Les microbes traversent les océans !

Légers et résistants, champignons et microorganismes terrestres traversent les océans pour se disperser sur tous les continents. Pour la première fois, cette diffusion à grande échelle vient d’être mise en évidence.

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Le navire de l'expédition Malaspina. © Joan Costa

En décembre 2010, l'expédition Malaspina part du port de Cadix (Espagne). Ce bateau scientifique doit accomplir un tour de la terre complet en prélevant des échantillons d'eau de mer et d'air au-dessus des masses océaniques.

Sept ans plus tard, paraît dans Nature communications les résultats des analyses des prélèvements atmosphériques. Ils font apparaître une densité non négligeable d'organismes terrestres en train de franchir les mers. L'équipe scientifique franco-espagnole a dénombré pas moins de 67.000 prokaryotes (organismes unicellulaires sans noyau comme les bactéries) et 32.000 eukaryotes (animaux ayant des cellules à noyau) par m3 d'air!

C'est certes beaucoup moins que sur terre où chaque m3 d'air contient 180.000 bactéries et 240.000 spores de champignons, mais ces teneurs surprennent dans la mesure où il était généralement admis que l'air au-dessus des océans était pauvre en vie.

Comment les espèces se dispersent-elles?

Les chercheurs ont procédé à des analyses génétiques qui ont montré qu’un quart des microbes étaient d’origine marine, 42% issus des milieux terrestres et les 24% restant ne pouvant être déterminés.

Dans l’Atlantique sud et l’océan Indien, plus de la moitié des micro-organismes étaient même d’origine terrestre ou indéterminée. C’est dans l’Atlantique nord et le Pacifique est que les teneurs en organismes vivants ont été les plus importantes, principalement par le fait que ces régions océaniques sont affectées par les poussières en provenance du Sahara.

Le nombre de microbes diminue au fur et à mesure que l’on s’éloigne des côtes, mais on trouve encore des organismes terrestres à plus de 4000 kilomètres de la terre la plus proche. Autre enseignement : les îles servent d’étapes, les teneurs en eukaryotes et prokaryotes étant plus importantes à leur approche.

Cette découverte ouvre la voie à de nombreuses questions. La première, c’est celle des voies de dispersion des organismes à la surface de la planète. Y-a-t-il des chemins préférentiels? Et des espèces plus voyageuses que d’autres? Les mycologues savent déjà que les spores sont capables de parcourir de très longues distances. De très nombreuses espèces de champignons poussent en effet partout dans le monde y compris dans des îles très éloignées.

La seconde concerne le rôle joué par les îles pour favoriser les dispersions. Et enfin, les climatologues vont désormais se poser la question du rôle de ces très nombreux microbes dans la formation des nuages au-dessus des océans.

Loïc CHAUVEAU – © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/des-microbes-terrestres-reperes-au-dessus-des-oceans_117568

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