Pour l’instant, les atolls du Pacifique résistent à la montée des eaux

En dépit de la montée du niveau des mers de 3,4 mm par an, les archipels du Pacifique les plus menacés ne perdent ni en surface, ni en hauteur. Est-ce à dire que le discours maintes fois répétés de l’Alliance des petits États îliens sur la probable submersion de leurs terres est faux ? Non, mais la réalité est évidemment plus complexe.

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L’atoll de Tetiaroa, dans les îles du Vent, en Polynésie française. © Virginie DUVAT

Ce n’est qu’à partir de 2010 que des chercheurs ont entrepris de vérifier l’érosion des atolls. Il a fallu pour cela comparer les images aériennes prises à différentes dates. “Des survols de ces terres sont régulièrement effectués depuis les années 50 et la comparaison des photos prises dans le passé avec les images satellite d’aujourd’hui nous permettent d’avoir une évolution sur soixante-dix ans des littoraux”, explique Virginie Duvat, géographe à l’université de La Rochelle qui vient de publier fin septembre une étude dans Global and Planetary Change sur quatre atolls des Tuamotu dans la Polynésie française.

Les îles coralliennes n’ont connu aucune contraction

L’article conclut que sur 111 îles éloignées 77 % sont stables, 15 % sont en expansion et 8 % en régression. Un résultat en droite ligne avec les observations qui s’amoncellent ces cinq dernières années. “Nous avons actuellement des données pour environ 400 îles du Pacifique (Marshall, Kiribati, Tuvalu, États fédérés de Micronésie, Tuamotu…), et 200 de l’océan Indien (Maldives et Chagos), affirme Virginie Duvat. Les résultats obtenus pour le Pacifique sont unanimes : les îles coralliennes n’ont connu au cours des cinquante à cent dernières années aucune contraction qui pourrait annoncer leur prochaine disparition.” Globalement, 73 % ont maintenu leur surface, 19 % ont connu une extension et 8 % une contraction.

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En bleu, le trait de côte en 1950, en rouge aujourd'hui, pour trois atolls des Tuamotu. © Virginie DUVAT

Et pourtant la mer monte ! Au Tuvalu, le niveau a grimpé de 30 cm depuis 1950 et pourtant aucune île de cet archipel n’est en régression. À l’inverse, l’atoll Huvadhoo, aux Maldives dans l'océan Indien, est en régression alors que dans cette région maritime, la hausse de la mer n’est que de 7 cm. Qu’est ce qui explique que des endroits soient plus résistants que d’autres ?  Vraisemblablement la capacité de ces terres à se recharger en sédiments. Les atolls sont en effet nourris de concrétions de coraux morts.

Ce sont ces apports réguliers en calcaire qui maintiennent ces terres émergées. “Sur les Tuamotu, nous avons même pu comparer les surfaces avant et après le passage d’un cyclone, notamment sur un événement datant de 1983, raconte Virginie Duvat. Et l’on constate que si à des endroits le littoral a été fortement érodé par la tempête, en d’autres lieux on constate des dépôts très importants ce qui signifie qu’il n’y a eu qu’un déplacement des sédiments.”

Repenser les aménagements humains

Jusqu’à présent donc, les apports en matériaux calcaires compensent la hausse du niveau des mers. Ces constats ne valent cependant que pour les soixante-dix dernières années. Personne ne sait comment d’ici à la fin du siècle évolueront les îles qui restent sous une double menace : le blanchiment et la mort des récifs coralliens pourraient réduire les apports en sédiments, et la montée des eaux reste un problème crucial surtout si rien n’est fait pour limiter la hausse des températures.

Les chercheurs rappellent par ailleurs que les sédiments doivent pouvoir se déposer naturellement sans obstacles. “Or, les îles qui ont le plus de problème d’érosion sont celles où le transfert des matériaux de la mer vers la terre est bloqué par des digues, des aménagements en béton, des maisons”, prévient Virginie Duvat.

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Au Kiribati, une digue empêche la recharge en sédiments. © Virginie DUVAT

Les États îliens sont bien victimes du réchauffement global dans lequel ils ont très peu de responsabilité. Malgré tout, une part des tâches à mener pour lutter contre ses conséquences leur incombe.

Les petites îles vont en effet devoir réfléchir à un aménagement différent des villes et des structures, et adopter notamment les constructions sur pilotis, qui n’entravent pas la recharge des terres.

Loïc CHAUVEAU - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/les-petits-atolls-du-pacifique-resistent-a-la-montee-de-l-ocean_118008

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