Pourquoi faut-il arrêter les lâchers de ballons ?

Que devient un ballon une fois lâché ? La question, posée dans une publication du ministère de la Transition écologique et solidaire n’est pas anodine.

2017 12 10 17h06 39 2

Dans un récent communiqué, l’association Robin des Bois a demandé aux organisateurs du Téléthon et à ses bénévoles de renoncer à leurs traditionnels lâchers de ballons de baudruche. En cause, la pollution engendrée par ces événements festifs, pourtant organisés pour la bonne cause.

«Fête de la courge, Fête du beaujolais, maladies rares, disparitions tragiques, Virades de l’espoir et Octobre rose, tout est prétexte à envoyer des ballons dans le ciel. À terre, les décharges sont en cours de fermeture, mais dans le ciel, elles ont de l’avenir.» Le début du communiqué publié ce lundi par l’association de défense de l’environnement Robin des Bois donne le ton. Un peu rabat-joie, lorsque l’on sait que ces événements sont souvent organisés pour des commémorations ou des récoltes de dons qui partent d’une bonne intention.

D’autant plus que le spectacle a un côté magique, pour les petits comme pour les grands. Une nuée de ballons multicolores qui s’envole et disparaît peu à peu dans le ciel… Sauf qu’ils réapparaissent ensuite sur les plages ! Comme l’explique l’association, qui lutte depuis plus de dix ans pour l’abolition de cette pratique, chaque année, «des millions de fragments de ballons éclatés étouffent les tortues marines, piègent les oiseaux, se retrouvent dans les estomacs des requins et des poissons communs, et dans la chaîne alimentaire».

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Lâcher de ballons de baudruche à Sainte-Mère-L’Église, dans la Manche, lors d’une cérémonie célébrant la paix et commémorant la Seconde Guerre mondiale. (© Thierry CREUX / Ouest France)

Que devient un ballon une fois lâché ?

La question, posée dans une publication du ministère de la Transition écologique et solidaire n’est pas anodine. «Un ballon lâché s’élève dans le ciel, jusqu’à ce qu’il se dégonfle ou que la diminution de la pression atmosphérique ne le fasse éclater en de multiples fragments. Les débris de ballons retombent sur terre et en mer loin de leur point de lâcher.» Pour le plus grand malheur des animaux, qui les ingurgitent.

Selon l’UNEP, le Programme des Nations Unies pour l’environnement, les ballons de baudruche sont dans le «top dix» des déchets que l’on trouve sur le littoral. Un constat que l’association Robin des Bois fait depuis de nombreuses années en parcourant les plages.

En 2004 déjà, les membres de l’organisation envoyaient des communiqués à toutes les préfectures de régions de France, demandant à ces autorités de faire usage de leur droit d’opposition concernant les lâchers de ballons. Les membres de l’association ont même organisé en 2008 une exposition, réalisée à l’aide de restes de ballons ramassés sur les côtes nord de la Manche.

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© Association Robin des Bois

«Le 31 décembre 2007, sur deux kilomètres de littoral français, Robin des Bois a ramassé 31 fragments de ballons orange, 28 de jaune, 26 de rouge, 17 de violet, 16 de rose, 14 de bleu, 14 de vert, 13 de blanc et 2 de gris, plus 7 fragments de ballons publicitaires et des attelages de plusieurs ballons de divers coloris, racontent Charlotte Nithart et Jacky Bonnemains de l’association Robin des Bois. C’était la marée de décembre, mois des fêtes, des kermesses et de Noël.»

Des ballons biodégradables ?

Les ballons de baudruche sont généralement fabriqués principalement à l’aide de latex, mélangé à de l’encre de Chine. Interrogée sur le sujet par téléphone, la chargée de communication de l’organisation du Téléthon s’étonne qu’ils ne soient pas biodégradables.

Selon le ministère de la Transition écologique et solidaire, il existe effectivement des ballons portant la mention «100 % biodégradable», mais ce terme n’a aucun caractère réglementaire, et ne prend notamment pas en compte la durée que mettent les objets pour disparaître dans la nature.

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© Coyau / Wikimedia Commons

Pour Jacky Bonnemains, directeur de Robin des Bois, la biodégradabilité est «un argument de vente» : «La dégradation des ballons passe par une microfragmentation, qui n’empêche pas une pollution à court terme, et continue de servir d’alimentation aux animaux.»

Certaines villes et certains départements ont pris peu à peu des mesures contre cette pollution venue du ciel. Depuis novembre 2014, le département d’Ille-et-Vilaine interdit ainsi les lâchers de ballons dans les communes classées Natura 2000, et les dix conseils municipaux de l’île de Ré interdisent cette pratique depuis 2005.

Quelles alternatives ?

Conscient des risques que les lâchers de ballons représentent pour l’environnement, l’Association des Français contre les myopathies (AFM), à l’origine de l’organisation du Téléthon, informe ses bénévoles. Après la publication de son communiqué, l’association Robin des Bois a d’ailleurs reçu six réponses de comités organisateurs du Téléthon dans différents départements. «Ils ont tous été très cordiaux, souligne Jacky Bonnemains. Il n’y a pas de conflit entre nous et le Téléthon, nous savons aussi que la vente de ballons a un fort potentiel de collecte pour eux.»

Tous expliquent ainsi que l’AFM-Téléthon suggère des événements alternatifs aux lâchers de ballons, comme la création de structures avec des ballons gonflables, qui sont plus durables : «La structure de ballons aura l’avantage de rester tout le week-end du Téléthon, d’être un support pour une belle animation avec des défis, et de composer un décor attractif !» explique la fiche technique qui donne des idées d’animations.

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© Pxhere

Quant aux lâchers, quels qu’ils soient, le directeur de Robin des Bois préfère les dénoncer tous : «Les lâchers de colombes ou de papillons sont de véritables catastrophes. Les animaux se retrouvent sur le trottoir, finissent écrasés par des voitures ou mangés pas des chats.» Il salue en revanche toutes les structures faites à l’aide de ballons captifs, «tant que les déchets ne sont pas abandonnés».

Malgré les alertes lancées pour dénoncer cette pollution, les lâchers de ballons continuent très largement à être pratiqués. «Il y a deux saisons où ces événements se pratiquent beaucoup, au printemps et à Noël.» Et rien que pour le Téléthon, de nombreuses villes ont déjà prévu leur lancer.

Dans la commune de Beaurepaire, en Isère, un lâcher de ballons aura lieu au moment du marché, tout comme à Tain-l’Hermitage, dans la Drôme, à Talange, en Moselle, ou encore à Saint-Flour, dans le Cantal. «C’est un long combat, car l’industrie du divertissement est extrêmement forte», lance Jacky Bonnemains. Le directeur de l’association ne perd néanmoins pas espoir. «un jour, on gagnera.»

© Ouest-France - https://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/13906/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20171128#!preferred/1/package/13906/pub/20017/page/6

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