Pacifique: découverte d’une zone d’eau stagnante vieille de 1 500 à 2 000 ans

Dans le nord de l’océan Pacifique, une "zone d’ombre" de 13 millions de km² abrite une eau stagnante vieille de 1 500 à 2 000 ans. Cette découverte aide à mieux comprendre les mouvements marins, mais soulève d’autres questions, notamment écologiques.

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© Pxhere

13 millions de km². C’est plus de 19 fois la superficie de la France, en comptant les territoires d’outre-mer. Et c’est surtout la superficie d’une immense "zone d’ombre", nom donné par les chercheurs, dont la découverte a été récemment publiée dans la revue Nature, à un gigantesque réservoir d’eau stagnante en plein Pacifique nord.

Sur 6 500 km de long, et plus de 2 000 km de large, une immense étendue d’eau vieille de 1 500 à 2 000 ans dort dans le plus grand océan du monde entre 1 et 2,5 km sous la surface de l’océan… De quoi avoir le tournis.

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Fabien ROQUET, l’un des chercheurs à l’origine de cette découverte. © Fabien ROQUET

Si l’emplacement approximatif de cette eau, et la très longue période pendant laquelle elle n’avait pas été en contact avec la terre étaient déjà connus des scientifiques, l’ampleur du phénomène, et le mécanisme qui empêche l’eau de remonter à la surface pour se ventiler, restait lui inexpliqué.

Habituellement, «les eaux sont renouvelées en remontant à la surface lentement», explique Fabien Roquet, chercheur en océanographie physique à l’université de Stockholm, et l’un des auteurs de l’étude. Mais dans le cas de ces eaux stagnantes, le phénomène est extrêmement lent. «Il y a très peu de renouvellement [de l’eau] dans cette zone d’ombre», explique-t-il.

La danse des océans

Le renouvellement des eaux des océans se fait par le mélange des eaux «jeunes», et des eaux plus vieilles, souvent par un mouvement vertical, qui pousse les eaux vers le haut. Or, dans le cas de cette grande zone d’ombre, l’eau située entre 1 et 2,5 km de profondeur ne remonte jamais à la surface, et ne s’approche plus de l’air libre depuis plus de 1 500 ans.

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La forme du bassin océanique est la cause de la présence de ce réservoir d’eau stagnante.© Fabien ROQUET/Casimir DE LAVERGNE

Les eaux australes venues d’Antarctique plongent, elles, dans les profondeurs des océans avant de remonter pour se mélanger. «On pensait que ces eaux de fond devaient remonter dans le Pacifique pour ensuite s’écouler ailleurs», témoigne Fabien Roquet.

Mais au lieu de remonter, elles font un tour dans les profondeurs du Pacifique avant de retourner dans l’océan Austral. Ces eaux de fond très froides et très denses ne remontent pas au-delà de 2,5 km, et laissent donc intactes les eaux stagnantes millénaires du Pacifique.

Du carbone piégé en grande quantité

Pour remonter, ces eaux de fond particulièrement denses doivent se mélanger à des eaux plus légères, souvent situées plus près de la surface. Problème : la forme même des bassins océaniques, plats et assez profonds, empêche le phénomène de se produire normalement.

Les roches qui forment le plancher océanique du Pacifique sont beaucoup plus denses que les roches qui forment les continents. Cette caractéristique, associée à la raideur des pentes que forment les talus continentaux, cause la stagnation de ce gigantesque volume d’eau.

«Plus l’eau est ancienne, moins elle contient d’oxygène, explique Fabien Roquet. Dans ce réservoir, le taux d’oxygène fait parmi des plus bas que l’on puisse observer.» Ces zones peuvent contenir du carbone pendant une très longue durée. Une découverte qui pourrait aider d’autres scientifiques à mieux comprendre la capacité de l’océan à absorber les gaz à effet de serre qui contribuent à son propre réchauffement.

Clément BOLANO - © Ouest France - https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/12783/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20171113#!preferred/1/package/12783/pub/18329/page/5

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