La Réunion : la Réserve Marine fait un bilan, 7 ans après sa 1ère évaluation

Encourageant mais pas satisfaisant : Des poissons plus gros et plus nombreux mais des coraux globalement en danger et pas d’apport supplémentaire de poissons "pour (l'alimentation) des prédateurs supérieurs (requins)".

2017 01 26 12h44 29

© Réserve Marine

La Réserve Naturelle Marine de La Réunion a publié, ce mardi 24 janvier 2016, une synthèse de l'étude de "l'Effet Réserve" sur les peuplements de poissons et de coraux, sept ans après la première évaluation. Ce travail de mesure et d'analyse a été mené en partenariat avec l'Université de le Réunion, l'IRD Réunion, le Museum National d'histoire Naturelle ainsi qu'avec d'autres experts locaux, indique la Réserve.

Entre 2007 et 2014, grâce à des mesures réalisées selon différentes méthodes (voir encadré ci-dessous sur les méthodes de mesures employées pour l'étude), les effets des différentes réglementations (pêche et autres activités) ont été mesurés.

"Encourageant" mais pas "satisfaisant"

L'étude conclut que la réglementation des usages dans la Réserve marine après 7 ans "a un effet positif sur les poissons au niveau des zones de protection les plus fortes, c'est-à-dire les sanctuaires. Un résultat jugé “encourageant” mais “ces valeurs restent encore faibles pour des zones récifales et ne reflètent en aucun cas un état de santé satisfaisant", note ainsi l'étude.

Ainsi, les mesures ont permis d'établir que plus de 40 espèces supplémentaires ont été recensées, pour un total de 250 espèces recensées. De même, la biomasse totale des poissons a augmenté de 24 % en pente externe et de 3 % sur les platiers au cours des 7 dernières années. En revanche, si les poissons se portent bien dans les zones sanctuaires SA (+ 67% de biomasse), la biomasse a tendance à diminuer dans les zones de protection générale.

Pour montrer que les effets sont encore timides, l’étude s’appuie sur des comparatifs avec d’autres récifs du Sud-Ouest de l’océan Indien. “Ces valeurs sont supérieures à celles recensées à Maurice et au Kenya dans des zones pêchées, mais inférieures aux zones où la pêche est réglementée ou interdite comme aux Maldives. Dans les milieux coralliens de référence comme les Iles Éparses où il n'y a pas, ou très peu, de pression de pêche, la biomasse moyenne en poissons est 7 à 10 fois plus élevée qu'à La Réunion”, détaille ainsi l'étude.

Pas d’apport supplémentaire de poissons "pour des prédateurs supérieurs", selon l’étude

Pour l’étude, cette situation montre avant tout que “les biomasses de poissons rencontrés dans la réserve sur les 3 récifs de St Gilles, La Saline et St Leu sont encore faibles y compris dans les sanctuaires, et témoigne de l'état de perturbation du milieu récifal du notamment à la surpêche. Dans un tel contexte, ces valeurs de biomasse ne peuvent pas être considérées comme étant à l’origine d’un "apport supplémentaire de poissons" pour des prédateurs supérieurs, mais au contraire témoigne encore d’une pauvreté des peuplements de poissons y compris dans les zones sanctuaires". Une manière pour la réserve d’évoquer, à mots couverts, les arguments l’accusant d'attirer les requins près des côtes réunionnaises.

La situation des coraux préoccupante à La Saline et Saint-Leu

La situation est plus préoccupante en ce qui concerne les coraux de La Saline et de St Leu avec une perte importante de diversité au cours des dernières années, associée à une recrudescence importante des gazons algaux compétiteurs des formations coralliennes.

Cette diminution de la diversité sur les pentes externes est particulièrement marquée sur la zone sud du platier de Saint-Leu (zone dite des " kiosques"), qui a perdu jusqu'à 70 % de sa richesse spécifique au cours des 3 dernières années.

