Quotas de thons : les liens entre pêcheurs et scientifiques se renforcent… mais

La commission thonière de l’Atlantique vient de rendre son verdict sur les quotas de thons rouges et tropicaux. Des décisions qui s’appuient de plus en plus sur l’expertise scientifique et consacre la collaboration entre le monde des pêcheurs et celui de la recherche qui se sont beaucoup affrontés. Mais, la remontée des quotas ne satisfait cependant personne.

Cover r4x3w1000 5a183ae9f2b27

La commission thonière de l’Atlantique a décidé de relever les quotas de pêche du thon rouge. ©Koichiro Numata/AP/SIPA

Réunie à Marrakech, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l'Atlantique (CICTA) vient de décider le 22 novembre des quotas de pêche du thon rouge de Méditerranée, des thons albacore et obèse de l'Atlantique nord, de l'espadon et du requin peau bleue. Sur l'espèce emblématique du thon rouge, la commission a décidé de relever les quotas de pêche à 28 000 tonnes en 2018 avec une perspective de remontée à 36 000 tonnes d'ici 2020. C'est trois fois plus qu'au début de la décennie !

W453 85759 thon

Historique des quotas de thons ces dix dernières années. © WWF.

Ces autorisations de capture consacrent l’efficacité des mesures prises pour protéger l’espèce.

La remontée des quotas ne satisfait cependant personne

Selon le WWF, elle est beaucoup trop rapide. «Nous nous sommes battus ces dix dernières années pour sauver le thon rouge de l’Atlantique et nous approchons de la complète restauration des populations de cette espèce, estime ainsi Théa Jacob, chargée de programme pêche durable et mammifères marins.

C’est un scandale que la commission prenne cette décision qui risque de saborder tous les efforts fournis ces dernières années».

Les pêcheurs sétois fédérés par l’organisation SATHOAN (Sardine-thon-Anchois) se disent déçus. «Nous attendions des assouplissements dans l’encadrement des thoniers, comme l’allongement de la durée de pêche autorisée aujourd’hui du 15 mai au 15 juin et la fin des contraintes de capacité car sur 23 thoniers senneurs enregistrés à Sète, 17 seulement sont autorisés à pêcher», déplore Bertrand Wendling, directeur général de la SATHOAN.

Cependant, les pêcheurs ne sont pas favorables à une remontée rapide des prises, car une augmentation des thons sur le marché risque de faire effondrer des prix qui sont aujourd’hui très élevés.

Désormais, pêcheurs et scientifiques collaborent pour mieux comprendre la mer

Il y a dix ans, le thon rouge avait provoqué une véritable guerre entre pêcheurs et scientifiques, les uns affirmant que la Méditerranée était pleine de poissons, les autres que le stock de thonidés était au bord de l’effondrement. L’Ifremer de Sète a ainsi connu les déversements sauvages de poissons devant l’entrée de son établissement. Depuis, les relations se sont bien pacifiées. Les décisions prises par la CICTA se rapprochent des constats scientifiques depuis que la filière professionnelle a compris que les halieutes pouvaient leur apporter une gestion durable des stocks.

Outre le thon rouge, c’est ainsi sur des calculs solides de biomasse totale de thons tropicaux que le CICTA a également adopté des mesures de protection des thons albacores pêchés autour de la ceinture tropicale et qu’on consomme en boîte de conserve. Ce stock est déclaré en surpêche et un quota de 110 000 tonnes a été décidé.

Les zones d’interdiction de pêche vont être étendues, l’usage des dispositifs de concentration de pêche (DCP) qui attirent les thonidés va être limité et les observateurs scientifiques devront obligatoirement être acceptés à bord des bateaux. Toutes mesures qui auraient été fortement combattues il y a une décennie.

Des programmes pour mieux pêcher

En France, la hache de guerre a été enterrée en 2012 avec la signature d’un accord-cadre entre l’Ifremer et la filière pêche. Cette collaboration porte sur la ressource halieutique, les progrès sur les engins de pêche, l’amélioration des bateaux.

«Ce sont plus de 24 millions d’euros dont 13 millions directement financés par France Filière Pêche qui ont été engagés dans l’amélioration des connaissances des espèces et de leur environnement et la sélectivité des chaluts et filets et la diminution des rejets de poissons non commercialisables en mer», a affirmé Gérard Higuinen, Président de France Filière Pêche lors du renouvellement de l’accord, le 9 novembre dernier.

L’Ifremer et France filière pêche (FFP) vont en effet poursuivre leur collaboration jusqu’en 2020. «Il a fallu faire comprendre que le constat scientifique va dans l’intérêt de la profession, a ainsi expliqué pour l’occasion François Jacq, PDG d’Ifremer. L'Ifremer n’apporte pas de bonnes ou de mauvaises nouvelles, elle apporte des nouvelles».

Message compris par les représentants de la profession et notamment Gérard Romiti, président du Comité national des pêches. «On n’est pas parfait, mais on est dans une démarche de progrès, assure le pêcheur corse. La pêche, elle se fait dans la mer, pas sur le pont du bateau et avec l’expertise scientifique, le pêcheur a désormais les yeux au fond de l’eau». Le thon rouge et les thons tropicaux font ainsi l’objet de collaborations étroites, les thoniers accueillant à leur bord des observateurs de l’IRD ou de l’Ifremer.

Sur les trois prochaines années, l’effort de recherche va continuer à porter sur l’évaluation des stocks et la définition du rendement maximal durable (RMD). Cette évaluation d’une population de poissons permet de calculer un taux de capture qui ne met pas en danger la bonne santé de l’espèce.

Aujourd’hui, 68 stocks exploités sur les zones européennes de l’Atlantique et de Méditerranée ont été évalués et 38 sont au RMD. Le bar et le merlu sont des espèces qui vont être étudiées dans le cadre de cet accord.

Autre sujet brûlant : la fin des rejets en mer. Les pêcheurs doivent désormais ramener au port les prises sans valeur commerciale. La recherche va donc porter sur des chaluts et filets plus sélectifs qui réduisent ces prises accessoires non voulues. La coopération est plus que jamais nécessaire entre ces deux mondes.

Loïc CHAUVEAU - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/mers-et-oceans/quotas-de-thons-pecheurs-et-scientifiques-collaborent-pour-proteger-la-ressource-en-poissons_118614#xtor=EPR-1-[SEAActu17h]-20171126

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau