La baleine boréale, doyenne de l'Arctique

La baleine boréale peut mesurer 20 mètres, peser 100 tonnes et vivre 2 siècles. Après la chasse excessive, voilà que de nouvelles menaces pèsent maintenant sur la baleine boréale. En effet, le réchauffement climatique rapide entraîne la disparition des glaces et l’acidification des océans bouleverse la dynamique du réseau trophique. La baleine boréale souffre également des effets directs et indirects de l’intensification de l’exploration pétrolière et gazière, de la navigation commerciale et de la pêche.

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Baleine boréale (Balaena mysticetus), aussi appelée baleine du Groenland

L’une des trois seules espèces endémiques de baleines vivant à l’année en Arctique, la baleine boréale se distingue par sa tête massive et sa grande bouche arquée. Cette tête au crâne épais surmontant un corps puissant lui permet de fracasser jusqu’à 20 cm de glace pour y percer des trous d’air. Des chasseurs inuits de l’Alaska affirment avoir vu des baleines faire surface à travers un couvert de glace de 60 cm d’épaisseur.

La tête de la baleine boréale compte pour près du tiers de sa longueur totale – le baleineau d’environ 4 mètres et pesant dans les 2 à 3 tonnes à la naissance pourra atteindre à l’âge adulte une longueur moyenne de 20 m.

La baleine boréale vit dans les eaux tranquilles de l’Arctique, qu’elle trouble de manière spectaculaire lors de ses ébats amoureux – on peut alors la voir donner de grands coups de queue et d’aileron à la surface de l’eau, et même bondir entièrement hors de l’eau, ce qui, pour un animal pouvant peser jusqu’à 100 tonnes, n’est pas un mince exploit !

Ce géant des mers arctiques se meut lentement, comme on peut s’y attendre, et nage à une vitesse moyenne de 3 à 5 kilomètres/heure.

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Baleine boréale sous la glace en Arctique. © naturepl.com / Martha Holmes / WWF

La population de baleines boréales est encore en période de rétablissement. C’est que l’espèce a fait l’objet dès le 16e siècle d’une chasse excessive qui n’a pris fin qu’au moment où elle a frôlé l’extinction. On estime aujourd’hui à environ 20 000 individus le nombre total de baleines boréales, réparties dans trois régions distinctes, 90 % de cette population résiderait en eaux canadiennes. En 2009, le Canada a créé le premier sanctuaire mondial pour la baleine boréale, la Réserve nationale de faune Ninginganiq au Nunavut.

De l’importance de la baleine boréale

Les cétacés se situent dans les échelons supérieurs de la chaîne alimentaire, ce qui en fait de bons indicateurs de la vitalité générale de l’environnement marin. Le statut global de conservation de la baleine boréale est «préoccupation mineure (LC)», mais certaines populations – notamment celle du Svalbard, dans l’est du Groenland – sont considérées «en danger». La baleine boréale a longtemps, jusqu’au siècle dernier, été chassée par les baleiniers pour sa graisse, sa chair et ses fanons. Aujourd’hui, seules quelques communautés autochtones au Canada, en Alaska et au Groenland en poursuivent une chasse de subsistance. La chasse de subsistance est autorisée, et elle est supervisée par des organismes de cogestion en partenariat avec la Commission baleinière internationale.

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© Paul Nicklen/National Geographic Stock / WWF-Canada

La vie sous les glaces

À l’instar des autres cétacés vivant en région arctique – le narval et le béluga – la baleine boréale n’a pas de nageoire dorsale, ce qui lui permet de circuler aisément parmi les glaces flottantes. Elle passe toute l’année en Arctique, se déplaçant au gré des embâcles et débâcles, et des migrations saisonnières vers des zones bien établies qu’elle fréquente au printemps et en été pour faire le plein de nourriture.

La baleine boréale est protégée par une très épaisse couche de graisse – de 40 à 50 cm – qui lui fournit les réserves nécessaires pour traverser le cycle annuel. La baleine peut demeurer sous l’eau pendant un minimum de 30 minutes sans difficulté.

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© Tim Stewart / WWF-Canada

Que mange-t-elle ?

La baleine boréale est une baleine à fanons – chaque côté de sa mâchoire supérieure compte de 250 à 350 de ces lames cornées. Les fanons immenses – ils peuvent atteindre 4,6 m de long chez l’adulte (les plus longs de tous les cétacés) – jouent le rôle de tamis à l’expulsion de l’eau de la cavité buccale et retiennent les petites proies, tel le krill, dont se nourrit la baleine boréale, qui doit absorber 100 tonnes de nourriture annuellement.

C’est pendant les mois d’été que la baleine vient dans les eaux canadiennes se gorger de nourriture et faire ses réserves.

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© Tim Stewart / WWF-Canada

Une histoire tragique

La baleine boréale a été victime de l’attrait que représentaient ses longs fanons et son épaisse graisse qui lui ont attribué – comme à sa cousine la baleine franche (Eubalaena glacialis et japonica) – la plus grande valeur économique et en ont fait la plus recherchée de toutes les baleines.

Chassée commercialement jusqu’au siècle dernier pour sa graisse et ses fanons, la baleine boréale peine encore à se rétablir après avoir frôlé l’extinction. Certaines populations s’en tirent mieux que d’autres, mais il faudra encore plusieurs décennies à cette espèce – qui vit longtemps et se reproduit à faible rythme – pour reconstituer ses grandes bandes d’autrefois.

Les Inuits du Canada, du Groenland et de l’Alaska sont autorisés à en faire une chasse – limitée – de subsistance, la baleine boréale faisant partie intégrante de leurs traditions et de leurs valeurs.

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Os de baleine boréale. © Peter Ewins / WWF-Canada

Après la chasse excessive, voilà que de nouvelles menaces pèsent maintenant sur la baleine boréale. En effet, le réchauffement climatique rapide entraîne la disparition des glaces et l’acidification des océans bouleverse la dynamique du réseau trophique. La baleine boréale souffre également des effets directs et indirects du développement accru – intensification de l’exploration pétrolière et gazière, de la navigation commerciale et de la pêche.

Sur la piste de la baleine boréale

Les gouvernements du Canada et de l’Alaska ont fixé des transmetteurs radio satellite sur un échantillon de baleines boréales afin d’en suivre les pérégrinations et d’en apprendre davantage sur leurs déplacements saisonniers et leur usage de l’habitat.

Cette information pourra servir à localiser et protéger les zones les plus importantes pour ces baleines, et à assurer une saine planification des activités humaines futures (navigation et développement) dans ces eaux fragiles et tranquilles de l’Arctique – pays de la baleine boréale – et de bien étayer toute décision entourant l’avenir des écosystèmes marins dans un Arctique confronté au bouleversement de son climat et de son économie.

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© WWF-Canada - http://www.wwf.ca/fr/conservation/arctique/faune_arctique/la_baleine_boreale/

 

Pourquoi la baleine boréale peut vivre 200 ans

Avec sa robe noire, son menton blanc et sa nageoire dorsale manquante, la baleine boréale (Balaena mysticetus), aussi appelée baleine du Groenland, n'a pas son pareil. Mais elle se distingue aussi par une autre caractéristique : c'est le mammifère qui a la plus longue espérance de vie.

Cover r4x3w1000 57df6a4be7d99 le decryptage du genome de la baleine boreale explique

La baleine boréale est le mammifère à la plus longue espérance de vie. © Flip Nicklin / Minden Pictures / BIOSPHOTO / AFP

La baleine boréale est en effet capable de vivre près de deux siècles ! Un record que des chercheurs de l'université de Liverpool ont tenté de comprendre. Comment cet animal parvient-il à lutter contre les maladies liées à l'âge et en particulier le cancer ?

Car, du fait de son gigantisme - Balaena mysticetus compte parmi les plus grandes baleines : elle mesure environ 20 mètres de longueur et pèse jusqu'à 100 tonnes -, il possède plus de 1.000 fois plus de cellules que les humains et devrait donc au contraire être soumis à un risque accru de cancer.

Les scientifiques pensent que la baleine boréale a développé des mécanismes de prévention du cancer, de l'immunosénescence (vieillissement du système immunitaire) et des maladies neurodégénératives, cardiovasculaires et métaboliques. Leur étude, parue dans la revue Cell Reports, est basée sur le décryptage du génome de l'animal. 

Un modèle thérapeutique ?

De fait, les scientifiques ont comparé le génome de la baleine boréale avec celui de mammifères à la durée de vie plus courte (vaches, humains et souris) afin de mettre en évidence les différences génétiques et découvrir les particularismes de ce cétacé de l'Arctique. Ils ont relevé 151 micro-ARN (des régulateurs capables "d'éteindre" certains gènes) non-présents chez les autres mammifères et donc uniques chez la baleine boréale.

"Nous avons trouvé des variations au niveau d'un gène spécifique impliqué dans la thermorégulation (UCP1), explique le Dr João Pedro de Magalhães de l'université de Liverpool. Ces changements peuvent être liés à des différences métaboliques dans les cellules de la baleine.

Cela pourrait nous permettre de voir comment et pourquoi la baleine boréale a acquis une taille si importante". Les chercheurs ont également découvert des mutations spécifiques à la baleine boréale sur le gène ERCC1, jouant un rôle dans la survenue de cancer et dans le vieillissement cellulaire, ainsi que des duplications au niveau du gène PCNA, associé à la réparation de l'ADN et au cycle cellulaire.

Le séquençage du génome de la baleine boréale a ainsi montré des changements dans l'information génétique ayant des implications dans la division cellulaire, la réparation de l'ADN, la maladie et le vieillissement. Une analyse plus approfondie pourrait aider à nourrir de futures études, chez l'homme cette fois, sur la longévité, ainsi que sur la résistance au cancer.

Morgane Kergoat - © Sciences et Avenir - https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/pourquoi-la-baleine-boreale-peut-vivre-200-ans_19366

La baleine boreale doyenne de l arctiqueLa baleine boréale, doyenne de l'Arctique - Reportage Arte - 43mn

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