Le bidonville qui inonde la France de sa Saint-Jacques

Dans le nord du Pérou, Parachique, un petit village de pêcheurs, est devenu la plaque tournante de la coquille Saint-Jacques. Une grande partie de la production locale va vers la grande distribution française. Pourtant, ici, la majorité des habitants n’ont ni eau potable, ni tout à l’égout, ni toilettes.

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© Jérémy Joly – Ouest France

Des montagnes de coquilles vides s’empilent sur plusieurs centaines de mètres. Chaque année, 25 000 tonnes de résidus s’accumulent dans la région. Les oiseaux survolent ce gigantesque dépotoir à la recherche d’un mollusque oublié.

Mais ils ne sont pas les seuls à hanter les lieux. Des personnes sont là aussi. Pauvres, affamées, en quête du repas du soir ou de quelques coquilles Saint-Jacques à vendre aux restaurants locaux.

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Nous sommes dans la baie de Sechura, sur la côte nord du Pérou, à un peu moins de 1 000 kilomètres de Lima, la capitale du pays. En France, ce lieu est totalement inconnu. Pourtant, la région alimente massivement la grande distribution française. De Leader Price à Carrefour en passant par Super U.

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Il y a des milliers de bateaux dans la baie de Sechura. © Jérémy Joly – Ouest France

150 millions de dollars par an

Au cœur de ce business, la ville de Parachique, 15 000 habitants. Ce petit village de pêcheurs voit passer une richesse estimée à 150 millions de dollars par an.

Pourtant, rien de tout cela ne se voit lorsque l’on parcourt ses rues. Routes de terre, maisons construites de bric et de broc. Certains quartiers ont même des airs de bidonvilles. Pire, ici, la majorité des habitants n’ont pas l’eau potable et ne sont pas connectés au tout à l’égout.

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Ici la coquille Saint-Jacques est partout. Y compris sur le portique d’entrée de la ville. © Jérémy Joly – Ouest France

Au milieu du village, une grande bande de terre s’étend. «El Pampon» comme la nomment les locaux. C’est là qu’ils viennent déféquer, de façon régulière, jusqu’à «500 personnes par jour» selon le maire du village, Amaru Ipanaque. «On réclame d’avoir un système de traitement des eaux et des égouts depuis plusieurs années mais ce n’est toujours pas fait. Les fonds sont là mais ils restent bloqués au niveau de la Région», explique-t-il désabusé.

Cela pourrait paraître anecdotique. Mais cette bande de terre est recouverte deux fois par mois par la mer, lors des grandes marées. Déchets et excréments se retrouvent alors dans l’eau, emportés par le courant.

Rien que sur l’année 2016, au moins cinq cas de E.Coli ont été signalés, sur des coquillages cultivés sur la côte.

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Dans le Pampon, les gens se succèdent pour faire leurs besoins tout au long de la journée © Jérémy Joly – Ouest France

Officiellement, les coquilles Saint-Jacques sont, elles, « saines et sauves ». Pour limiter les risques, l’État péruvien a lancé un grand processus de régularisation. Après 25 ans de cueillette «sauvage», les bateaux ont dû se régulariser. Leur production est soumise à des batteries de tests. Le SANIPES (l’organisme national en charge de l’aspect sanitaire dans la pêche) vérifie la qualité de l’eau de façon hebdomadaire.

Une équipe de foot

Un investissement impressionnant qui ne se répercute pas sur la population. Ici, la manne de la coquille Saint-Jacques ne fait que passer. Si elle permet de faire vivre 30 000 personnes dans la région, elle enrichit surtout des entreprises basées à Lima ou la ville voisine de Sechura, la capitale de la province.

Là-bas, un stade de football de 5 000 places a vu le jour grâce au financement des associations de mariculteurs. Grâce à ces généreux sponsors, l’équipe est maintenant en première division péruvienne. Un véritable petit miracle pour les locaux. «C’est sans doute le seul maillot au monde qui est orné d’une coquille Saint-Jacques», explique Wilmer Chavez, président d’une fédération de mariculteurs.

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Des milliers de coquilles Saint-Jacques passent chaque jour dans les usines locales avant d’être envoyées en France. © Jérémy Joly – Ouest France

Mais pour les habitants les plus pauvres, toujours rien. La diffusion d’un reportage d’Envoyé Spécial en février a fait beaucoup de bruit sur place. Si beaucoup craignent pour l’emploi, les plus optimistes espèrent une réaction de l’État péruvien. Pour pouvoir peut-être aller aux toilettes entre quatre murs.

Jérémy Joly - © Ouest France - http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/964/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20170314#!preferred/1/package/964/pub/965/page/7

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