Les polluants chimiques, une autre menace pour les ours polaires

Les ours polaires ne connaissent décidément aucun répit : les grands carnivores de l’Arctique, déjà menacés par le réchauffement du climat, subissent aussi les assauts de polluants chimiques : selon une étude parue jeudi (5 janvier), ces polluants représentent un risque pour leur santé 100 fois supérieur à la limite considérée comme acceptable pour les ours adultes, et mille fois pour les petits.

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Un ours polaire marche sur la glace de la toundra arctique de Churchill, une ville du Manitoba, située au bord de la baie d’Hudson au Canada. © AFP/Archives Paul J. Richards

 «Il s’agit de la première étude visant à quantifier le risque que représentent pour l’écosystème arctique les polluants organiques persistants (POP)», souligne l’auteur principale, Sara Villa, toxicologue à l’Université de Milan-Bicocca.

Les chercheurs ont synthétisé 40 ans de travaux sur l’exposition des ours, mais aussi des phoques et du cabillaud, sur toute une région allant du Svalbard à l’Alaska (moins de données sont disponibles sur la Russie).

Utilisés dans l’agriculture et l’industrie, les POP, qui viennent notamment perturber le système endocrinien, persistent pendant des décennies dans la nature, et se concentrent en remontant la chaîne alimentaire : en passant, par exemple, du plancton aux poissons puis aux phoques et enfin aux ours, ils s’accumulent jusqu’à atteindre des doses très toxiques.

Aussi les petits de l’ours sont-ils particulièrement exposés, via le lait contaminé de leur mère, souligne l’étude, publiée dans la revue Environmental Toxicology and Chemistry.

Parmi ces POP, les PCB ont été largement interdits dès les années 1970, mais on en trouve encore des traces chez les ours blancs.

Et de nouvelles familles de composants chimiques sont venues les remplacer, qui à leur tour posent problème, soulignent les chercheurs. Ainsi le perfluorooctanesulfonate («PFOS»), «considéré comme très toxique pour les mammifères», pointe l’étude.

«Leurs concentrations sont étonnamment élevées chez les ours polaires», 100 fois plus que chez les phoques, ajoutent ces scientifiques.

Ces substances, toujours autorisées, sont utilisées notamment pour imperméabiliser du papier, des tissus, du mobilier, éviter les taches d’eau ou de graisse, ou encore pour fabriquer certaines mousses d’extincteurs.

Ces menaces viennent s’ajouter à toutes celles pesant déjà sur l’ours blanc, qui devrait perdre un tiers de sa population d’ici la moitié de ce siècle (environ 26.000 individus aujourd’hui).

Principal défi pour ce géant des glaces, la fonte de la banquise, qui lui a jusqu’ici permis de chasser le phoque, sa nourriture principale.

En Arctique, où la température croît deux fois plus vite qu’ailleurs, le réchauffement climatique pourrait générer des étés sans glace d’ici une vingtaine d’années, estiment les scientifiques.

© AFP / 2017

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