Mais les experts sont formels : "cet état de fait n’est pas lié à la stratégie de protection mise en œuvre dans la réserve, mais à une dégradation générale de l’environnement littoral de l’Ouest de La Réunion". En effet, ce sont l'érosion des bassins versants, l'urbanisation croissante ou encore l'augmentation de la pollution des nappes phréatiques, qui menacent les coraux selon l'étude.

"Seul, un secteur localisé sur le sanctuaire sud de la Saline montre des premiers signes d’une amélioration de la situation environnementale, ce qui est tout de même encourageant", nuance la réserve.

Les effets positifs seraient plus perceptibles dans les années à venir

Malgré toutes ces nuances, les scientifiques se veulent optimistes : "il est en effet communément admis que " l’effet réserve " est perceptible a minima après 8 à 10 années de mise en œuvre des mesures de protection de zones marines, d'autant plus à La Réunion où la pression humaine reste très forte sur le milieu", peut-on lire dans la synthèse.

“En l’état actuel, les zones sanctuaires semblent donc bien jouer leur rôle en permettant une restauration très progressive et attendue des peuplements de poissons, et en particulier des espèces ciblées par la pêche (...) Les zones de protection renforcées (ZPR) jouent également leur rôle de " tampon " avec les zones de périmètres général en permettant une dissémination progressive des espèces dans l’espace et dans le temps (cf. effet de débordement), même si cet effet est encore peu visible”, écrit encore l’étude

Même chose pour les coraux. Selon les scientifiques, les processus de régénération du milieu benthique sont longs (supérieurs à 10 ans) et résulteront en partie des mesures de gestion prises sur les bassins versants adjacents aux récifs coralliens.

 

Comment s'effectuent les mesures sur les 27 stations de Saint-Leu à Saint-Gilles Nord ?

Pour mesurer "l'effet réserve", une évaluation initiale des peuplements dans la Réserve marine a été réalisée en 2007 sur 22 stations réparties entre La Saline et Saint-Leu, dont 10 stations en pente externe et 10 stations en platier.

L’État 1 des peuplements a été réalisé en 2014, soit 7 ans après. Cinq stations supplémentaires ont été rajoutées lors de l’État 1 pour couvrir le secteur de St Gilles Nord (Roches Noires / Cap La Houssaye). Les 27 stations d’études sont réparties entre les différents niveaux de protection de la Réserve marine (sanctuaire SA, PR, PG).

Le plan d’échantillonnage des peuplements est inspiré de celui réalisé dans les îles Hawaii adapté au contexte récifal de La Réunion. Il consiste à déployer 4 rubans gradués (transects) de 50 x 5 mètres, (surfaces standardisées) positionnés parallèlement à la côte, de part et d’autre de la position centrale de la station. Une palanquée constituée de deux compteurs expérimentés parcourt simultanément le transect et effectue les comptages (nombre, taille et identification des poissons) lors de plusieurs parcours successifs ciblant en premier lieu les espèces fuyantes, puis les espèces sédentaires. Toutes les espèces de poissons présentes sur les 250 m2 de surface échantillonnée sont comptabilisées.

L’échantillonnage des peuplements benthiques (coraux et algues principalement) se fait à partir de photographies à haute résolution, qui sont ensuite analysées en laboratoire (interprétations, comptage, détermination des surfaces de coraux, d’algues, ...). Il est complété par des parcours aléatoires de 60 minutes réalisés sur, et autour de la station échantillonnée, pour appréhender la diversité totale des coraux constructeurs de récifs. Les photographies sont prises le long de 10 transects de 10 m sélectionnés après tirage au sort sur chaque station. Un cadre de 50 x 30 cm est fixé à l’appareil photo (voir photo de gauche ci-dessous) et permet de photographier le substrat à la verticale sur une surface délimitée. Les photographies sont ensuite analysées avec un logiciel d’analyse d’image (logiciel CPCe).

© ImazPresse / IPRéunion - http://www.ipreunion.com/actualites-reunion/reportage/2017/01/25/peuplement-de-poissons-coraux-l-effet-reserve-a-l-etude-la-reserve-marine-fait-un-bilan-sept-ans-apres-sa-premiere-evaluation,56454.html

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