Le calvaire des tortues kenyanes, le corps rempli de plastiques

La plage de Watamu, au sud-est du Kenya, est jonchée de bouchons, de pots de yaourt et de tongs usagées. Cette pollution liée à notre surconsommation de plastiques menace dramatiquement les tortues kenyanes.

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Une tortue soignée par Local Ocean Trust relâchée dans l'océan. © Ilya GRINNEF/AP/SIPA

Plusieurs dizaines d'entre elles réclament chaque année une prise en charge urgente sur cette côte où s'accumulent des déchets venus parfois de très loin, d'Indonésie, de Madagascar ou du Yémen, comme en témoignent les étiquettes sur les détritus.

Les plus courants sont les bouchons, mais il y a aussi les briquets, brosses à dents, emballages alimentaires, bouteilles, et bien sûr les sacs que les tortues confondent avec des méduses ou autres sources de nourriture.

"Cela provoque une occlusion... mais elles ont toujours faim, alors elles continuent de manger. Ça s'accumule, ça s'accumule, et elles finissent par imploser", explique Casper van de Geer, directeur du Local Ocean Conservation, qui prend en charge les tortues de Watamu. "Ou bien elles souffrent tellement qu'elles sentent qu'elles doivent cesser de manger. Alors elles meurent de faim" explique-t-il, tout en ramassant des déchets sur la plage.

Beaucoup de tortues sont ainsi retrouvées flottant, tout juste en vie, si remplies de plastique qu'elles ne parviennent plus à plonger. À ce stade, très peu peuvent être sauvées.

À la "clinique" des tortues, l'équipe de Casper van de Geer leur administre des laxatifs. Selon le directeur, parfois ce traitement permet de vider l'animal et parfois cela échoue et la tortue succombe. 

Eviter que les océans ne deviennent des "soupes de plastique"

La pollution des océans par les plastiques était à l'agenda de l'Assemblée des Nations unies pour l'environnement, qui a débuté le 4 décembre 2017 à Nairobi, la capitale du Kenya. Selon le Fonds mondial pour la nature (WWF), 8,8 millions de tonnes de plastique rejoignent les mers chaque année.

Or un sac plastique met des centaines d'années à disparaître voire des millénaires pour les plus résistants. Avant l'ouverture de l'Assemblée, le chef de l'agence de l'ONU pour l'environnement (PNUE), Erik Solheim, a appelé à une action urgente pour que les océans ne se transforment pas en "soupe de plastique". Au rythme actuel, "d'ici 2050 il y aura plus de plastique dans les mers que de poisson", a-t-il prévenu.

En attendant, les habitants font ce qu'ils peuvent. Ainsi, Mohamed Iddi, un pêcheur de 42 ans, assure ramasser chaque jour sur la plage deux à trois gros sacs poubelle remplis de plastiques. "Certains sont amenés par la mer, d'autres par les gens venus pique-niquer sur la plage" dit-il. "Parfois j'en trouve dans l'estomac" des poissons.

En ville, un programme baptisé Regeneration Africa recycle le plastique collecté par les bénévoles comme Mohamed Iddi, et le transforme en dalles et autres objets.

© AFP/2017 – Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/reptiles-et-amphibiens/le-calvaire-des-tortues-kenyanes-le-corps-rempli-de-plastiques_118843

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