Ces algues scintillantes menacent les océans

Entre Oman et l’Inde, une micro-algue s’étend cet hiver sur une superficie équivalente au Mexique. Elle menace tout l’écosystème et met en péril la pratique ancestrale de la pêche.

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«Noctiluca scintillans» brille d’un reflet bleuté la nuit. Le jour, c’est moins ragoûtant. © Commons Wikimédia

Vu du ciel, on dirait une toile de Vincent Van Gogh. Des arabesques vertes, sur fond bleu. Un maelström gigantesque, prêt à avaler tous les Ulysse qui s’y risqueraient. Depuis quelques semaines, le golfe d’Oman est envahi par une micro-algue Noctiluca scintillans, qui lui donne cette teinte colorée.

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La prolifération des micro-algues s’étend du sultanat d’Oman, à l’Ouest, à l’Inde à l’Est, léchant les côtes de l’Iran et du Pakistan, au Nord. (© Commons Wikimédia)

Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis une vingtaine d’années, les scientifiques observent avec inquiétude la prolifération de cet organisme vivant unicellulaire, appartenant au groupe des dinophytes. Elle serait provoquée par les rejets d’engrais et d’eaux non traitées dans l’océan Indien.

Red tide bloom

Pendant longtemps, Noctiluca scintillans s’est cantonnée à la côte ouest de la péninsule indienne. Mais depuis le début des années 2000, ce prédateur marin, muni d’un long flagelle pêcheur, prolifère dans la mer Arabique. Cet hiver, la nappe s’étend du sultanat d’Oman, à l’Ouest, à l’Inde, à l’Est, léchant les côtes de l’Iran et du Pakistan au Nord. Elle aurait déjà atteint la taille de 2 millions de kilomètres carrés, soit la superficie du Mexique !

Reflets bleutés, la nuit

Le phénomène a un côté fascinant. L’été, cette micro-algue colore les eaux en rouge. La nuit, elle dégage un halo bleuté surnaturel, grâce à ses propriétés de bioluminescence. De jour, c’est beaucoup moins ragoûtant… Les touristes commencent à fuir les plages touchées. Mais, c’est surtout son impact sur la vie marine qui est pointé par les chercheurs.

Noctiluca scintillans se nourrit en effet de planctons, et plus elle en mange, plus elle dégage de l’ammoniac. «La floraison massive peut devenir un nuage mortel», déclarait ainsi la biologiste Lisa Gershwin au magazine Business Insider en 2015.

Mais c’est plutôt sur son rôle prédateur que les scientifiques alertent. Dans la mer Arabique, l’espèce dominante était jusqu’à présent la diatomée. Or cette autre micro-algue pâtit de l’appauvrissement en oxygène du nord de l’océan Indien, provoqué par l’usage intense d’engrais synthétiques et les rejets massifs de déchets par les trente millions d’habitants des agglomérations de Bombay (Inde) et de Karachi (Pakistan). Alors que Noctiluca scintillans prolifère, elle, dans des eaux peu oxygénées…

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© James Garlick

«En une décennie, Noctiluca a pratiquement remplacé les diatomées à la base de la chaîne alimentaire, marquant le début d’un changement colossal de l’écosystème», alertent des chercheurs de l’université Columbia. Car la micro-algue est un mets apprécié des méduses et des tortues, au détriment des poissons. Au bout de la chaîne, ce sont les pêcheurs qui sont les victimes de ce bouleversement, qui s’annonce majeur dans la région.

Le phénomène n’en est hélas qu’à son commencement. Le réchauffement climatique facilite en effet la prolifération des algues prédatrices avec pour conséquence la création de «zones mortes».[1] Selon les biologistes, leur taille double tous les dix ans…

Arnaud Bélier – Ouest-France - http://www.ouest-france.fr/leditiondusoir/data/969/reader/reader.html?utm_source=neolane_of-eds_newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=lienarticle&utm_content=20170328#!preferred/1/package/969/pub/970/page/7

[1] - Alerte : Les zones mortes se multiplient dans les océans – voici pourquoi - http://www.loceanalabouche.com/pages/newsletters/news-2016/decembre-2016/12-decembre/alerte-les-zones-mortes-se-multiplient-dans-les-oceans-voici-pourquoi.html#kHBCtBCgpVFjMBFL.99

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