi 16 janvier 2018 décidera du développement ou d'un enterrement d'une technique rejetée par les pêcheurs français et désapprouvées par les halieutes les plus pointus.

Ainsi, les scientifiques réunis début novembre à Saint-Malo pour le "symposium triennal sur les poissons plats" restent très circonspects. "La tendance est de développer une pêche plus sélective et respectueuse de l'environnement plutôt que d'en augmenter la productivité", note Olivier Le Pape, halieute à Agrocampus Ouest (Rennes) et co-organisateur du symposium.

Loïc CHAUVEAU - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/mers-et-oceans/la-commission-europeenne-aurait-elle-manipule-la-science_119693

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